Dans « Domaine Lilium » de Michael Blum, Dan Katz, un historien israélien installé au Québec et spécialisé dans l’architecture, se rend à Paris pour effectuer des recherches sur la Cité de La Muette à Drancy. Ce complexe a une histoire des plus effarantes : construit pour être un habitat social moderne, il a en fait été utilisé comme camp d’internement durant la Seconde Guerre mondiale, avant de devenir une cité hlm.
Durant ses recherches, Dan tombe sur le nom de son grand-père, détenu à Drancy, et découvre qu’il a été déporté à Auschwitz sur l’ordre d’un gendarme gardant le camp. En se renseignant sur les descendants de ce gendarme, Cannac, Dan apprend que ce sont des militants racistes et nationalistes…
Ce court roman noir est plutôt bien ficelé. L’histoire du camp de Drancy devenu habitat social est édifiante et j’ai aimé que l’auteur relie cet épisode aux dérives extrémistes de notre époque. Les racines remontent à loin, et notamment au laxisme d’après-guerre concernant les collaborateurs : le ver est dans le fruit depuis plusieurs générations. L’angle de la colonie racialiste au Québec est particulièrement bien trouvé.
Moi qui aime plutôt les romans courts, j’ai quand même regretté que celui-ci ne compte pas une centaine de pages en plus. Tout va en effet très vite : en quelques jours, Dan Katz trouve une montagne d’informations, parfois en l’espace d’un claquement de doigt, et bénéficie de coïncidences bienvenues pour mener son enquête.
On peut s’étonner qu’un historien ne se soit pas intéressé plus tôt à l’histoire de sa famille … il y a aussi des informations distillées au détour d’une phrase qui ne sont pas exploitées dans le roman, ce qui m’a surprise : un tome 2 est-il prévu ?
Publié en 2023 chez Héliotrope, 246 pages.



