Dans le récit autobiographique « La Couleur de l’Eau », James McBride évoque sa jeunesse et surtout la figure de sa mère, une femme atypique et mystérieuse dont il nous dévoile les origines.
Ruth McBride est une femme blanche qui a douze enfants métis mais elle ne se préoccupe pas des mauvais regards ou des insultes racistes qu’elle peut recevoir tant de la part des Noirs que des Blancs. C’est une femme de caractère, qui n’a pas eu une jeunesse facile. Née Rachel Shilsky en 1921 dans une famille juive polonaise parlant le yiddish, elle émigre enfant aux Etats-Unis, où ses parents s’installent dans une bourgade de Virginie. Son père est un sale type, sa mère est gentille mais effacée, lourdement handicapée et méprisée par son mari, et elle grandit juive et immigrée parmi les Américains chrétiens.
C’est à New York qu’elle va rencontrer Dennis McBride, un Afro-Américain avec qui elle aura huit enfants, dont James, le dernier, né en 1957 après la mort de son père. Puis elle se remariera avec un autre Afro-Américain avec qui elle aura quatre enfants supplémentaires, avant d’être de nouveau veuve. Ruth travaille beaucoup, les enfants vivent entassés dans deux chambres, sont habillés et nourris à la va-comme-je-te-pousse mais Ruth ne transige pas sur leur scolarité, elle veut qu’ils aillent dans les meilleures écoles quitte à faire de longs trajets.
Ruth ne parle jamais du fait qu’elle soit blanche, juive, ou encore de sa jeunesse, que James McBride découvre sur le tard, car sa mère a été rejetée par sa famille lorsqu’elle a épousé un Noir. Les chapitres alternent entre la voix de James, et celle de sa mère, en italique. Ruth a changé de prénom, puis de nom en se mariant, elle est devenue chrétienne et elle est passée d’un milieu blanc à un quartier essentiellement noir, où elle fait figure d’exception. C’est une femme qui s’est complètement réinventée, qui a mené sa vie comme elle l’entendait, en faisant fi du regard des autres, des conventions, des drames.
Ruth a donné à ses enfants la force du métissage et de l’ouverture d’esprit, tant sur la couleur de peau que sur les origines religieuses. Et comme le raconte son fils, c’est une femme qui a réussi sa vie, malgré les embûches : elle a épousé deux hommes très bien, et elle est parvenue à envoyer ses douze enfants à l’université.
Un très beau portrait de femme.
Disponible chez Gallmeister Totem, traduit par Gabrielle Rolin et Marc Boulet, 372 pages.



