J’avais vu passer « La Colère et l’Envie » mais je n’avais pas été attirée par cet ouvrage en raison de son titre, qui me faisait penser au « Chagrin et la Pitié », mais avec des termes plus durs encore, plus bibliques. J’imaginais un livre très sombre, dérangeant… C’est finalement après avoir écouté la présentation du livre dans les « cartes postales » du podcast littéraire Bibliomaniacs que j’ai eu envie de découvrir ce premier roman d’Alice Renard.
Ce livre extrêmement bien écrit nous met en présence d’Isor, une petite fille qui semble être neuroatypique, mais sans qu’un diagnostic précis ne soit véritablement posé. Isor est « hors cadre », « hors normes », et même ses parents désemparés, qui se succèdent pour l’évoquer, ne savent pas comment gérer ses émotions, ses actes inexpliqués, ses goûts étranges, à elle qui ne parle pas et qui parait fuir toute interaction.
La langue des parents dit toute leur douleur, tout leur amour aussi pour cette fille qu’ils n’attendaient pas et qu’ils décident de retirer de toute école, de toute structure, pour la garder auprès d’eux. Un huis clos qui dure plusieurs années jusqu’à ce que, par hasard, Isor rencontre leur voisin Lucien, un septuagénaire qui vit seul : tous deux vont vivre un véritable coup de foudre amical.
Le sujet est casse-gueule, et l’on pourrait vite tomber dans le misérabilisme ou au contraire, dans une sorte de feel-good un peu mièvre et déjà-vu, avec ces deux personnes que tout oppose (le vieux monsieur valide et la petite fille porteuse de handicap) et qui vont mutuellement se réparer.
Et pourtant, grâce au talent d’écriture d’Alice Renard, et à ses choix narratifs, avec ce livre choral en trois parties, cela donne un beau roman, tendre, lumineux, poétique et émouvant.
Une réussite !
Publié en Août 2023 aux éditions Héloïse d’Ormesson, en poche chez Points, 160 pages.



