Le dernier des Camondo – Pierre Assouline

J’avais lu « Le dernier des Camondo » de Pierre Assouline il y a fort longtemps (le livre a été publié il y a près de trente ans), et la lecture récente de « La mémoire retrouvée » d’Edmund de Waal sur la famille Ephrussi m’a donné envie de le relire.

Pierre Assouline retrace l’épopée des Camondo, famille juive séfarade expulsée d’Espagne en 1492, et qui va s’implanter dans l’empire ottoman et en Italie, où Victor-Emmanuel II donne le titre de comte à ces grands banquiers, qui vont s’installer à Paris autour de 1870. Les cousins Isaac et Moïse, installés dans la rue de Monceau, tiennent une position influente dans le monde des affaires et dans la bonne société parisienne, mais sont également de grands collectionneurs d’art. Moïse, en particulier, se passionne pour l’art français du XVIIIe siècle, et fait reconstruire en 1911 un hôtel particulier pour abriter sa famille et sa fabuleuse collection. Dépositaire de l’héritage Camondo depuis la mort de son cousin Isaac, Moïse est divorcé de sa femme Irène Cahen d’Anvers, et vit avec ses deux enfants, Nissim et Béatrice. Nissim meurt au combat à vingt-cinq ans, en 1917, lors de la Première Guerre mondiale. Son père, inconsolable, lègue l’hôtel particulier et ses collections à l’Etat français, pour faire perdurer la mémoire de son fils, à condition que rien ne soit bougé à l’intérieur. Il décède en 1936. De la famille Camondo, il ne reste plus que sa fille Béatrice, épouse de Léon Reinach, et ses deux enfants, Bertrand et Fanny. Tous les quatre sont déportés et assassinés à Auschwitz, et en 1945, la lignée des Camondo est éteinte.

Je ne me souvenais pas que toute la première moitié du livre était consacrée à l’histoire de la famille, à des descriptions d’objets et de lieux, au contexte historique et mondain de l’époque, avant que le récit se tourne vraiment vers le dernier Camondo du titre, c’est à dire Moïse de Camondo. C’est un choix de l’auteur que je comprends tout à fait, puisque cela montre bien que le nazisme, avec la complicité de l’Etat français, a effacé des siècles d’histoire, de réalisations, de flamboyance culturelle, de loyauté, aussi, mais je gardais un souvenir poignant de cet homme solitaire, souvenir entretenu par plusieurs visites du musée, et j’avais hâte de lire les pages qui lui étaient consacrées, tout comme je regrette que Nissim – certes décédé jeune – ne soit finalement qu’esquissé.

Le livre est cependant riche et passionnant. Le destin personnel de Moïse est extrêmement triste, celui de la famille est tragique et rageant – elle a tout donné à la France, son sang, ses richesses, et a été trahie. C’est vraiment un livre qui donne envie de (re)visiter l’hôtel particulier transformé en musée.

Je lirai également l’ouvrage que Natalie David-Weill a consacré à l’ex-épouse de Moïse de Camondo, Irène Cahen d’Anvers, « La petite fille au ruban bleu » (du titre de son portrait enfant par Renoir)

Publié en 1997 chez Gallimard, en poche chez Folio, 338 pages.

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