Yesteryear – Caro Claire Burke

« Yesteryear » de Caro Claire Burke est un véritable événement littéraire, aux USA comme en Europe, même si le roman n’est pas encore traduit en français : cet été, je l’ai vu en tête de gondole en Angleterre, comme en Flandres. Une adaptation cinématographique serait en cours, avec Anne Hathaway comme productrice et actrice principale. 

Natalie est une jeune fille issue d’une famille religieuse et modeste. Alors qu’elle est une étudiante brillante en première année de théologie à Harvard, elle rencontre Caleb dans le cadre de l’association chrétienne de l’université : lui aussi religieux, il vient d’une famille connue (son père est un politicien en vue) et très riche. Quelques mois plus tard, Natalie quitte la fac, mariée et enceinte de leur premier enfant. Mais très vite, elle déchante : Caleb est sympathique et beau garçon, mais il n’est pas très intelligent et ne sait pas vraiment quoi faire de sa vie. Remarquant que Caleb s’imagine bien en cow-boy, Natalie prend les choses en main, conclut un pacte avec son riche beau-père, et s’installe avec son mari dans un ranch nommé Yesteryear…

Quelques années plus tard, avec l’avènement des réseaux sociaux, Natalie ouvre un compte instagram où elle prône le mode de vie « tradwife » en se présentant comme une mère de famille nombreuse, chrétienne, au foyer, qui nourrit ses enfants avec des plats faits maison pendant que son mari s’occupe du ranch. Malgré les « haters » qui lui reprochent ses positions traditionnelles et conservatrices, Natalie rencontre un énorme succès : elle a huit millions de followers et des partenariats juteux avec des marques. En revanche, il y a beaucoup de choses que l’on ne voit pas sur son compte : les deux nounous qui s’occupent à temps plein de ses enfants, les équipements ultra modernes dissimulés dans sa cuisine, la nourriture qui provient en fait du supermarché, la vingtaine d’ouvriers employés dans le ranch, la productrice qui met en scène ses photos et ses vidéos…

Un matin, Natalie se réveille dans son ranch…et comprend qu’elle n’est plus au XXIe siècle mais en 1850. Tout son confort et ses équipements ont disparu, deux robes austères ont remplacé sa belle garde-robe, quatre enfants inconnus l’appellent maman, et si son mari ressemble bien à Caleb, il n’a rien de l’homme malléable qui partageait sa vie…

J’ai beaucoup aimé la partie « moderne » du roman. L’écriture est vive, souvent ironique, et même si Natalie est hypocrite et manipulatrice, et ne semble aimer personne à part elle-même, c’est aussi une femme intelligente et ambitieuse qui est le produit d’un certain milieu et d’une certaine éducation (sa mère est allée loin dans les faux-semblants et la peur du qu’en dira-t-on) et qui a su prendre les choses en main pour se sortir de la pauvreté, pour donner un but à son mari sympathique mais pas très fut-fut, pour se créer une carrière florissante loin du monde de l’entreprise, même si pour cela, elle a dû vendre son âme au diable.

L’idée de la projection de l’héroïne dans le passé est excellente et l’autrice avait un boulevard devant elle pour mettre Natalie dans des situations où les valeurs qu’elle prône sont confrontées aux conditions de l’époque – être mère au foyer de famille nombreuse quand il n’y a ni nounous, ni électroménager, ni même électricité ou eau courante; être une femme soumise à son mari dans une société sans courants féministes et lois protectrices; être une fermière sans équipement moderne ni ouvriers …

Las, j’ai eu l’impression que l’autrice n’exploitait pas ce potentiel : cela commence bien puisque Natalie tente de s’enfuir et se prend le pied dans un piège … mais ensuite, elle passe son temps au lit à chouiner alors que sa fille aînée s’occupe de tout à la maison, et en sus de la baisse de rythme de l’intrigue, l’on perd le sel et le sens de cette transposition dans le passé.

Le rebondissement final (qui m’a fait penser à un film sorti il y a une vingtaine d’années) est à prendre ou à laisser. Je n’ai pour ma part pas adhéré à ce que proposait l’autrice, comme si elle n’assumait pas jusqu’au bout son idée.

« Yesteryear » est donc un roman avec d’excellents passages mais dont le grand potentiel n’est pas autant exploité qu’il le mériterait … je dirais même qu’il est parfois gâché. C’est dommage, et j’espère que l’adaptation cinématographique permettra de « corriger » les bémols rencontrés durant cette lecture.

Publié en 2026 chez Random House, encore non traduit en français (lu en VO), 400 pages.

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