Le Gang des Rêves – Luca di Fulvio

Depuis la fin de la saga de l’« Amie Prodigieuse« , mon fantasme est de retrouver une fresque qui m’emportera aussi loin que la série d’Elena Ferrante. Cela fait un certain temps que je souhaitais lire « Le Gang des Rêves » de Luca di Fulvio, roman encensé par la critique et sur la blogosphère depuis sa sortie il y a près de deux ans.

Dans « Le Gang des Rêves », Cetta, une adolescente italienne débarque à Ellis Island en 1909 avec, dans les bras, son bébé Natale né d’un viol. L’employé de l’immigration traduit le prénom de l’enfant et le rebaptise « Christmas ». Cetta devient une prostituée pour le compte de Sal, maquereau aux mains perpétuellement sales, et élève Christmas dans un quartier italo-américain et populaire de Manhattan. Vif, malin, et doué pour raconter des histoires, le jeune garçon veut monter son propre gang avec des adolescents de son âge. Un jour, il rencontre une jeune fille de son âge, Ruth, qui a été sauvagement agressée…Christmas tombe amoureux d’elle, mais Ruth est juive et vient d’une famille fortunée, deux raisons pour lesquelles cette idylle semble condamnée…

Qu’ai-je pensé de ce roman? Alors, je vais commencer par les points positifs. « Le Gang des Rêves » est une lecture plaisante, parfaite pour les vacances, qui réunit tous les ingrédients pour que le récit soit addictif. Christmas est un héros attachant, que l’on suit de sa conception jusqu’à ses vingt ans. Il est débrouillard, intelligent, a du bagout, et beaucoup d’imagination, ce qui lui permet de frayer avec des personnes d’origines diverses, dans des milieux différents : des atouts indéniables pour un roman d’apprentissage. Sa mère, Cetta, est elle aussi une jeune femme attachante, elle  a beaucoup souffert et rencontré de nombreux obstacles, mais a gardé sa dignité et s’est toujours sacrifiée pour que son fils soit bien élevé et ne manque de rien. On trouve également dans ce livre une histoire d’amour contrariée entre deux jeunes gens de confessions et milieux sociaux différents, ce qui est toujours porteur. Le contexte n’est pas en reste : quoi de mieux que les années 20 aux USA, avec des histoires de mafias juive et italienne, des guerres de gangs, mais aussi l’essor de la radio et du cinéma? Un cocktail assurément réussi.

Passons maintenant aux points négatifs. J’aime beaucoup les romans d’apprentissage, j’aime beaucoup les histoires de mafia – dans la littérature, au cinéma, mais aussi sur petit écran – mais je n’ai pas trouvé une grande originalité à ce livre. Si la construction du roman, découpé en courts chapitres, est efficace, l’écriture ne m’a pas bluffée non plus…que de répétitions! Oui, la voix de Sal est « profonde comme un rot », pas besoin de matraquer cette information! Ce n’est finalement pas bien grave, j’ai aimé de nombreux romans dont l’histoire et le style n’avaient rien d’exceptionnel, parce que l’ambiance ou les personnages m’avaient séduite.

Ce qui m’a réellement gênée dans « Le Gang des Rêves », c’est la violence sexuelle envers les femmes, et surtout comment elle est traitée dans le roman. Quasiment tous les personnages féminins se font violer – Cetta, plusieurs fois,  Ruth, Liv…-  et l’auteur va jusqu’à inventer le « Punisher », un acteur qui viole des actrices dans des films spécialisés, des sortes de « snuff movies » du viol. Ce n’est bien sûr que mon avis, mais j’ai trouvé que cela allait trop loin et qu’une partie de cette violence était gratuite, voire même détonante dans un livre dont l’ambiance n’est finalement pas très sombre et où l’attitude envers Christmas est bienveillante voire même angélique – comment de jeunes sont sortis indemnes d’un interrogatoire mené à l’initiative d’Arnold Rothstein?

J’avoue que je suis tombée de haut en lisant ce livre, car j’étais persuadée qu’il allait être un coup de cœur! Cela reste un livre globalement bien ficelé et agréable à lire mais qui, à mes yeux, n’a rien d’exceptionnel, et dont certains passages m’ont mise mal à l’aise. J’avais prévu de lire les deux autres romans de Luca di Fulvio mais je pense que je vais passer mon tour… »Le Gang des Rêves » de Luca di Fulvio a été globalement très apprécié, mon avis est vraiment à contre-courant, mais j’assume!

Publié en 2016 chez Slatkine et Cie, traduit par Elsa Damien, 720 pages.

14 commentaires sur “Le Gang des Rêves – Luca di Fulvio

  1. En fait tu as un avis qui ressemble à ceux de nombreuses lectrices allemandes qui ont fait à l’auteur le même reproche que toi sur la façon dont sont traitées les femmes… Chose qui ne lui était encore jamais arrivée en France… Comme ça c’est fait 🙂

    1. effectivement, comme tu le soulignes, il y a de nombreux lectrices (et lecteurs!) allemands sur Goodreads qui se disent mal à l’aise par la quantité de violence infligée aux femmes dans ce livre…alors qu’en France, pas du tout!

  2. Pas encore lu! Ce que tu en dis, même ou surtout à contre courant, est intéressant. Personne me semble t il n’a encore souligné cette violence sexuelle envers les femmes et je pense que ça m’insupporait… le livre est quelque part sur mon étagère et je finirai bien par le lire!!

    1. oui, ça m’a vraiment étonnée, car ce roman a été lu par beaucoup de monde, avec des avis très positifs voire carrément enthousiastes, sans que j’entende parler de cette violence…du coup, je ne m’attendais pas du tout à ça, et après ma lecture je suis allée faire un tour sur Babelio sans trouver d’avis similaire…en revanche c’est sur goodreads que plusieurs lectrices et lecteurs, notamment allemands, comme le souligne Nicole, se disaient également mal à l’aise à cause de cette violence…

  3. Je ne vais jamais sur goodreads, aussi n’avais-je jamais lu de critiques à ce sujet. Et je suis un peu étonnée, je n’ai pas du tout le même ressenti. Il est vrai que les violences sexuelles sont au coeur du roman (viols de Cetta et Ruth, prostitution,…) mais je n’ai pas eu l’impression que ces violences étaient gratuites. Pour révoltantes qu’elles soient, ces violences s’inscrivent aussi dans un contexte de violence généralisée. Violence des riches envers les pauvres, des forts envers les faibles, des hommes envers les femmes. Il n’y a pas qu’une histoire d’amour, certes mignonne mais peu originale j’en conviens, il est surtout question de résilience, de justice et de changement.

    1. Si l’auteur s’était limité aux viols de Cetta et Ruth, j’aurais sans doute été d’accord avec toi…mais Cetta+Ruth+Liv+les films…j’ai fini par saturer, surtout qu’on est loin d’une ambiance à la Donald Ray Pollock, la destinée de Christmas n’est pas loin du conte de fées…

  4. Eh bien merci Eva , ma lecture des blogs des copin(e)s a essentiellement pour but de déterminer ce que je n’ai PAS (ou plus, ici…) envie de lire, maintenant . Ce bouquin m’avait fait terriblement envie, pour la même raison que toi ! Mais ce que tu en dit me fait penser au film  » il était une fois l’Amérique » , adoré par beaucoup, mais je trouve assez degueulasse de violence complaisante, en particulier envers les femmes . Curieux vraiment cette différence de lecture entre Allemagne et France , cela m’intrigue énormément ….

  5. Oh! Je suis surprise, je me suis dit que tu avais sans doute succombé ! J’ignore si tu te rappelles, mais l’an dernier, quand Marie était en Grèce, tout IG s’était emballé pour ce livre et en allant à l’instant chercher le billet de Marie, je vois qu’elle avait posté de nombreuses photos d’IG .. et moi ça m’avait fait l’effet inverse… (je te mets le lien vers son billet : http://www.hopsouslacouette.com/2017/08/reprendre-le-dessus.html)
    Je suis curieuse d’entendre son avis à la lecture de ton billet…

    Pour tes bémols, je suis surprise de voir que d’autres ont été gênés mais ne l’ont pas dit … comme quoi ton billet est utile ! Mais Marie, elle a bu trop de ouzo ?

    1. Oui, j’avais un peu bu!
      Je demeure sur mes positions que c’était un très bon divertissement, une bonne lecture d’été (moi qui ne suis pas «lectures de vacances). Je ne pense pas que j’aurais succombé si j’avais dû le lire ici, au Québec, dans l’habitude de mes jours. Un an plus tard, il ne m’en reste pour ainsi dire rien!

      1. ah oui c’est clairement une lecture d’été! et oui c’est aussi un bon divertissement. Mais il y a vraiment quelque chose de malsain qui m’a profondément dérangée.

  6. Ton avis est assez proche de ce que j’ai ressenti en lisant ce livre, du moins pour tes bémols concernant l’originalité toute relative du roman, et les répétitions de formules (j’avais souligné « la voix de velours » de Christmas, encore une histoire de voix !) Par contre, je n’ai pas ressenti ce trop-plein de violence à l’encontre des femmes, mais ça me rappelle lorsque j’avais lu Yeruldegger de Ian Manook, et été assez seule à me trouver écœurée de toute la violence faite aux femmes dans ce roman…

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