La Femme Révélée – Gaëlle Nohant

Curieusement, je n’avais encore jamais lu de romans de Gaëlle Nohant, et j’ai sauté le pas avec « La Femme Révélée », dont la magnifique couverture – une photographie de Saul Leiter- m’a attirée.

Dans le Paris de l’après-guerre, Violet Lee, une Américaine, loge dans un petit hôtel minable et arpente les rues, un Rolleiflex autour du cou. On découvre que derrière ce nom emprunté à une morte se cache Eliza Donneley, une jeune femme qui a dû fuir Chicago, abandonnant derrière elle son petit garçon. Au hasard des rencontres et de ses photographies, elle va se lier d’amitié avec Rosa, une prostituée, trouver refuge dans un foyer pour jeunes filles, devenir nourrice dans une famille bourgeoise et croiser la route de Sam, un compatriote…

J’ai adoré la première partie de ce roman. J’ai trouvé que Gaëlle Nohant donnait vraiment corps au personnage d’Eliza, et décrivait à merveille les situations et les lieux, que ce soit les rues parisiennes, le foyer pour jeunes filles, ou encore les clubs de jazz enfumés. Il y a un vrai souffle romanesque dans ce livre, couplé à un mystère : que s’est-il passé pour qu’Eliza soit obligée de s’enfuir en laissant derrière son fils?

Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à Vivian Maier en lisant ce livre, puisqu’elle aussi était photographe de rue et nourrice. Ce fil conducteur des photographies – jusque dans le titre, « La Femme Révélée », avec son double sens – donne un aspect très cinématographique au roman, j’ai vraiment beaucoup aimé l’atmosphère de cette partie, et je me suis rendue compte que j’imaginais les scènes en noir et blanc! A travers l’histoire d’Eliza, on découvre aussi la ségrégation raciale aux Etats-Unis et la condition des Noirs outre-Atlantique, et cette facette du récit se mêle harmonieusement à la description de la vie parisienne, encore meurtrie par la Seconde Guerre Mondiale, mais qui continue à avancer, à faire des projets, à créer, à s’amuser.

La seconde partie du roman se déroule vingt ans plus tard, en 1968, aux Etats-Unis, un pays qui est alors en plein bouleversement, entre manifestations contre la guerre du Vietnam, courant hippie, mouvement des droits civiques et vague d’assassinats (Martin Luther King, et Robert Kennedy). Si je comprends pourquoi l’auteure a souhaité organiser son roman en diptyque, et « boucler la boucle », j’avoue que j’ai moins accroché à cette seconde partie, qui m’a intéressée mais qui ne m’a pas ravie comme la première, dont je m’étais délectée, et qui m’empêche donc de voir ce livre comme un coup de cœur.

Pour une première lecture de Gaëlle Nohant, l’essai est néanmoins plus que réussi, et j’ai hâte de retrouver cette auteure avec d’autres livres, notamment celui sur Robert Desnos qui me fait bien envie…

Publié en Janvier 2020 chez Grasset, 384 pages

5e lecture de la Rentrée Littéraire de Janvier 2020.

12 commentaires sur “La Femme Révélée – Gaëlle Nohant

  1. Un des romans recommandés par ma libraire, j’avais déjà apprécié Légende d’un dormeur éveillé car j’avoue que je connaissais mal Desnos, quel homme et quelle époque ! Quant à son roman La part des flammes, il est bien au-dessus de la série inventée pour TF1.
    Bonnes lectures

  2. Je ne connais pas beaucoup l’auteure, j’avais été embarquée par L’ancre des rêves, mais La légende d’un dormeur éveillé m’est tombé des mains, indigeste et peinant à créer l’ambiance des années 30… (mais je sais que mon avis est très minoritaire, et d’ailleurs, je n’ai pas fini le livre).

  3. Je vais le lire dans le cadre du Prix Audiolib et je m’en réjouis.
    J’avais bien aimé celui sur Desnos (en dépit de quelques longueurs). Son premier roman « l’ancre des rêves » m’avait plu également.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *