Dans « Des filles normales » de Manon Debaye, trois amies, Maé, Giulia et Alice, passent l’été de leurs seize ans dans la campagne normande dont elles sont originaires.
Ces jeunes filles de seize ans sont liées par leur amour de la musique, et notamment celle d’Isaac Dean, dont elles sont fan. Quand elles apprennent que ce musicien d’une trentaine d’années réside actuellement dans sa maison de famille non loin de chez elles, elles décident de lui rendre visite.
Alice, la plus jolie, celle qui semble la plus délurée, celle aussi qui est élevée par une mère célibataire qui a d’autres préoccupations que de surveiller ses allées et venues, retient l’attention d’Isaac Dean …

Plusieurs années plus tard, à Paris, Giulia, désormais brillante étudiante, croise par hasard Maé, dont elle n’avait plus de nouvelles …
« Des filles normales » commence avec une certaine douceur, celle d’un été fait de jeux, de soleil, d’amitié, d’activités en extérieur, de premières amours, mais va rapidement sombrer dans le drame.
L’arrivée d’Isaac Dean va faire voler en éclats la candeur estivale mais aussi l’amitié entre les trois filles … l’adulte sombre et toxique, beaucoup plus âgé qu’elles, va, en « choisissant » Alice, créer des tensions entre elles qui vont résulter en indifférence et jalousie, jusqu’au drame.

L’autrice a produit une œuvre à la dimension psychologique forte, qui montre bien l’emprise d’un adulte sur ces jeunes filles encore en construction, fragilisées par leurs complexes (physiques ou de classe) et par des ambiances familiales compliquées, que les filles soient négligées ou au contraire trop vissées.

J’ai quelques bémols car je m’attendais à une deuxième partie peut-être un peu plus spectaculaire et surtout à un meilleur équilibre entre les trois filles, Giulia restant le personnage le moins incarné à mes yeux, même avec la deuxième partie où on la retrouve beaucoup plus affirmée. Mais c’est un ouvrage réussi sur l’adolescence, sur les traumas et la culpabilité.
Publié en Août 2025 chez Sarbacane, 208 pages.



