Dents noires et sourire radieux – Adelle Stripe

« Dents noirs et sourire radieux » est une bouffée d’air frais dans cette rentrée littéraire. Adelle Stripe y raconte la vie et l’œuvre d’Andrea Dunbar, décédée à l’âge de 29 ans, qui a connu très jeune une certaine notoriété grâce à ses pièces de théâtre inspirées de sa propre vie.

Et sa vie ressemble à un film de Ken Loach mâtiné d’une pincée de Trainspotting, même si Andrea n’est pas écossaise mais née dans un quartier HLM d’une ville du Yorkshire. Imaginez les clichés associés à « l’Angleterre d’en bas »… quasiment tout est coché : fratrie nombreuse, pauvreté, grossesse adolescente, mère célibataire, alcool, drogue, vulgarité, chômage, violence, accent incompréhensible, enfants qui traînent dans la rue et adultes qui traînent au pub… (avec les styles capillaires et vestimentaires de l’époque)
Mais Andrea possède un vrai talent d’écriture, et contre toute attente, ses textes sont repérés et, par un jeu de relations, arrivent jusqu’à Londres : l’adolescente de la cité devient alors dramaturge et acquiert une certaine notoriété.
Il y en a pléthore des belles histoires sur l’ascension sociale d’un enfant des quartiers populaires confronté à un changement de vie et à des codes inconnus. Sauf qu’ici, la trajectoire d’Andrea n’est absolument pas linéaire. Pour être un transfuge de classe, encore faut-il le vouloir, et si Andrea est flattée que son talent soit reconnu, elle n’a ni stratégie ni maturité ni ambition, c’est surtout l’argent qui l’intéresse, pour pouvoir faire la fête avec sa copine Eileen et le dépenser au pub.
Andrea n’a rien de vraiment aimable, mais elle est attachante, c’est une pure anti-héroïne, qui brûle la chandelle par les deux bouts et se met sans arrêt dans des situations impossibles. Il y a un côté punk et jusque-boutiste dans ce livre qui réussit à être biographique tout en gardant le dynamisme et les aspérités d’un roman, qui réussit à transcrire le tragique de la vie d’Andrea tout en conservant l’énergie et la désinvolture dont elle fait également preuve. 
Une belle surprise ! 
Publié en Septembre 2026 aux éditions du Typhon, traduit par Claire Charrier, 256 pages.

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