Dans « L’Inconnue du Quai de Javel », Philippe Jaenada rouvre un fait divers des années 40. En 1949, le cadavre d’une jeune femme est retrouvé quai de Javel. Elle est identifiée comme étant Louise Cansot, une jeune mère célibataire, figure de Montparnasse, gagnant sa vie comme modèle auprès d’artistes peintres de l’époque. L’enquête ne permet pas d’identifier le meurtrier…
Ce nouvel opus est dans la lignée des précédents de l’auteur. J’ai senti une vraie tendresse de sa part pour Louise, comme pour la Pauline Dubuisson de « La Petite Femelle » ou la Kaki de « La désinvolture est une bien belle chose ». Tenter de comprendre qui l’a tuée, c’est aussi rendre justice à cette Bretonne venue tenter sa chance à Paris, qui n’a pas été épargnée par la vie, et qui laisse derrière elle une enfant orpheline.
J’aime cet oeil très humain que Jaenada pose sur ses personnages, même quatre-vingts ans après les faits, et que l’on retrouve également dans les situations qu’il décrit lors de ses pérégrinations, les personnes qu’il croise…au fur et à mesure de ses livres, j’ai appris à apprécier sa femme Anne-Catherine, régulièrement évoquée, tout comme son fils Ernest (et il y a maintenant une belle-fille!).
Celles et ceux qui n’apprécient pas la verve et les digressions de l’auteur vont ici se rouler par terre en bavant, il est dans ce livre particulièrement bavard, et son enquête mentionne un nombre assez incroyable de personnages, car Louise était une belle jeune femme très entourée – entre les membres de sa famille, ses amants, ses voisins, ses anciens employeurs, ce sont des dizaines et des dizaines de personnes dont Philippe Jaenada va nous parler.
Et bien que le récit paraisse parfois très (trop?) foisonnant, il y a une vraie méticulosité, une vraie structure d’enquête, de la réflexion, des recoupements…tout en recréant l’ambiance de l’époque. L’auteur, alors qu’il écrit ce livre, s’est mis en tête de lire tous les romans que Simenon a consacrés au commissaire Maigret. Lui-même se met dans la peau de Maigret, et il excelle à évoquer cette période de l’immédiat après-guerre, où des milliers de personnes, venus de province, immigrés, vivent chichement dans des hôtels miteux de la capitale.
En sus de l’enquête, passionnante, que mène Jaenada, c’est aussi un très beau portrait qu’il brosse dans ce livre : pour élucider le crime, il se doit de connaître la victime, et au-delà de ce statut, de comprendre qui était vraiment Louise (aussi appelée Lise), et la jeune femme est parfaitement incarnée sous sa plume – il part en Bretagne sur les traces de sa jeunesse, tente de lui rendre sa personnalité, ses sentiments, ses émotions, ses aspérités, au-delà des biais, des raccourcis et des préjugés.
Un vrai plaisir de lecture !
Publié en Août 2026 chez Flammarion, 528 pages.



