« Le Gorille » du titre, c’est le père de l’auteur, Ezer Manor, qui fut membre des services secrets israéliens et garde du corps, notamment de Moshe Dayan. Mais au-delà du langage familier, c’est aussi un mot évocateur d’une certaine virilité et d’une certaine violence, éminemment liée à la politique du pays dans lequel grandira Dory Manor.
Alors que son père est désormais décédé depuis quelques années, Dory Manor choisit le français, une langue que son père ne parlait pas, pour écrire librement sur lui, qui devient un père-sonnage. Un homme né en 1930 en Allemagne sous le nom de Reinhard Schiffer et qui émigre en Israël avec ses parents deux ans plus tard. Un homme qui multiplie les infidélités. A cela s’ajoute ce qui a traumatisé l’auteur et a créé une rupture interne avec ses parents : ceux-ci aidé du frère aîné de Dory l’ont fait enlever en pleine nuit et interner de force alors qu’il était déprimé par le fait que son père avait quitté le domicile familial pour vivre avec une autre femme…
Dory Manor ne se remettra jamais vraiment de cette trahison. Pourtant, en mettant de la distance avec sa famille et avec son pays en partant vivre en Europe, mais aussi avec le temps, les relations s’apaiseront : il comprendra qu’il a reçu en héritage une histoire douloureuse faite de littérature, d’homosexualité et de suicide. S’il est lui-même auteur et homosexuel, c’est finalement grâce à son père qui a choisi la pulsion de vie et non de mort que cette fatalité douloureuse a été brisée.
J’ai beaucoup aimé ce livre qui aborde les thèmes de l’hérédité, de l’identité, de la transmission, du pardon également. C’est en faisant le trajet inverse de son père, d’Israel vers l’Europe, en comprenant d’où il vient, que Dory Manor appréhende son histoire familiale, au-delà du changement de nom, de pays, de culture…
Publié en Mars 2026 chez Grasset, 320 pages.



