Kinderzimmer – Valentine Goby

kinderzimmer (1)
Pour être tout à fait honnête, ‘Kinderzimmer’ de Valentine Goby était un livre qui me faisait peur, et il est resté plusieurs semaines dans mon sac avant que je ne l’ouvre. La faute au thème du livre -la maternité en camp de concentration- mais aussi à cette couverture belle mais glauque d’un landau en osier abandonné dans un sentier embrumé.
Vers la fin de la guerre, Mila, une jeune résistante française, est déportée à Ravensbrück. Elle est enceinte.
Que faire du ventre. De l’enfant dans le ventre, trois mois et demi
environ
Valentine Goby use d’une très belle langue pour conter la plongée de Mila dans deux mondes inconnus, celui du camp comme celui de la maternité, avec une pertinente réflexion sur l’utilisation du vocabulaire.
Elles sont imprononçables les phrases habituelles. Ni nous marchons jusqu’au camp de Ravensbruck, à cause du nom ignoré. Ni nous sommes placées en quarantaine, ce Block n’a de fonction qu’aux yeux des prisonnières anciennes. Ni à 3h30 j’entends la sirène car elle n’a plus de montre. Impossible de dire « il y avait une Kinderzimmer, une chambre des nourisson » : elle n’en a rien su avant d’y laisser son enfant.
Mila entre en territoire neuf. Comme le jour de l’arrivée au camp elle découvre un réel inconnu : il faut se figurer le dedans du corps, s’en construire une image, le nommer. 
Mila ne sait rien d’une grossesse, ne sait rien d’un accouchement. Ignorance de son sort, ignorance de l’enfantement, du dedans et du dehors, leur somme d’effrois et de possibles.
Mais savoir qu’elle est enceinte devient une raison de vivre non seulement pour elle, mais aussi pour ses camarades, parmi lesquelles la solidarité s’organise, pour qui cette promesse de vie nouvelle est un but en soi, un futur, dans cette vie de pur présent  Le fait d’être enceinte, d’avoir un enfant qui bouge dans son ventre lui donne également quelque chose qui n’est qu’à elle dans un endroit où on est dépossédé de tout.
Contre toute attente, ce qui arrive est une échappatoire, le ventre un lieu que personne, ni autorité, ni institution, ni parti ne peut conquérir, coloniser, s’accaparer tant que Mila garde son secret. Cet espace lui appartient sans partage jusqu’à l’accouchement.
Et puis c’est la Kinderzimmer, cet endroit incongru, lieu de vie là où tout est fait pour tuer, où naissent des bébés de Ravensbrück pareils à des bébés du dehors.
D’ailleurs mettre au monde à Ravensbrück, c’est mettre à mort, car tout est fait pour que les enfants ne survivent pas.
Où est-ce qu’ils vont
après trois mois ?
-Ils meurent
A la Kinderzimmer, les règles sont absurdes, il faut que des bébés meurent pour que les survivants aient du lait: Peu d’enfants sont morts aujourd’hui et la règle de l’infirmière SS est stricte : une boitede lait de la Croix-Rouge par petit cadavre déposé à la morgue
C’est aussi un endroit où les infirmières peuvent gazouiller devant un bébé, puis l’instant d’après rire car il se fait mordre par un rat. Alors que la fin de la guerre approche, Mila se bat pour sa survie et celle de son enfant.
‘Kinderzimmer’ est un roman dur, à ne pas forcément lire en Novembre, mais j’ai été transportée par la maîtrise de Valentine Goby à faire revivre les derniers mois du camp, à utiliser une langue riche et belle pour suivre le destin de Mila et son futur enfant.  Le thème concentrationnaire a été très souvent abordé en littérature et l’auteur a  réussi à l’appréhender non seulement sans pathos et avec un angle original et véridique- puisque la Kinderzimmer a réellement existé- mais aussi à produire une véritable œuvre littéraire.
Voir l’avis de Valérie

12 commentaires sur “Kinderzimmer – Valentine Goby

  1. pfff…tu sais que je vais être obligée de le lire, ce roman est plébiscité pour le challenge des pépites. Je suis prise d'effroi rien qu'à y penser. La maternité et le camp de concentration, ça va être sévère. Ton billet ne me rassure pas tellement, puisque tu confirmes que c'est un livre éprouvant… mais tu en soulignes aussi la force, donc …je vais céder (mais j'ai très peur)

  2. j'appréhendais beaucoup, mais finalement il était moins éprouvant que ce que je pensais…malgré une grande noirceur il y a quand même de l'espoir et de la solidarité.

  3. Je n'en avais pas entendu parler mais ton article "donne envie" si je peux dire ça… J'essaie de ne lire que le bon sur la seconde guerre mondiale..Je crois que j'ai eu une overdose de littérature et téléfilms médiocres qui finissent par banaliser l'horreur. Là, carrément les camps, naturellement je n'y serais pas allée, mais ton article donne vraiment envie, ainsi que le extraits que tu cites..et comme on a beaucoup de goûts en commun… 😉 je vais y aller je pense !

    1. C'est vrai qu'on a souvent des goûts en commun… moi aussi j'ai de plus en plus de mal avec la littérature ou les films liés à la seconde guerre mondiale, je comprends que ce soit un terreau intéressant pour l'art, mais c'est difficile de ne pas tomber dans le mélo-dramatique ou dans le moultes fois rebattu…là je trouve que Valentine Goby a trouvé un angle original, et s'en est remarquablement bien tirée.

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