Au Revoir Là-haut – Pierre Lemaitre

Je ne sais pas pourquoi j’ai attendu aussi longtemps pour lire « Au revoir là-haut » de Pierre Lemaître, Prix Goncourt 2013. Peut-être parce que la guerre de 14-18 n’est pas vraiment ma période de prédilection. En tout cas, j’ai réparé cette erreur, et c’est tant mieux.

Dans les derniers jours de la guerre, dans les tranchées, le sort de deux poilus se lie de manière inexorable; le temps d’une scène d’ouverture mémorable. Albert Maillard et Edouard Péricourt ne sont pas du même milieu, n’ont pas la même orientation sexuelle ni le même talent, pourtant une bombe et leur solidarité mutuelle vont en faire des êtres inséparables. A la fin de la guerre, révoltés par leur sort et par le comportement de leur capitaine, Henry d’Aulnay-Pradelle, ils décident de se lancer dans une énorme escroquerie pour connaitre des jours meilleurs.J’ai lu de nombreux témoignages sur la guerre de 14-18 en elle-même mais très peu de livres sur le retour à la vie civile, à part « La chambre des officiers » de Marc Dugain, auquel ce roman m’a un peu fait penser avec le personnage de « gueule cassée » d’Edouard Pericourt.
« Au revoir là-haut » évoque également un sujet, méconnu, qui m’a beaucoup intéressée, celui du business juteux des tombes de soldats, et la manière abjecte dont celui-ci est mené.Extrêmement bien écrit, de style et facture classique- j’ai parfois eu l’impression que je lisais du Zola-l’histoire coule de façon fluide, avec des personnages attachants:les deux poilus et l’amitié forte qui les lie, Monsieur Pericourt, qui ne comprend pas son fils artiste et homosexuel mais qui se rend compte du manque créé par son absence et de l’amour qu’il lui porte.

« Au revoir là-haut » est une très belle surprise, un beau roman avec des descriptions parfois glaçantes, qui m’a tenue en haleine et m’a réconciliée avec cette période que je ne pensais pas aimer.

L’avis d’Enna pour qui c’est un coup de coeur (et qui, je m’en aperçois en relisant son article, a elle aussi eu l’impression de lire du Zola!)

Et 1/28 pour le Challenge « L’Union Européenne en 28 livres », catégorie: France.

Challenge Europe
Publié le 21 août 2013 aux Editions Albin Michel, 576 pages.

16 commentaires sur “Au Revoir Là-haut – Pierre Lemaitre

  1. Tu sais que tu me fais très plaisir en parlant de Zola parce que c'était mon impression aussi mais j'ai été un peu prise de haut par certains quand je l'ai dit! Que j'ai aimé ce roman, j'en veux encore!

    1. tu n'es pas ma swapeuse pour rien 🙂 en tout cas je savais que tu avais adoré et c'est ça qui m'a donné envie de le lire, alors qu'il ne me tentait pas plus que ça…

  2. Je l'ai eu pour Noël et je l'ai lu cet été, je l'ai aussi beaucoup aimé, moins que certains et certaines, mais beaucoup quand même. Je trouve que c'est un Goncourt mérité (par contre, pour Zola, je sèche un peu, je n'ai pas trop vu le rapport, mais c'est sans doute parce qu'on ne retient pas les mêmes choses d'un livre, c'est drôle parce je me souviens quand Enna avait eu cette impression, nous en avions parlé sur FB, visiblement, elle n'est pas la seule 😉

  3. Oui, c’est un roman FORMIDABLE, je ne vois pas à qui il pourrait déplaire !
    Des points communs avec Zola ? Oui, certaines silhouettes (un cul-de-jatte, un manchot tirant une charrette,…) l’impasse et le logement de l’impasse Pers, tous évocateurs de la misère ; le personnage de la fillette, Louise, qui rappelle Dédé dans « La mort d’Olivier Bécaille » , silencieuse et dégourdie ; la morgue des riches, le gouffre qui sépare leur monde du petit peuple…En revanche, il y a ici de l’humour, de la légèreté, la folie inconsciente du projet, une fin presque satisfaisante que je ne me rappelle pas avoir souvent trouvés chez Zola…Dans Germinal, l’Assommoir, Thérèse Raquin…, l’ambiance est lourde et désespérante, même si Zola pratique aussi humour et malice, par exemple dans la nouvelle  » Les coquillages de M. Chabre « .

    1. Ah je suis contente que vous ayez également trouvé des points communs avec Zola !
      Un roman de cet auteur avec une fin satisfaisante? Peut-être « Au bonheur des dames »?

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