Indignation – Philip Roth

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Philip-Roth-Indignation
« Indignation », comme « Nemesis », est un roman court, efficace et facile d’accès, un autre conte cruel sur l’ironie du sort.
Marcus Messner, étudiant à l’université de Newark, ville dont il est originaire, se fait transférer dans une université de l’Ohio pour échapper à son père, devenu brusquement paranoïaque, qui s’inquiète exagérément pour la vie de son fils. Les études sont très importantes pour Marcus, non seulement parce qu’il est sérieux et appliqué, mais aussi parce que cela recule son départ pour l’armée-nous sommes en pleine guerre de Corée.
Mais les choses ne vont pas se dérouler comme prévu: Marcus découvre la sexualité, entre excitation et répulsion, au contact d’une jeune femme psychologiquement instable, sa laïcité se heurte au conformisme religieux de l’université, et il s’attire les foudres du directeur de l’université car il préfère s’isoler afin de mieux travailler. »Indignation » est un roman très bien écrit sur la jeunesse du début des années 50: l’émancipation par rapport aux parents, la découverte de la sexualité, l’inquiétude d’une génération qui, traumatisée par la Seconde Guerre Mondiale (Marcus y a perdu deux cousins), s’apprête à être envoyée en Corée, le conservatisme des universités – sur le plan moral comme sur le plan religieux – le début d’un mouvement contestataire avec notamment l’évocation d’ intellectuels comme Bertrand Russell qu’admire Marcus.

Marcus est juste un jeune homme qui veut qu’on le laisse tranquille : échapper à la surveillance paranoïaque de son père, étudier au calme, se tenir en-dehors des confréries, ne pas avoir à suivre un office religieux qui ne l’intéresse pas – lui qui est Juif laïque -, ne pas être de la chair à canon… mais il paiera cher son indépendance et son goût pour la solitude.

Philip Roth introduit également des fissures dans ce monde en apparence contrôlé et policé, comme lorsque les étudiants masculins deviennent brièvement hors de contrôle et mettent à sac la résidence des filles: le père de Marcus, commerçant respecté et honnête père de famille, devient peu à peu fou tandis qu’Olivia, jeune fille de bonne famille, est suicidaire. Une vision de l’Amérique malade de ses guerres et de sa morale oppressante, qui aboutira une décennie plus tard au mouvement hippie et à Mai 68.

Comme Nemesis, ce n’est pas un roman très représentatif de l’univers de Philip Roth, mais c’est un livre extrêmement bien écrit, très accessible, avec un anti-héros attachant, qui égratigne la société bien pensante de l’Amérique des années 50.

C’est ma quatrième contribution au Mois Américain .

7 commentaires sur “Indignation – Philip Roth

  1. Tout à fait d'accord : nous ne sommes pas, ici, dans le registre de "J'ai épousé un communiste" ou "Pastorale américaine" (mes romans préférés de Roth, pour le moment du moins, il m'en reste quelques-uns à découvrir), mais c'est très bon quand même..

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