Nos âmes la nuit – Kent Haruf

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4 coeurs

Je ne connaissais pas du tout Kent Haruf, auteur américain décédé en 2014 juste après l’écriture de « Nos âmes la nuit » et je remercie Electra et Marie-Claude dont les billets enthousiastes m’ont donné envie de découvrir ce romancier!

Ce roman commence d’une façon originale : Addie Moore va frapper à la porte de  Louis Waters. Ils sont tous deux veufs et septuagénaires, se connaissent de vue car ils habitent dans la même petite ville mais sans pour autant se fréquenter ou être proches. Elle lui propose de la rejoindre chez elle la nuit pour dormir ensemble et ainsi rompre la solitude et la monotonie de leurs existences. Assez surpris, Louis finit par accepter, et se rend chez Addie. Allongés dans le noir sur le lit, ils vont commencer à se confier l’un à l’autre. Mais le voisinage se rend vite compte de leur petit manège, et chacun y va de son commentaire. L’histoire arrive aux oreilles de la fille de Louis, Holly, et du fils d’Addie, Gene, qui connait une passe difficile : son commerce périclite, et sa femme l’a quitté, le laissant seul avec son petit garçon Jamie, qu’il confie à Addie. Si Holly est plus compréhensive, Gene n’apprécie pas du tout la présence de Louis dans la vie d’Addie…

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Kent Haruf

« Nos âmes la nuit » est un roman qui m’a conquise par sa simplicité. Pas d’esbroufffe, pas de fiotures, l’histoire est belle et simple, et nous renvoie à des valeurs de base : la communication, la solidarité, la tolérance. Addie et Louis vont apprendre à se connaître grâce à leurs conversations, et à l’écoute et au respect qu’ils portent l’un à l’autre. Chacun a fait des erreurs, chacun a vécu des choses compliquées, voire des drames et il le raconte à l’autre. Les deux personnages évoluaient dans le même environnement, mais n’avaient jamais eu l’occasion de vraiment se connaître. C’est notre lot à tous, nous avons beaucoup de personnes autour de nous que nous croisons souvent, à qui nous disons bonjour, dont nous savons le nom du conjoint ou des enfants, et quelques éléments biographiques, mais sans avoir jamais eu l’opportunité de vraiment discuter en profondeur. Il y a beaucoup de conversations dans ce récit, mais les échanges sonnent juste, ils ne sont ni creux ni trop littéraires, Kent Haruf a vraiment bien su doser les dialogues pour les rendre vivants et à travers eux créer des personnages très bien incarnés et attachants.

Plus attachante encore est la famille qu’Addie et Louis vont recréer avec Jamie, le petit-fils d’Addie. S’occuper du petit garçon va renforcer les liens entre Addie et Louis, comme s’ils étaient tous deux les grands-parents de l’enfant, et donc par là-même un couple. Tous deux cherchent vraiment à éveiller l’enfant, à lui faire découvrir des plaisirs simples : le sport, la nature, les animaux. Ils ont beaucoup de bienveillance envers Jamie mais l’auteur n’est pas sans humour : j’ai souri quand Louis a décidé d’offrir un chien au petit garçon, certes pour que celui-ci ait un compagnon de jeu, mais aussi, sournoisement,  pour que l’enfant reste la nuit avec le chien et arrête de venir dormir avec sa grand-mère et donc de séparer Addie et Louis dans le lit!

Il y a beaucoup de bons sentiments dans « Nos âmes la nuit » mais sans pour autant tomber dans le cucul la praline. Kent Haruf nous dit qu’il n’est jamais trop tard pour sortir de sa routine, faire une nouvelle rencontre, se livrer, enrichir sa vie. Malheureusement, l’âge va souvent de pair avec la dépendance, et il est plus difficile de lutter contre un entourage intrusif et intolérant.

Je suis vraiment contente d’avoir découvert Kent Haruf, même si c’est sur le tard. J’ai été séduite par le charme, la simplicité et la fluidité de « Nos âmes la nuit ». Une très belle lecture qui me donne vraiment envie de découvrir les autres livres de cet auteur!

Publié en Septembre 2016 chez Robert Laffont, traduit par Anouk Neuhoff, 180 pages. 

25e lecture de la Rentrée Littéraire 2016.

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18 thoughts on “Nos âmes la nuit – Kent Haruf

  1. Ravie de voir que tu as succombé au charme de M.HARUF ! Il faut que tu lises Le chant des plaines (en premier),sa suite Les gens de Holt County – tu vas être conquise! J’adore chez lui ce que tu as décrit: sa simplicité, son attachement aux valeurs (parfois considérées désuètes) et puis une autre Amérique …

  2. Pas d’esbrouffe, c’est ça. Une simplicité qui touche en plein cœur (et un roman que j’ai acheté au forum Fnac juste après t’avoir vue pour la première fois. Il n’y a aucun rapport de cause à effet mais je trouve le clin d’œil rigolo^^).

  3. Oh! Ravie que tu l’aies aimé. Et comme tu en parles bien… Attache ta tuque, le meilleur est à venir avec « Le chant des plaines » et « Les gens de Holt County ». Pour ma part, je me garde en réserve « Colorado blues ». La simplicité de Kent me fait un bien fou!

    1. haha, j’ai dû aller chercher dans un dictionnaire québécois ce que voulait dire une tuque ! (même si j’avais grosso modo compris que le sens était proche d’attache ta ceinture!) bon, j’ai pas de tuque, mais je vais me débrouiller 😀

  4. Même si je partage ce que tu dis – les bons sentiments sans esbroufe, notamment – je n’ai pas été conquise. Je dirais peut-être que je l’ai trouvé trop lisse, tant dans le style que dans le développement du récit lui-même.

  5. J’ai adoré Le chant des plaines, et sa suite Les gens de Holt County… L’ambiance, le ton, y sont tout ce que j’aime dans la littérature américaine, et que j’ai parfois du mal à trouver !

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