Crime d’Honneur – Elif Shafak

Premier roman que je lis d’Elif Shafak, romancière turque (née à Strasbourg!), « Crime d’Honneur » est une saga familiale qui se déroule entre un petit village de Turquie et un quartier populaire du Londres de la fin des années 70.

Ce roman choral commence en Turquie avec la naissance de jumelles, Pembe et Jamila, deux nouvelles filles dans cette fratrie kurde qui ne compte aucun garçon. Si Jamila reste célibataire et devient la sage-femme du village, sa soeur Pembe épouse quant à elle Adem, avec qui elle aura trois enfants : Iskander, Esme et Yunus. La famille va émigrer pour s’installer à Londres. Dès les premières pages du roman, on apprend qu’Iskander est en prison depuis un certain nombre d’années pour avoir tué sa mère Pembe alors qu’il n’était lui-même qu’un adolescent.

L’écriture d’Elif Shafak est alerte, et cette histoire, qui se déroule sur plus de quarante ans, évoque de nombreux sujets, notamment la gémellité et l’oppression des femmes, que ce soit dans le village traditionnel ou dans le quartier multiculturel de Londres où se côtoient immigrés et jeunes punks – deux lieux particulièrement bien décrits par la romancière. Règne également dans ce récit un certain suspense, puisqu’on se demande tout au long de la lecture pourquoi Iskander a tué sa mère, et dans quelles conditions.

Si les femmes ne sont pas libres de mener leur propre vie, toujours victimes de suspicion et dépendantes des décisions des hommes de leur famille – père, puis mari, et si le mari déserte le foyer, c’est le frère ou le le fils qui prend le relais, et Elif Shafak décrit même, au détour de quelques phrases, le début de l’islamisme, je ne peux pas dire pour autant que le récit soit triste ou pesant. « Crime d’Honneur » est un livre plein de vie, porté par la multitude de personnages, et notamment le petit Yunus, qui doit avoir 7 ou 8 ans et qui fréquente les squats dans le dos de sa mère, amoureux d’une jeune fille punk.

« Crime d’Honneur » est un roman que j’ai lu très vite, bien qu’il compte plus de 500 pages, il est vraiment fluide et quand je le reposais, j’avais hâte de le reprendre pour savoir ce qu’il allait advenir des personnages. Je ne suis pour autant pas sûre que ce livre me marquera durablement, peut-être parce que la plume de l’auteure est assez légère, et que rien n’est vraiment appuyé dans le récit, sans être toutefois superficiel. Il y a un twist dans l’histoire qui aurait pu être l’acmé du roman mais j’ai trouvé qu’il n’était pas du tout exploité à la hauteur de ce qu’il aurait pu être, j’étais vraiment étonnée du traitement que l’auteure en a fait.

Malgré ces bémols, « Crime d’Honneur » d’Elif Shafak est un roman que j’ai apprécié, porté par des personnages attachants. J’ai bien envie de lire d’autres romans de l’auteure turque, un nouveau livre parait d’ailleurs dans le cadre de la Rentrée Littéraire de Janvier, « Trois filles d’Eve ».

Publié en 2013 chez Phébus, traduit par Dominique Letellier, existe en poche chez 10/18, 504 pages.

10 commentaires sur “Crime d’Honneur – Elif Shafak

  1. J’adore Elif Shafak et j’adore offrir ses livres à mes amies (qui adorent aussi ! 🙂 )
    Les bémols que tu pointes ne m’ont pas dérangée tellement j’avais été happée par cette histoire!

    J’ai aussi lu et aimé « La bâtarde d’Istanbul »

  2. Ces crimes soit-disant d’honneur, car ils n’ont rien d’honorables, me font tellement horreur que je n’aime pas lire de livres sur le sujet.
    Ce sujet me met en rage…. Malgré tous les atouts de ce roman, je passe mon chemin 🙂

  3. Ce titre me fait envie, repéré depuis quelques temps déjà. J’avais beaucoup aimé La bâtarde d’Istanbul que je te recommande du coup pour pousser ta découverte un peu plus loin 😉

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