Idaho – Emily Ruskovich

« Idaho » d’Emily Ruskovich est un roman dont j’ai entendu beaucoup de bien sur la blogosphère. Étant souvent conquise par les publications Gallmeister et notamment celles écrites par des femmes, il ne m’a pas fallu longtemps pour me lancer dans cette lecture.

Je ne savais pas vraiment de quoi parlait Idaho avant de commencer à le lire, seulement que cela parlait d’infanticide..Ann, professeur de musique, est mariée à Wade, un homme qui souffre d’Alzheimer précoce. Celui-ci était auparavant marié avec Jenny, avec qui il avait deux petites filles. Mais Jenny a été condamnée à perpétuité pour avoir tué leur fille cadette, May. Quant à June, leur fille aînée, elle a disparu le même jour et n’a jamais été retrouvée. Alors que la maladie de Wade semble avoir effacé les souvenirs de sa vie d’avant et jusqu’à l’existence de ses filles, Ann s’interroge sur ce qu’il s’est passé en ce jour funeste.

« Idaho » est un roman prenant, dès les premières pages. Je me suis attachée à Ann, cette femme entièrement dévouée à son mari, un homme qu’elle aime profondément malgré la maladie qui altère non seulement ses souvenirs mais aussi sa personnalité, et malgré ses accès de violence, seules réminiscences du drame qui a bouleversé sa vie. La mémoire de Wade disparaissant, c’est Ann qui embrasse son histoire, et en quelque sorte le rôle de son mari.

Le récit nous entraîne à différentes époques, et vers différents personnages, notamment Eliot, un adolescent unijambiste à la suite d’un accident, ou encore Elizabeth, la compagne de cellule de Jenny à la prison…il y a de belles trouvailles dans « Idaho », comme le fait qu’Adam, le père de Wade, lui aussi atteint par Alzheimer, s’imagine être le père d’une femme qu’il a connu dans sa jeunesse et qui a pourtant le même âge que lui, une fausse filiation légitimée par l’attribution du prénom June à la fille aînée de Wade, ou encore le travail de Tom,  peintre qui réalise des tableaux mettant en scène dans diverses situations du quotidien des personnes ayant disparu, afin qu’elles soient plus facilement reconnaissables…

C’est un très beau roman, original, bien écrit, sensible, mais dans lequel le suspense est également très présent : pendant tout le roman, on se demande pourquoi Jenny a tué sa fille May, et ce qu’il est advenu de June. Jusqu’à la dernière page, je me suis posé ces questions, et je pensais qu’à la fin du livre, les pièces du puzzle se mettraient en place.

Or…ce n’est pas le cas, et la dernière page tournée, j’ai ressenti de la frustration et de l’incompréhension. Je me suis même demandé si je n’avais pas raté quelque chose, pas vu un indice au détour d’une phrase. Les questions restent sans réponse, tout comme semble par conséquent bien mystérieuse l’intervention de certains personnages dans le récit…

Cela a bien sûr terni après-coup mon plaisir de lecture, il n’est jamais agréable de refermer un livre en se sentant frustré. Pour autant, je ne peux pas dire qu' »Idaho » d’Emily Ruskovich ne m’a pas plu, c’est au contraire une lecture vraiment marquante, avec une écriture extrêmement prometteuse pour un premier roman. Je conseille donc ce livre, mais il vaut mieux être prévenu que le mystère subsistera à l’issue de la dernière page…

Publié en Mai 2018 chez Gallmeister, traduit par Simon Baril, 388 pages.

10 commentaires sur “Idaho – Emily Ruskovich

  1. Je crois que je peux comprendre ta frustration même si je ne l’ai pas ressentie moi-même… On ne saura jamais le fin mot de l’histoire et j’adhère à ce parti-pris de l’auteure qui choisit de mettre au centre de son roman la mécanique du souvenir, la façon dont les impressions fugaces, les odeurs, les musiques imprègnent nos esprits et nous permettent de construire nos propres images. Effectivement, on n’est pas dans un roman à l’intrigue classique avec des réponses, même partielles à la fin… un peu comme dans la vie d’ailleurs… il y a des choses que nous n’élucidons jamais, de vagues impressions… J’ai eu un véritable coup de coeur pour ce roman, moi dont l’esprit cartésien est plutôt du genre à réclamer du concret. Preuve du talent de l’auteure 🙂

    1. je te rejoins complètement sur le talent de l’auteure, l’écriture est vraiment belle et sensible, la construction est soignée, le travail sur la mémoire et la disparition des souvenirs est vraiment d’excellente qualité…et c’est un roman que j’ai apprécié et que je conseille. Après, j’ai l’impression qu’il y a deux sortes de lecteurs pour ce livre : ceux qui sont en phase avec ce que l’auteure propose, et ceux chez qui la fin a engendré une frustration…et je comprends tout à fait par conséquent que le livre soit pour toi un coup de coeur!

  2. Il est partout mais je le confondais avec l’autre « Idaho » (deux romans au même titre, pas très courant) – ton billet en dit plus que les autres que j’ai lus (qui a tué qui) et ton billet dit aussi qu’à la fin, on reste sur sa faim… Je ne suis pas contre une fin ouverte si l’auteur n’en a pas fait un thriller ou un roman à suspense mais là apparemment elle donne l’impression au lecteur de lever le voile à la fin. Je pense néanmoins que je le lirais un jour, il arrivera à la BM et je l’emprunterai tranquillement après tout le monde 😉

    1. oui c’est bizarre ces deux livres avec le même titre! pour le qui a tué qui, ce n’est pas du tout une révélation dans le roman, c’est une information qu’on a assez vite…quant à la frustration, il était important pour moi d’en parler car je pense vraiment que c’est là où le bât blesse dans ce livre, et qui peut transformer un coup de coeur en grosse déception…je ne peux pas dire qu’Idaho soit un thriller, mais le fait de faire des flashbacks, de mettre en scène certains personnages, de faire aussi disparaître l’une des petites filles (au lieu de les faire tuer toutes les deux) donne vraiment l’impression – en tout cas c’est mon avis- qu’il va y avoir une révélation à la fin, ou tout du moins un indice…mais oui, je serais curieuse d’avoir ton avis sur ce livre!

  3. C’est sûr qu’il y a de la frustration, on aimerait savoir ce qu’il est advenu de June..et pourquoi la mère en arrive à tuer May..
    Pourtant, malgré quelques passages un peu longs (la prison), c’est un roman plutôt réussi !

  4. Je suis sans doute trop rationnelle! Je voulais des réponses et je ne les ai pas trouvées. Le style m’a retenue. Le côté décousu m’a déplu: trop d’intrigues parallèles (Sylvia et Eliott n’apportent rien à l’histoire, même s’ils sont intéressants). L’intrigue aurait pu être resserrée.

    1. Pour moi Sylvia n’apporte effectivement rien…j’ai eu l’impression qu’elle était là juste pour enrichir l’intrigue dans la prison, un peu à la Orange is the New Black… pour Eliott je suis plus mitigée, je pense vraiment que c’est un personnage qui a eu un impact sur l’histoire, que c’est un personnage bien plus important qu’il n’en a l’air, mais que l’auteure n’est pas allée jusqu’au bout du raisonnement, et qu’elle ne l’a pas assez exploité.

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