Disparaître dans la nature – Evan Ratliff

« Disparaître dans la nature » d’Evan Ratliff est un curieux document composé de deux récits – « Disparaître » et « Dans la nature » –  (disposés de chaque côté du livre!) qui jouent sur notre fascination pour les disparitions volontaires (il n’y a qu’à voir l’engouement pour l’affaire Xavier Dupont de Ligonnès…qui n’a pas lu Society cet été?)

Commençons par « Dans la Nature » : c’est un grand article qui nous raconte l’histoire d’un homme d’une quarantaine d’années, Matthew Alan Sheppard, qui semble bien sous tous rapports, mais est en fait entré dans une spirale d’endettement et malversation. Pour échapper à cette situation inextricable, il décide de mettre en scène sa disparition…une histoire vraie, très intéressante, qui nous explique comment cet homme en est arrivé là, comment il a pu démarrer une nouvelle vie…mais également comment il a été retrouvé…

« Disparaître » concerne plus directement Evan Ratliff puisque ce journaliste raconte comment il a organisé en 2009 un jeu autour de sa propre disparition. Les participants ont un mois pour le retrouver: ils gagneront 5000 dollars s’ils parviennent à le prendre en photo et à lui communiquer le mot de passe convenu. Le défi est accueilli avec enthousiasme, et bientôt, Evan Ratliff est poursuivi par des milliers de personnes qui échangent des informations recueillies sur Internet et sur les réseaux sociaux…

L’idée de départ est absolument géniale : peut-on retrouver une personne qui a décidé de disparaître, et comment? Pendant que les « enquêteurs » épluchent sa vie, notamment numérique, le journaliste commence d’ailleurs à se sentir bien seul, et un brin paranoïaque.  Ratliff a quand même facilité l’enquête : il ne se terre pas dans un village isolé pendant un mois, mais essaie de vivre le plus normalement possible, en milieu urbain, en continuant d’utiliser les réseaux sociaux sous un faux nom, de se rendre dans des restaurants spécialisés et d’aller au match de son équipe favorite – ce qu’une personne vraiment motivée pour ne pas être retrouvée ne ferait sans doute pas. 

Le concept est original, puisque l’on suit le récit du côté du « chassé », alors que l’on a plutôt l’habitude d’appréhender l’histoire via l’angle du « chasseur » (cf les articles de Society sur XDDL). C’est d’ailleurs à la fois sa force et sa faiblesse  – car même si Ratliff espionne sur Internet ceux qui le recherchent, et trouve des subterfuges pour leur échapper, il y a moins de zones d’ombres, de mystère, de suspense, que lorsque le lecteur se met dans la peau du chasseur, d’autant plus que le chassé ne met pas toutes les chances de son côté :  j’ai lu avec intérêt cet article de magazine, publié à l’origine dans Wired, mais j’ai trouvé que le texte était plutôt factuel, et n’avait pas la puissance que pouvait avoir par exemple « Addict » de James Renner, qui raconte comment ce journaliste d’investigation, enquête sur la disparition (volontaire ou criminelle?) d’une jeune femme.

Un bel objet-livre qui rassemble deux grands articles de magazine, et un concept sympathique, même si je m’attendais à des histoires plus haletantes et percutantes, vu le thème abordé. 

Publié en Mars 2020 aux éditions Marchialy, traduit par Charles Bonnot, 128 pages.

46e lecture de la Rentrée Littéraire de Janvier 2020.

 

 

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