Et Wolf fils de Hersh devint Willy – Israel Joshua Singer

Le roman, écrit dans les années 30 par Israël Joshua Singer, commence en Ukraine, au début du XXe siècle. Wolf est un jeune homme juif dont les parents possèdent un domaine agricole. Grand, costaud, le teint hâlé par le soleil, il se passionne pour l’élevage et l’agriculture, et avec son physique et ses centres d’intérêt, il détonne parmi les autres garçons juifs de son âge.

A contrario, son père s’occupe du domaine par nécessité, parce que c’est l’héritage de la famille de sa femme, mais c’est un intellectuel, très religieux et de nature citadine. Lorsque Wolf part pour plusieurs années de service militaire, il supplie son père de ne pas se séparer de l’exploitation, mais à son retour, le domaine a été vendu. De dépit, Wolf émigre aux Etats-Unis, mais ne supporte ni New-York, ni les métiers qui lui sont proposés en ville. Au hasard d’un travail itinérant qui l’emmène à la campagne, il rencontre un fermier protestant et sa fille Esther…

J’ai beaucoup aimé ce court roman qui se lit de manière très fluide, mais qui évoque des thématiques profondes. Wolf ne se contente pas de son sort, et prend son destin en main : il n’est pas satisfait de la vie que lui propose son père en Russie et part aux Etats-Unis pour y être enfin lui-même, et vivre en conformité avec ses aspirations. Pour cela, il a  laissé derrière lui sa famille, son pays, sa religion, sa langue, et même son nom, puisque « Et Wolf fils de Hersh devint Willy ».

Mais c’est également un homme de devoir, de responsabilités, et il l’a prouvé aux Etats-Unis. Lorsque plusieurs années plus tard, il découvre que l’Europe est à feu et à sang, et que sa famille est menacée, il va tout faire pour les mettre à l’abri… et c’est là que le Nouveau Monde va être rattrapé par l’Ancien

L’histoire est vive, avec un côté tragi-comique… j’ai beaucoup aimé les questionnements de ce texte, sur l’identité, sur la relation père-fils, sur le poids familial aussi… malgré des changements radicaux (même si en vérité, le Willy américain est parfaitement identique au Wolf ukrainien), peut-on vraiment être un homme nouveau? Wolf/Willy semble l’avoir pensé, et cette fin abrupte, parti pris de l’auteur alors que je n’aurais pas boudé une deuxième partie, pourrait être sous-titrée « rattrapé par la patrouille! ».

J’avais déjà lu du même auteur le recueil « Printemps et autres saisons », et ce texte très réussi m’a donné envie de continuer à explorer l’œuvre de cet écrivain de talent, disparu prématurément.

Publié chez l’Antilope en 2016, traduit par Monique Charbonnel-Grinhaus, 160 pages.

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