C’est dans « L’eau qui dort » d’Hélène Gestern que j’ai appris l’existence de la biographie qu’elle a consacré à l’auteur arménien Armen Lubin.
Je ne connaissais pas du tout cet écrivain né Chahnour Kerestedjian en 1903 dans ce qui est aujourd’hui la Turquie, et arrivé en France en 1923 suite au génocide arménien , dont la vie sera marquée par de nombreuses hospitalisations dues à une tuberculose osseuse mais aussi par une amitié très forte avec Madeleine Follain, peintre française et fille de Maurice Denis.
A dire vrai, je suis arrivée pour Armen et je suis restée pour Hélène. J’ai eu du mal à comprendre au début du livre pourquoi l’autrice avait entrepris d’écrire 600 pages sur cet écrivain peu connu du grand public … et j’avoue que je n’ai pas été plus intéressée que cela par sa vie et son œuvre.
En revanche, j’ai découvert qu’après chaque chapitre consacré à Armen, il y avait quelques pages où Hélène Gestern parlait d’elle, en écho. J’ai découvert beaucoup de choses sur cette autrice : à travers la lecture de ses livres je me doutais qu’elle avait des origines étrangères – que je pensais russes alors que pas du tout – qu’il y avait également des zones d’ombres, des secrets.
L’autrice est pudique, elle ne s’épanche pas et pourtant elle se livre avec délicatesse sur les origines de sa mère, sur un exil douloureux, sur l’appréhension de la langue française, mais aussi sur des choses plus personnelles comme les ruptures, l’amitié, l’utilisation d’un pseudonyme …
J’ai été ravie d’en savoir plus sur cette femme que je ne connaissais que via ses livres et que je devine discrète – rien que par le fait qu’elle a choisi d’écrire sur un autre pour réussir à parler d’elle, et son récit donne un relief particulier à ses romans.
Je n’ai pas lu l’ouvrage que je pensais lire et c’est tant mieux.
Publié chez Arléa en Mars 2020, 618 pages.



