La présence d’Eli Cranor au Festival America cette semaine m’a poussée à enfin découvrir cet auteur américain avec son dernier roman « À la chaîne ».
Un jeune couple latino, Edwin et Gabby, vit ou plutôt survit dans l’Arkansas. Tous deux sont employés à la chaîne dans une usine de transformation de poulets. Une vie « À la ligne » de Joseph Ponthus, mais en bien pire : il y a l’odeur omniprésente, les dix heures d’affilée, sans pause, même pour aller aux toilettes, ce qui pousse les ouvriers à ne plus s’hydrater voire à porter des couches. Il y a aussi toutes ces heures supplémentaires qui ne sont jamais payées à ces travailleurs corvéables à merci, souvent étrangers, voire illégaux comme Gabby. Elle et son compagnon ont mal partout, et surtout, ils n’ont même plus la force de trouver un travail moins pénible et mieux rémunéré.
Lorsque Edwin est brutalement licencié par le directeur de l’usine, Luke Jackson, pour un petit retard, il enlève sur un coup de tête le bébé du patron, et demande une rançon de 50 000 dollars, le montant de 7 ans d’heures supplémentaires non payées au jeune couple … Mais Luke est un homme complexe, qui cache des secrets. Issu d’une famille pauvre, il a l’habitude de se battre pour tout depuis l’enfance et n’entend pas se laisser faire sans riposter.
J’ai beaucoup aimé le contexte social (terrible) de ce roman noir ainsi que la relation qui se noue entre les deux femmes – Gabby et Mimi, la femme de Luke et mère du bébé enlevé. Deux femmes que tout semble opposer – leur milieu social, leurs origines – mais qui se rejoignent autour de la maternité, autour aussi de l’immaturité et de l’impulsivité de leurs conjoints qui les ont précipitées dans une histoire qu’elles n’ont pas voulue et qu’elles subissent.
Ce sont vraiment les deux grands atouts de ce livre mené tambour battant qui souffre néanmoins de quelques clichés et d’un style auquel j’ai moyennement accroché. Un roman qui m’a donné envie de lire l’autre livre de l’auteur publié en français, « Chiens des Ozarks ».
Publié en Février 2026 chez Sonatine, traduit par Emmanuelle Heurtebize, 320 pages.



