A voix haute – Polina Panassenko

J’ai découvert Polina Panassenko avec son premier roman, « Tenir sa langue ». On reste dans le même champ lexical avec le titre de son nouvel ouvrage, « A voix haute ».

La narratrice est russe mais s’est installée en France avec sa famille lorsqu’elle était petite, et y a passé toute sa jeunesse. Désireuse de devenir comédienne, elle retourne en 2011 dans son pays natal pour étudier au Théâtre National de Moscou, et s’installe chez son grand-père. Elle découvre que le grand-père de celui-ci, donc son arrière-arrière-grand-père a été arrêté et envoyé au goulag, sans que l’on sache même où et quand il est mort. La narratrice décide alors de solliciter la bureaucratie russe pour récupérer le dossier de son aïeul.

Le lien entre les deux ouvrages ne repose pas seulement sur le choix des titres. Polina Panassenko creuse les thèmes du silence, du secret, de cette lignée de la peur, qui s’hérite de génération en génération. En vivant de nouveau en Russie, la narratrice est témoin des réflexes, des instincts que des décennies de délation, d’arrestations arbitraires, de surveillance ont créées dans son entourage : la peur du coup de sonnette lorsque l’on n’attend pas de visiteur, l’interdiction de parler trop fort au cas où l’on serait écouté…

Lorsqu’elle intègre la formation du Théâtre National de Moscou, la jeune femme découvre un monde clos, soumis à des règles strictes, parfois étranges, à un travail incessant, à des injustices et du harcèlement – une sorte de chape de plomb, à la limite de la secte, quasi métaphorique du régime soviétique. Ce sont les grandes manifestations de 2011, à la suite des élections législatives, qui vont marquer un tournant décisif dans la vie de la narratrice : celle-ci va alors se plonger dans les méandres de l’administration russe afin de retrouver la trace de son aïeul.

La langue de Polina Panassenko est toujours aussi pertinente, avec des formules qui font mouche, et des ambiances extrêmement bien rendues, pour chaque partie de ce livre – la jeunesse en France, l’appartement du grand-père, le théâtre, l’administration… jusqu’à ce voyage invraisemblable qu’entreprend la narratrice, dans les contrées les plus lointaines, les plus oubliées, les plus inconnues de la Russie (incroyable Birobidjan!).

A travers un itinéraire personnel, c’est une histoire familiale, mais aussi l’histoire de la Russie, que nous raconte Polina Panassenko. Un livre original, qui a su me surprendre. 

Publié en Août 2026 aux éditions de l’Olivier, 272 pages.

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