La Beauté du Diable – Radhika Jha

1 coeurs

« La beauté du Diable » est un roman que j’ai découvert en lisant l’article enthousiaste de Jérôme, et comme c’est un tentateur hors pair, je me suis empressée d’aller emprunter à la médiathèque.

Si l’auteur- que je ne connaissais pas – est indienne, le récit se passe à Tokyo. Kayo raconte sa vie: jeune fille à la poitrine avantageuse, elle a épousé dès sa sortie du lycée Ryu, un cadre de banque prometteur. Elle aurait pu se contenter de mener une vie rangée de desperate housewife, mais ses retrouvailles avec Tomoko, sa meilleure amie de lycée, lui font découvrir le pouvoir des vêtements de luxe: Kayo devient une acharnée du shopping, mais son consumérisme l’entraîne sur la pente du surendettement, puis de la prostitution…
Difficile de ne pas penser à « Confessions d’une accro du shopping » de Sophie Kinsella en lisant le début de « La Beauté du Diable »… Mais là où Becky Bloomwood se sortait d’une situation difficile grâce à son ingéniosité et à l’appui de son fiancé et de ses meilleures amies, Kayo expérimente le revers très sombre de la médaille. Le récit se lit vite et bien, et est intéressant au niveau socio-culturel: Radhika Jha dépeint une société où les Japonais sont extrêmement seuls – Kayo ne travaille pas, n’a aucun ami proche, son mari passe la grande majorité de son temps au bureau, sa mère ne fait plus partie de sa vie – et soumis au qu’en dira-t-on: l’apparence compte énormément, les voisins s’épient mutuellement.
Radhika Jha

Mais malgré quelques passages très intéressants, notamment sur la notion du « bonheurisme » (le culte du bonheur et de la consommation, introduit par les Américains en 1945), j’ai trouvé ce roman pas très bien écrit, et assez superficiel- attention, pas superficiel parce qu’il parle de vêtements, mais parce que tout m’a semblé survolé, des sentiments de Kayo aux grandes étapes de sa vie. La faute peut-être à un récit qui s’étire sur vingt ans de la vie de l’héroïne, alors qu’il aurait sans doute gagné en force s’il avait été concentré sur quelques années. La fin m’a déçue, je l’ai trouvée bâclée, et mal amenée, comme si l’auteur se rappelait in extremis qu’elle avait décidé d’écrire un drame et non un roman de chick lit à l’épilogue souriant.

challenge 1% 2014
Dommage car le sujet est très intéressant, et le roman, agréable à lire, mais j’ai trouvé qu’il manquait d’intensité et de profondeur.
Et une douzième contribution au Challenge 1% rentrée littéraire 2014 organisé par Hérisson: 2% atteint!

4 thoughts on “La Beauté du Diable – Radhika Jha

  1. Je suis d'accord sur la fin bâclée et sur le fait que c'est très facile à lire. Par contre j'ai aimé ce coté "survolé", c'est un peu une de mes "caractéristiques" de lecteur, j'aime l'ellipse, la forme courte, et du coup je me suis senti très à l'aise dans ce roman.
    Mais j'aime aussi beaucoup tes arguments, tu m'ouvres les yeux (sans les abîmer !) sur des aspects à coté desquels j'étais passé et je trouve ça vraiment chouette 😉

  2. j'ai aussi apprécié de le lire vite et bien, alors que je patinais un peu dans la semoule en parallèle en lisant Le complexe d'Eden Bellwether…c'était une bonne respiration… mais je pense vraiment que l'auteur aurait pu resserrer le récit sur quelques années, économiser quelques dizaines de pages et en profiter pour aller plus en profondeur sur ces thèmes très intéressants… en tout cas, merci de l'avoir chroniqué car je serais passée complètement à côté sinon.

  3. Il n'y aurait que le côté japonais qui pourrait me plaire dans ce livre, je me souviens très bien du billet de Jérôme, mais je reste assez insensible à cette folie du consumérisme et de l'apparence, même si les conséquences sont dramatiques…

    1. j'ai fait mon mémoire de master sur le surendettement, donc c'est un sujet qui m'intéresse beaucoup (c'est aussi pour ça je pense que "D'autres vies que la mienne" me plait autant, même si ce livre n'a rien à voir avec "La beauté du diable"

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