La Septième Fonction du Langage – Laurent Binet

3 coeurs
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Après « HHhH », qui racontait l »Opération Anthropoïde » qui visait à assassiner Heydrich à Prague en 1942, et qui reçut le Prix Goncourt du Premier Roman en 2010, Laurent Binet a changé radicalement de voie pour nous livrer un roman…complètement loufoque.

Le 25 Février 1980, Roland Barthes, éminent sémiologue, est percuté par une camionnette de blanchisserie. Le Commissaire Bayard soupçonne rapidement que cet accident n’en est pas un, car des documents ont disparu de la veste de Barthes. Pour enquêter plus efficacement dans les milieux intellectuels et le domaine de la sémiologie, il s’adjoint les services d’un universitaire, Simon Herzog. Tous deux se lancent dans une enquête qui va les conduire dans plusieurs pays, au péril de leur vie…
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Laurent Binet
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Roland Barthes
J’ai trouvé les débuts du roman absolument jouissifs! Je n’y connais absolument rien en sémiologie, et ce n’est pas forcément un domaine qui m’attire, mais le texte réussit à être érudit, tout en restant très accessible et surtout très drôle. L’auteur recrée avec bonheur l’ambiance fébrile de 1980, dernière ligne droite avant les élections présidentielles. Il  part de situations véridiques, et de personnes réelles pour construire son intrigue, ce qui donne lieu à des épisodes particulièrement cocasses. Roland Barthes est en effet réellement mort percuté par une camionnette conduite par un chauffeur bulgare, et la plupart des personnages sont les personnes en vue de cette époque-là, intellectuels (BHL, Sollers, Kristeva…) ou politiques (Giscard,Mitterand, Jack Lang…). Sans qu’ils soient vraiment nommés, on reconnait également dans les personnages secondaires Tzvetan Todorov, Nancy Huston ou Judith Butler.  J’ai d’ailleurs trouvé que Binet était sacrément culotté car il va très loin dans ce qu’il fait dire et faire à ses personnages, les mettant dans des situations rocambolesques où ils ne sont pas forcément à leur avantage! Le thème sous-jacent du roman est passionnant, une formule, la fameuse Septième Fonction du Langage, qui permettrait à celui qui la possède de maîtriser de façon absolue le langage, et d’avoir un pouvoir de persuasion et donc de contrôle total.
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Pourtant, à force de rocambolesque et de dispersion du récit, j’ai commencé à décrocher du roman. Celui-ci aurait certainement gagné en intensité et en densité avec une bonne cinquantaine de pages en moins, et avec un fil conducteur plus resserré. La multitude des lieux et des rebondissements ont fini par me lasser, ainsi que la tendance du loufoque à flirter avec le grandguignolesque. Même si j’ai quand même lu « La Septième Fonction du Langage » jusqu’au bout avec plaisir, mon intérêt s’est émoussé, et si je reconnais l’originalité du parti pris et de l’intrigue, le tour de force d’écrire un récit à la fois érudit et accessible, ainsi que le côté jubilatoire de certaines scènes, ce roman n’est pas à la hauteur de mes espérances lors de la lecture de la première partie, ni le coup de cœur que j’envisageais à ce moment-là.
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« La Septième Fonction du Langage » de Laurent Binet est un roman érudit et culotté, mais qui à mes yeux se disperse trop et n’arrive pas à totalement gérer le loufoque sur le long terme. C’est néanmoins un roman unique, à lire avec curiosité et avec le sourire, et la preuve que Laurent Binet est un auteur qui sait se renouveler!
Publié le 19 Août 2015 chez Grasset, 496 pages.
13e participation au Challenge 1% Rentrée Littéraire 2015 …
                            Challenge RL 2015

14 thoughts on “La Septième Fonction du Langage – Laurent Binet

  1. @ Galéa : exactement !

    @Léa : oui j'avais lu ton billet 🙂

    @Electra : comme il a été beaucoup médiatisé, tout le monde doit se jeter dessus ^^

    @Joelle : tout pareil!

  2. Bcp trop long … A la page 138, j'ai réalisé que les bases du récit étaient à peine établies, et que je n' avais toujours aucune idée de cette fameuse 7ieme fonction…agacée j'ai arrêté ma lecture, le ton persifleur ayant certes ses charmes mais aussi ses limites quand le fond manque ….

  3. Je suis d'accord avec Mior et avec toi, à mi-chemin entre les deux. Comme je te l'ai dit j'ai l'impression que Binet est sorti en slip de la baraque en flammes à la page 200 en nous laissant dedans !. Je pense que ce roman aurait très bien pu être abandonné, je doute qu'il ne s'en soit pas rendu compte. Le début est excellent alors je ne regrette pas de l'avoir lu. Par passages, même, je l'ai trouvé très bon même vers la fin, mais la trame est totalement perdue, le livre est décousu, les personnages incertains… dommage dommage

  4. @ Coralie : oui ça manque de bétonnage alors que l'idée de départ que ce soit pour l'intrigue ou les personnages est excellente…dommage, je pense qu'il n'a pas su gérer le loufoque

    @Mior : je comprends pourquoi tu l'as abandonné, et c'est vrai qu'il aurait dû plus travailler son intrigue

  5. En effet Binet part un peu dans tous les sens mais ça ne m'a pas gênée! comme toi, Eva je ne pipe que dalle en sémiologie mais il m'a donné envie de m'intéresser de plus prêt à Roland Barthes et à Derrida, mission accomplie? ^^ J'ai d'ailleurs avheté Mythologies de Barthes.. Bon j'avoue je n'ai pas pondu de critique, je n'en ai malheureusement pas eu (encore) le temps!

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