L’Oiseau du Bon Dieu – James McBride

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3 coeurs
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Cela fait une éternité que je n’ai pas regardé La Grande Librairie, et c’est dommage car j’y ai découvert un certain nombre d’auteurs, et parmi eux, James McBride qui y avait fait une prestation remarquée, tant par l’intelligence de ses propos que par son talent de saxophoniste ! L’occasion de découvrir son dernier roman, « L’Oiseau du Bon Dieu »…
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Ce roman nous conte l’histoire du jeune Henry Shackleford, un esclave noir de douze ans en 1856 aux Etats-Unis. Sa vie est plutôt paisible jusqu’à ce que John Brown, un célèbre abolitionniste blanc, arrive en ville et que le père d’Henry soit tué par erreur. John Brown va alors prendre sous son aile Henry, qu’il prend pour une fille. Vêtu d’une robe et d’un bonnet, Henry devient donc Henrietta, surnommé « Halotechnie », et va vivre de multiples aventures dans le sillage de John Brown et de son équipée, qui privilégient la lutte armée, entre deux prières, pour tenter d’atteindre leur objectif, l’abolition de l’esclavage.
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En voilà un roman trépidant! Les quelques années durant lesquelles on suit « L’Echalote » nous font parcourir des centaines et des centaines de kilomètres, et découvrir des milieux divers et variés, où l’on passe en quelques pages d’un bordel à l’atmosphère feutrée de la demeure de l’homme politique noir Frederick Douglass. Le nombre de personnages rencontrés, les ruptures de milieux et les multiples aventures donnent au récit un rythme très rapide. Dommage cependant qu’il y ait quelques longueurs, j’ai quand même parcouru en diagonale une cinquante de pages car je trouvais que l’intrigue tournait un peu en rond.
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John Brown en 1856

En effet l’abolitionniste John Brown, qui embarque avec lui L’Echalote, est un homme certes porteur d’une noble cause mais qui est brouillon, qui fait trop facilement confiance, qui rate des opportunités, et qui se met souvent dans des situations très compliquées. Son action, qu’il a voulue armée, manque de ligne directrice et de stratégie, ce qui nuit à sa portée et les aventures de la petite troupe ressemblent parfois à celles des pieds-nickelés! L’homme a vraiment existé, ce que j’ai découvert grâce aux remerciements à la fin du livre. Russell Banks lui a d’ailleurs également consacré un roman, « Pourfendeur de Nuages », dont le narrateur est l’un des fils de John Brown, Owen, que l’on rencontre dans « L’Oiseau du Bon Dieu ». Drôle de personnage que ce John Brown, qui a lutté toute sa vie contre l’esclavage, et dont les actions étaient précurseuses de la Guerre de Sécession : père de vingt-deux enfants, fervent religieux, mais aussi homme qui préférait l’action armée aux discours et à la non-violence.

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Leurs pérégrinations leur font rencontrer des Noirs aux idées et aux statuts très différents, qu’ils soient esclaves, libres mais avec leur famille encore esclaves, rebelles, soumis, pauvres ou bien riches et éduqués. Tous ne sont d’ailleurs pas prêts à rejoindre le combat de John Brown, comme « L’Echalote », qui suit John Brown bien malgré lui, sa vie sur les routes étant plus dure que du temps où il était esclave.
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James McBride

Les épisodes sont souvent savoureux, et James McBride n’hésite pas à écorcher les mythes, sans faire preuve de manichéisme. Les Noirs ne sont pas tous des victimes, et les Blancs des oppresseurs, les héros de l’Histoire ont leurs défauts, et L’Echalote est plein de contradictions. Un être hybride, noir mais à la peau très claire, donc considéré comme inférieur aux Blancs mais quand même supérieur aux Noirs, un garçon déguisé en fille qui ne peut avouer sa vraie nature et doit donc refréner ses sentiments envers les femmes, un compagnon de route de John Brown qu’il apprécie sur le plan personnel mais n’arrive pas à prendre au sérieux sur le plan politique, un esclave qui devrait soutenir l’abolitionnisme mais regrette en fait sa vie d’avant et cherche constamment à s’échapper.

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« L’Oiseau du Bon Dieu » de James McBride est une jolie découverte, un livre sur une époque et un combat que je n’ai pas l’habitude de croiser en littérature. Dommage cependant que quelques longueurs aient limité mon plaisir de lecture.

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Publié le 20 Août 2015 aux Editions Gallmeister, traduit par François Happe, 450 pages.

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37e participation au Challenge 1% Rentrée Littéraire 2015 organisé par Hérisson…et 1ere participation au Challenge Gallmeister organisé par Léa Touch Book

 

  

8 thoughts on “L’Oiseau du Bon Dieu – James McBride

  1. On arrive aux mêmes conclusions et au même nombre de cœurs ! Oui quelques redondances (la litanie des prières) et quelques longueurs mais on apprend plein de choses et on est toujours en bonne compagnie 😉

    et McBride n'est pas manichéen, tu le dis toi-même très justement dans le même paragraphe "Les Noirs ne sont pas tous des victimes, et les Blancs des oppresseurs, les héros de l'Histoire ont leurs défauts, et L'Echalote est plein de contradictions" – 😉

  2. @ Marie-Claude : quoi, toi, passer à côté d'un roman américain d'aventure??

    @ Léa : merci pour ton commentaire, et bravo pour l'organisation de ce challenge!

    @Electa : oops, oui j'ai oublié un mot dans mon billet : oui McBride n'est PAS manichéen ^^

  3. Le sujet est très tentant mais les longueurs que tu évoques me font hésiter. Du coup, j'ai presque envie de me rabattre sur le Russell Banks qui traine dans ma PAL depuis des lustres.

  4. @ Zarline : ah j'aimerais bien avoir ton envie sur le Banks car comme les sujets sont similaires, il me tente bien!

    @ Tiphanie : elle est effectivement très tentante

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