Charlotte – David Foenkinos

Six mois après sa sortie, il était temps que je lise « Charlotte » de David Foenkinos qui, entre temps, a obtenu le Prix Renaudot et le Prix Goncourt des Lycéens. C’est d’ailleurs le premier roman que j’ouvre de cet auteur. J’avais déjà entendu parler de Charlotte Salomon et de ses œuvres car elle avait fait l’objet d’une exposition au Mahj en 2006.

La forme du roman peut interpeller: le récit se compose de retours à la ligne à la fin de chaque phrase . Après quelques minutes de temps d’adaptation, cela ne m’a pas dérangée, et j’ai trouvé au contraire que cela donnait plus de poids aux mots, que cela captait plus l’attention du lecteur qu’une forme classique. J’ai apprécié que Foenkinos tente quelque chose d’un peu nouveau et original, et cela a fonctionné avec moi.

 

Autoportrait – 1940

Charlotte est née dans une famille où, du côté maternel, tout le monde s’est suicidé, ou presque. Elle grandit donc au milieu des fantômes, dont celui de sa tante, dont elle a hérité du prénom, et est rapidement privée de sa mère, qui saute par la fenêtre quand Charlotte a sept ans.

La vie familiale est compliquée, la situation politique le devient également. Charlotte, née à Berlin en 1916 dans une famille juive, est confrontée dès l’adolescence à la montée du nazisme. C’est à ce moment-là qu’elle commence à dessiner et à peindre. Alors que le danger monte, elle a la possibilité de quitter l’Allemagne pour rejoindre ses grands-parents dans le sud de la France. Pour cela elle devra quitter son premier amour, Alfred, très présent dans son oeuvre. En France, elle continuera à dessiner et peindre tous les jours, des gouaches mettant en scène sa vie personnelle, et aura juste le temps de confier son oeuvre à un ami en lui disant « C’est toute ma vie », avant d’être arrêtée à la suite d’une dénonciation, alors qu’elle venait de se marier et était enceinte, et d’être gazée à Auschwitz.

 

David Foenkinos a subi beaucoup de critiques pour ce livre, et le fait de lui donner le Renaudot a lui aussi été discuté. Comme si un écrivain populaire devait forcément être tourné au ridicule lorsqu’il aborde un sujet un tant soit peu sérieux…Encore une fois c’est le premier roman que je lis de cet auteur, donc je n’ai d’avis que sur ce livre – et tant mieux, puisque c’est bien de « Charlotte » que l’on parle ici – et j’ai été conquise par cette biographique romancée.  Bien sûr, le personnage principal est fascinant, de par sa création, comme de par le contexte familial dans lequel elle évolue. Le contexte historique ne peut pas non plus être ignoré vu l’impact qu’il aura sur l’oeuvre de Charlotte, et sur sa vie.

L’auteur fait quelques apparitions dans le récit, mais elles sont minimes. On sent qu’il est impliqué, fasciné par Charlotte et je n’ai absolument pas douté de sa sincérité dans ce projet. Mon seul vrai bémol est que finalement Foenkinos ne parle quasiment que de la vie de Charlotte, et presque pas de ses peintures: peu de descriptions, pas d’analyse. C’est dommage, mais en même temps le livre donne vraiment envie de connaitre l’oeuvre de Charlotte Salomon, et c’est un roman qui m’a beaucoup plu et intéressée.

Participation avec ce titre au Challenge Goncourt des Lycéens organisé par Enna.

 

47e contribution au Challenge 1% Rentrée littéraire 2014 organisé par Hérisson.

 

Publié le 21 août 2014 aux Editions Gallimard, 224 pages.

15 commentaires sur “Charlotte – David Foenkinos

  1. Je trouve ça vraiment dommage qu'on puisse mal parler de ce roman uniquement parce que Foenkinos écrit des livres populaires. Il n'y a rien de mal à ça et "Charlotte" est un livre tellement exceptionnel!

  2. J'avais beaucoup aimé Lennon de Foenkinos, mais depuis Les souvenirs je me suis un peu lassée, celui-ci ne me tente pas spécialement, c'est un tort je pense, mais la mer est pleine de poissons 🙂

  3. Je suis comme toi, je n'avais jamais lu cet auteur avant donc je n'avais aucun point de comparaison, ce qui est très bien. Par contre je suis clairement du coté des contres, j'ai trouvé l'écriture affligeante de platitude.

  4. @Virginie : dans le doute, emprunte le à la médiathèque 🙂
    @Fleur : tout à fait d'accord!
    @ Tiphanie : comme je le dis souvent, tellement de livres, si peu de temps !
    @ Laure : yes !
    @Galea : ou à la bibliothèque ouverte le dimanche? 🙂
    @Jerome : et boum! Rhabillé pour l'hiver !;-)

  5. J'entends beaucoup de bien de ce roman, je le lirai un jour mais je ne sais pas pourquoi, pour l'instant je ne suis pas encore prête (et pas parce que je n'ai pas trop aimé le livre que j'ai lu de lui avant car je sais que pas mal de gens dans mon cas ont beaucoup aimé Charlotte…Peut-être en audio.

  6. Pourquoi ai-je tant tardé à lire ce livre ? Quelle beauté… L'écriture n'est pas plate !! Foenkinos choisit la sobriété et la simplicité, évite le style ampoulé et tout pathos. La présentation, sous une forme poétique, avec retours à la ligne, introduit une respiration dans le récit ; pendant ces silences, on se glisse dans l'intimité de cette histoire, on voit et on entend ce que le texte, pudique, ne dit pas. J'ai ADORÉ ce livre ! Merci de votre billet enthousiaste.

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