Arrive un vagabond – Robert Goolrick

3 coeurs

« Arrive un vagabond » est le roman qui a gagné le Prix ELLE en 2013, c’est-à-dire l’année avant celle où j’ai été membre du Jury (et où « Esprit d’Hiver » de Laura Kasischke avait été couronné).

Je n’avais jamais rien lu de Robert Goolrick, mais les avis positifs lus sur ce roman et le suivant, « La Chute des Princes », m’a donné envie de sauter le pas.
L’intrigue se passe à la fin des années 40 dans une petite ville de Virginie, où il n’y a jamais eu de crime. Un homme arrive, il s’appelle Charlie Beale, semble sans passé mais a assez d’argent pour acheter autant de terres et de maisons qu’il le souhaite. Pourtant il se fait embaucher comme boucher et travaille pour la famille Haislett, dont il devient proche – leur fils, Sam, âgé de cinq ans, le considère comme son meilleur ami. Charlie va tomber amoureux de Sylvan Glass, une jeune fille obsédée par le cinéma et la mode que l’homme riche du coin a repérée dans un village isolé et a achetée à ses parents pour l’épouser.

 

Que de romanesque et de tension dans ce livre! D’emblée on sait que le calme qui règne dans cette petite ville ne va pas durer, et que le sang va couler. Mais qui va mourir, et qui va tuer? Robert Goolrick excelle à créer une ambiance un peu lourde de petite ville, et toute une galerie de personnages bien incarnés, même s’ils flirtent souvent légèrement avec le cliché, que ce soit Sam le petit garçon entraîné malgré lui dans le drame, Charlie l’homme mystérieux transi d’amour, ou Sylvan la jeune fille nourrie aux feuilletons radiophoniques et passée directement de la masure d’un petit village à l’opulence ostentatoire grâce à son achat/mariage. Il y a quelques personnages secondaires savoureux, notamment Claudette, une couturière noire qui, en ces temps de ségrégation où Noirs et Blancs ne se mélangent pas, même à l’église, est une femme plus libre et indépendante que la grande majorité des femmes blanches de son époque.
C’est extrêmement bien écrit, et les descriptions sont très réussies et cinématographiques – je n’ai eu aucun mal à m’imaginer lieux, personnages et situations. Le roman est très agréable à lire, et c’est un véritable page-turner. J’ai quand même été un peu déçue par la fin et par le comportement du frère de Charlie, que j’ai trouvée un brin incohérents, je n’ai donc pas complètement adhéré à l’histoire.
« Arrive un vagabond » est néanmoins un très bon moment de lecture, un roman d’une belle qualité littéraire dont les pages se tournent toutes seules.
Je participe avec ce titre au Challenge du Prix des Lectrices de ELLE organisé par Enna, dans la catégorie « romans ».

Publié le 23 août 2012 aux Editions Anne Carrière, traduit par Marie de Prémonville, 320 pages, existe en poche chez Pocket.

10 commentaires sur “Arrive un vagabond – Robert Goolrick

  1. J'avais été déçue par Féroces, le premier titre de cet auteur, dont seule la dernière partie m'avait plu, mais j'ai apprécié celui-là. Je suis d'accord avec toi, on flirte par moments avec le cliché, mais ça passe, parce qu'on est facilement plongés dans l'histoire et que l'on ne s'ennuie pas une seconde..

  2. @Ingannmic : je n'ai pas entendu des avis très positifs sur Féroces … C'est vrai que celui-ci nous emporte et nous fait oublier les défauts du récit …

  3. @Fleur: je pense qu'il te plaira
    @Laure : oui je me souviens que tu étais ravie!
    @Jérôme : niark, niark, niark
    @Galéa : des côtés un peu cliché ont effectivement tempéré mon enthousiasme

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