Dernier jour sur terre – David Vann

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J’étais curieuse de lire « Dernier jour sur terre », ce livre de David Vann qui, derrière un titre inspiré d’une chanson de Marilyn Manson « Last day on earth », n’est pas un roman mais la biographie de Steve Kazmierczak qui, en 2008, fut l’auteur d’une fusillade meurtrière à la Northern Illinois University. David Vann mêle à ce récit ses propres souvenirs d’enfant confronté très tôt aux armes et à la violence, ostracisé à l’école, en se demandant pourquoi lui-même a finalement mené une vie normale alors que Kazmierczak est devenu un assassin.
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Avant même de parler du contenu de ce livre, je dois dire que j’ai  été dérangée par le fait que je l’ai trouvé vraiment mal écrit. Il y a certaines phrases que j’ai dû relire plusieurs fois pour les comprendre, et en règle générale j’ai trouvé la traduction vraiment lourde, je sentais le texte original affleurer sous la version française, et cela m’a gâché mon plaisir de lecture.
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L’auteur commence par ces mots : «Après le suicide de mon père, j’ai hérité de toutes ses armes. J’avais 13 ans.»  et j’ai apprécié d’en savoir un peu plus sur la jeunesse de David Vann, qui est édifiante, notamment lorsqu’il évoque le suicide de son père. Cela aide à comprendre son œuvre, notamment « Sukkwan Island » et « Désolations ». L’auteur trace un parallèle entre son propre parcours et celui de Steve Kazmierczak, qui lui aussi était persécuté à l’école.
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David Vann
David Vann

La vie de Kazmierczak est passionnante car il y a une vraie dichotomie entre ce qu’il était pendant ses années de lycée, perturbé, vivant en foyers thérapeutiques, sous médicaments, sans amis, et celui qu’il était devenu quelques années plus tard, au moment de la tuerie. Etudiant modèle, ayant même reçu un Dean’s Award de la part de l’université, animant des TP, ayant des amis, vivant en collocation et fréquentant plusieurs femmes. Kazmierczak avait réussi à soigneusement cacher son passé, et le fait qu’il avait de graves problèmes psychologiques et aurait dû prendre de nombreux médicaments. Il est donc plutôt déstabilisant qu’il ait procédé à cette tuerie à ce moment-là, alors que sa vie était stable, et sans réel élément déclencheur, et pas quand il était au lycée, isolé et détesté de tous, où son geste aurait pu être vu comme une vengeance et être compris.

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David Vann a des réflexions intéressantes, notamment lorsqu’il évoque le passage par l’armée de Steve Kazmierczak. Une des périodes les plus heureuses de sa vie, car il apprend à manier les armes de manière professionnelle mais aussi parce qu’il n’a pas à réfléchir et à prendre des décisions, seulement à obéir aveuglément. Une armée qui a contribué à fabriquer un robot, qui peut tuer sans implication émotionnelle, et qui le relâche dans la nature, sans suivi, sans avertissement lorsqu’elle découvre qu’il a tenté, dans le passé, de se suicider plusieurs fois. Vann met également en lumière la manipulation médiatique de l’entourage de Kazmierczak après la tuerie, puisque ses amis très proches, notamment sa petite amie, le font passer pour un jeune homme absolument normal qui a « pété les plombs » alors qu’il avait un lourd passif psychologique et avait un goût prononcé pour les idées extrémistes et pour la violence.
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Vann fustige le manque de suivi psychologique, la facilité à se procurer des armes, le rôle de l’armée dans la construction de monstres, et la mise en valeur des comportements individualistes, libertaires et paranoïaques aux Etats-Unis. Rien de bien nouveau, malheureusement, même si l’enquête de Vann est tout à fait louable. Certes, le portrait de Kazmierczak est intéressant, mais à mes yeux pas au point d’y passer 250 pages. Un bon article de fond d’une dizaine de pages m’aurait parfaitement suffi, et ceci d’autant plus vu l’agacement que j’ai ressenti devant ces phrases mal fichues.
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Dommage, l’idée de départ était intéressante, et j’ai vraiment apprécié les interventions plus personnelles de David Vann. Mais, sur la longueur, j’ai fini par m’ennuyer en lisant « Dernier jour sur terre » et à être sérieusement agacée par la pauvreté de son style.
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Publié le 4 Septembre 2014 aux Editions Gallmeister, traduit par Laura  Derajinski, 256 pages.
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54e contribution au Challenge 1% rentrée littéraire 2014 organisé par Hérisson … et 9e % atteint 🙂

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4 commentaires sur “Dernier jour sur terre – David Vann

  1. j'avoue , j'ai toujours été étonnée de l'engouement quasi général autour des bouquins de David Vann ; bon , une forme de fascination , je peux comprendre…la violence aux States , la culture des armes à feu , bon , tous ces thèmes si cinématographiques avant tout …Pour ma part je me suis arrêtée après Sukkwann Island , qui sera donc mon premier et dernier Vann , j'avais comme tout le monde été prise par cette lecture addictive et répugnante, oui, mais je n'avais pas trouvé que c'était un bon livre par ailleurs : un auteur qui ne sait pas instruire à charge et à décharge (le personnage du père…) rate son oeuvre et ne livre qu'une sorte de vomi de son vécu , terrible certes, mais bon…

  2. j'ai détesté Sukkwan Island, je l'avais trouvé mal écrit, et je n'ai pas du tout trouvé l'histoire plausible… j'ai par contre apprécié Désolations.
    Mais c'est vrai que c'est un auteur très apprécié en France, alors qu'il est relativement confidentiel aux USA, sans doute parce qu'il pointe du doigt ce que les Français condamnent aux USA, la violence et les armes.

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