Rêves Oubliés & Pietra Viva – Leonor de Recondo

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Après avoir lu « Amours » que j’avais beaucoup aimé, j’avais envie de découvrir d’autres ouvrages écrits par Leonor de Recondo…L’été étant propice aux lectures, et ses livres étant relativement courts, j’ai lu ses deux autres romans : « Rêves Oubliés » et « Pietra Viva », qui ne m’ont malheureusement pas touchée avec la même intensité.

« Rêves Oubliés » commence en 1936 au pays basque, du côté espagnol. A Irun, une famille républicaine doit partir précipitamment pour éviter de se faire arrêter – voire pire – par les franquistes. Le gâteau d’anniversaire est abandonné sur la table, on prend le minimum d’affaires pour ne pas attirer les soupçons et faire croire que l’on traverse la frontière qui sépare de la France juste pour aller pique-niquer. Une amie de la famille leur ouvre sa maison à Hendaye, et accueille Ama, ses frères, ses parents, son mari Aïta, et leurs trois fils, qui s’attellent à refaire leur vie en France, et ceci, et c’est primordial pour eux, tous ensemble. Mais le début de la Seconde Guerre Mondiale va venir mettre à mal ce fragile équilibre…
On suit  dans Rêves Oubliés l’histoire de cette famille de 1936 à 1949, le récit étant enrichi des notes d’Ama dans son journal intime. L’écriture est très belle, délicate, finement ciselée, et tout est au rendez-vous pour que ce roman plaise : la cohésion d’une famille, la douleur de l’exil, la terreur de la guerre, la tristesse du déclassement social, la lutte pour s’en sortir, les inquiétudes et les décisions amères…
Pourtant, même si je reconnais de nombreuses qualités à ce récit, il m’a laissée relativement froide. Oui, c’est un beau texte, oui cette famille est touchante et on compatit à ses malheurs et à sa détermination à faire face, coûte que coûte, ensemble…pourtant je suis restée spectatrice et je ne suis pas entrée dans cette histoire.  Il y a quelque chose de lisse et de vaguement ennuyeux dans ce roman qui m’a tenue à l’écart – tout est parfait, le choix des mots, la famille où tous les membres sont bons, gentils et admirables, le récit d’Ama qui ne peut que créer de l’empathie, mais cela manque de profondeur, d’aspérité.
Je pense cependant que « Rêves Oubliés » est un roman qui peut plaire, Fleur l’a par exemple beaucoup aimé, mais – peut-être à cause d’un mauvais timing de lecture? – ce fut une rencontre ratée pour moi.
En revanche, j’ai beaucoup apprécié « Pietra Viva », dont le personnage principal est Michelangelo.Celui-ci vit une période de deuil et de doute après la mort d’un jeune prêtre qu’il aimait particulièrement. Il décide alors d’aller dans une carrière choisir et acheter des blocs de marbre destinés à Jules II qui veut que Michelangelo réalise son tombeau. La rencontre avec un petit garçon qui vient de perdre sa mère fait écho à ses propres pertes, et va lui redonner goût à la vie.
Leonor de Recondo

Comme dans Rêves Oubliés, l’écriture est belle et précise, et malgré les drames crée une ambiance un peu ouatée propre aux romans de Leonor de Recondo. Pourtant, j’ai passé outre ce qui m’avait agacée dans le précédent livre, peut-être car « Pietra Viva » parle d’art et de beauté, et est donc plus en phase avec cette atmosphère particulière. Michelangelo n’est pas présenté comme un homme sympathique, il est froid, se tient à l’écart des autres, peut avoir des paroles brutales et blessantes. Il est hanté par la mort mystérieuse de ce jeune prêtre qui était son idéal de beauté, et pour lequel il éprouvait au moins une forte affection, voire même un amour non concrétisé.  Dans le microcosme de ce petit village, où il a ses habitudes pour acheter du marbre, les petites attentions de ses voisins et surtout sa rencontre avec le jeune orphelin de mère vont avoir raison de sa misanthropie. Tout ne parait pas très probable, on se demande même si ce jeune enfant si mature et si franc dans ses paroles, qui n’hésite pas à remballer le Maître et à le pousser dans ses retranchements, est bien réel, ou s’il ne s’agit pas d’une sorte de conte, où l’enfant serait le prisme d’ un procédé psychanalytique et maïeutique qui révélerait à l’artiste la raison de son mal-être et de sa tristesse.

Même si Pietra Viva évoque bien évidemment l’art, son sujet est plutôt l’éveil à la vie et aux autres d’un homme replié sur lui-même. Ce thème m’a touchée et je me suis laissée porter par ce récit, qui a pourtant tenu à distance Canel ou Galéa.  « Rêves Oubliés » a donc été une rencontre ratée, alors que »Pietra Viva »et « Amours » ont été de très beaux moments de lecture. Leonor de Recondo, une auteur qui ne me laisse pas indifférente, il me reste à lire son tout premier roman, « La Grâce du Cyprès Blanc » pour savoir dans quel sens penche la balance.
Rêves Oubliés : publié le 12 janvier 2012 chez Sabine Wespieser, 169 pages, en poche chez Points.
Pietra Viva: publié le 29 août 2013 chez Sabine Wespieser, 228 pages, en poche chez Points.

13 commentaires sur “Rêves Oubliés & Pietra Viva – Leonor de Recondo

  1. Je crois qu'elle n'est pas pour moi cette romancière, trop esthétique sans doute, parce que j'ai ressenti pour Pietra Viva ce que tu dis de Rèves Oubliés, tout est parfait mais je ne vibre pas. Je pense que je ne partage pas la même sensibilité qu'elle (je vais sans doute faire l'impasse sur Amours).

  2. @Tiphanie : je pense en effet que c'est le plus accessible
    @Une ribambelle : ça t'evitera d'etre peut etre déçue…
    @Tant qu'il y aura des livres : si tu as aimé les deux autres, oui certainement
    @Mior : c'est effectivement le genre d'auteurs avec qui ça passe ou ça çasse
    @

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