Camille, mon envolée – Sophie Daull

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« Camille, mon envolée » de Sophie Daull est typiquement le genre de livre que je n’aurais jamais pensé pouvoir lire, et a fortiori aimer. Tout comme les ouvrages sur les enfants battus, je fuis comme la peste les récits évoquant la mort d’un proche, et encore plus s’il s’agit de la mort d’un enfant. Pourtant, le nombre d’avis très positifs sur la blogosphère et le passage de Sophie Daull à La Grande Librairie m’ont fait sauter le pas, et tant mieux car c’est un très beau livre.

Camille était une adolescente de seize ans en parfaite santé, jusqu’au jour, quelques temps avant Noël 2013 où elle fut prise d’une forte fièvre. Malgré l’inquiétude de ses parents et leur insistance, les médecins pensèrent que ce n’était qu’une violente grippe, à soigner avec du doliprane, et Camille mourut, après quatre jours de combat et de souffrance.
Sophie Daull, sa mère, comédienne, raconte dans « Camille, mon envolée », deux récits, écrits dans des polices différentes, qui s’entremêlent : le récit de 2013 avec les quatre jours d’agonie de sa fille, puis les jours qui ont suivi jusqu’à l’enterrement, et le récit de 2014 au moment où elle écrit ce livre.

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Sophie Daull
Aucun pathos dans ce livre, même s’il est bouleversant, ni aucun désir de vengeance ou de procédure judiciaire. C’est le récit d’une mère impuissante, qui voit mourir sa fille unique, et qui doit apprendre à vivre sans elle, et sans ce statut de parent qu’elle a perdu en même temps que son enfant. La grande force de ce récit est sans aucun doute la personnalité de Sophie Daull, une femme énergique, parfois un peu originale, qui a beaucoup d’humour et de franc-parler. Dans cet ouvrage qui respire la sincérité, elle évoque les détails pratiques (les formalités à l’hôpital, les devis des pompes funèbres), sa grande douleur (ce « cri de Munch » si bouleversant lors de la cérémonie funéraire) mais aussi les moments où il faut bien vivre, les préparatifs de Noël qu’on assure quand même car on a une invitée, la bouteille de Champagne qu’on débouche parce que c’est le réveillon, les chants à tue-tête et la danse endiablée en choisissant les musiques à passer à l’enterrement, le voisin antipathique qu’on envoie bouler avec ses fleurs… Et puis les décisions à prendre : donner les affaires de Camille, transformer sa chambre, supprimer le numéro de Camille dans sa liste de contacts téléphoniques, peut-être déménager dans un appartement où l’on n’aura jamais été parent…
En filigrane, c’est un très beau portrait de Camille, adolescente lumineuse, qui transpire de ce livre. Une Camille décédée et pourtant si vivante avec ses yeux bleus, sa soif de lire, ses copines, ses projets, ses chocapic…que Sophie Daull nous fait aimer avec ses goûts, ses réactions, ses tics et ses défauts et qu’on a l’impression d’avoir connu tant sa mère la fait vivre sous sa plume. Paradoxalement ce récit qui tourne autour de la mort, entre l’agonie, le décès, les funérailles, le deuil (ou pas) est plein de vie, et rempli d’une furieuse énergie. Au détour d’une phrase, on apprend d’ailleurs que ce n’est pas le premier drame vécu par Sophie Daull, dont la mère fut assassinée il y a vingt-cinq ans, et qui est désormais dans la lignée familiale la jonction entre une mère décédée et une fille décédée.
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« Camille, mon envolée » de Sophie Daull est à la fois un livre bouleversant (mes larmes ont coulé de nombreuses fois) et un livre dans lequel on se sent bien car il est plein d’amour et très humain. Par son écriture très sincère et naturelle, à la fois franche et pudique, l’auteur parvient à éviter l’écueil du pathos et à dessiner un très beau portrait de Camille, et de leur relation mère-fille. C’est un livre que je ne suis pas sûre de conseiller à des gens qui ont des enfants car sa lecture sera assurément très perturbante, mais que ceux qui comme moi fuient habituellement ce genre de témoignage le lisent sans hésiter.
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Publié le 20 Août 2015 aux Editions Philippe Rey, 192 pages.
39e participation au Challenge 1% Rentrée Littéraire 2015 organisé par Hérisson

19 commentaires sur “Camille, mon envolée – Sophie Daull

  1. Comme toi j'ai beaucoup hésité à lire ce livre mais les mots de S.DAULL à LA GRANDE LIBRAIRIE m'ont incitée à m'y plonger….Et coincidence mon article sur ce livre ,je l'ai publié aussi aujd ! Je ne regrette pas car il s'agit d'un très beau livre d'amour et de vie finalement.. même si parfois je me suis questionnée et j'ai transposé la situation de cette maman ….car j'ai moi même une fille unique .MYMY
    http://cousineslectures.canalblog.com/archives/2016/02/10/33272117.html

  2. Ah… jusqu'à ta réserve finale, j'étais presque prête à te suivre, alors que, comme toi, j'ai jusqu'à présent fui ce livre. Mais tu en parles très bien.
    Mais devenir parent, c'est aussi découvrir une forme d'angoisse qui vous tombe dessus pour un oui ou pour un non : un fort coup de fièvre, justement, l'appel d'une grand-mère qui vous demande de vous retrouver à l'hôpital suite à un accident, des bobos le plus souvent sans gravité… L'idée que son enfant puisse disparaître est intolérable, et c'est vrai qu'on n'a guère, en tout cas moi je n'ai guère envie – de s'y frotter…

  3. J'ai eu envie de le lire depuis sa sortie en librairie (en lisant un article dans un magazine) je n'ai pas vu l'itw de la romancière à la télé. Ton billet est magnifique et ce qui me plait dans ces "histoires tragiques" c'est la lumière qui en ressort, l'hommage à la vie , et surtout redonner vie à un être cher. Mais en ce moment, j'ai besoin de légèreté mais je vais le guetter à la bibli

  4. Je suis très "couverture" en ce moment, raison pour laquelle je n'ai pas encore acheté En attendant Bojangles, mais celle-ci est pure et douce, j'adore. 🙂

  5. @ Perrine : c'est vrai qu'elle est jolie! Ah tu n'aimes pas celle de Bojangles? Moi elle m'a vraiment attiré l'oeil!

    @ Joelle : elle a effectivement une voix très personnelle, à la fois littéraire et familière

  6. @ Electra : je m'imaginais vraiment être plombée par cette lecture, maiq au contraire elle m'a donné énormément d'énergie et de pêche …

    @ Delphine : c'est clair que je n'auris jamais lu ce livre si j'avais été parent, malgré toutes ses qualités…

  7. Vraiment, je peux lire sur beaucoup de sujets très touchants, mais sur la mort ou la maladie d'un enfant, en plus quand c'est auto-biographique, je m'en sens bien incapable! Rien que le témoignage de Sophie Daull à LGL m'a rendue parano, c'est dire! Depuis que je suis maman, je suis très angoissée sur la santé de mon fils, comme en témoigne si justement Delphine. Et c'est dommage parce que ce livre doit valoir le détour. Peut-être un jour, lorsque j'aurais plus de recul sur mon propre quotidien!

  8. Zut alors, c’est la première fois que je vois quelqu’un avec le même thème WordPress que moi ! Ton blog est très beau 😛
    C’est la deuxième critique dithyrambique que je lis sur ce livre… Il va directement dans ma wishlist !

    1. oui il est assez rare ce thème ! 🙂 ton blog est très beau aussi, comme le fond est clair, le résultat est assez différent
      je pense vraiment que tu vas l’aimer, une vraie ode à la vie, contée avec beaucoup de pudeur et même d’humour

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