Nuit de Septembre – Angélique Villeneuve

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Moi qui fuyais comme la peste les récits racontant la mort d’un proche, je me suis retrouvée à lire en moins de deux mois deux ouvrages qui traitent de la mort d’un enfant : « Camille, mon envolée » de Sophie Daull, et « Nuit de Septembre » d’Angélique Villeneuve, écrivain dont le fils est décédé…

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Angélique Villeneuve

Angélique Villeneuve nous livre dans ce texte autobiographique où elle s’adresse à elle-même, en se tutoyant, ses réactions, ses sentiments, ses relations aux autres après la mort de son fils. De ce fils, on ne saura que peu de choses, même son prénom ne sera révélé que dans les dernières pages. Pudique, l’auteur ne questionne pas les raisons de la mort de son fils, mais se concentre sur sa vie sans lui. Comme Bernard Chambaz dans « Dernières nouvelles du martin-pêcheur », Angélique Villeneuve se demande quoi répondre à ceux qui lui demandent combien elle a d’enfants. Et puis c’est la crainte d’être rejetée par les autres, ces enfants qu’on n’ose plus mentionner devant elle de peur de lui faire de la peine – « Ces autres. Ils te demandent pardon de leurs enfants vivants », mais c’est aussi le geste de soutien d’une commerçante au marché ou le signe de reconnaissance d’un photographe qui a reconnu en elle une mère endeuillée. Et que faire des affaires du fils, que faire de sa chambre?

Dans ce court roman aux courts chapitres, l’auteur évoque sa souffrance, les étapes du deuil, notamment celle qui m’a le plus frappée, celle du marchandage, les premières fois, le réconfort aussi, celui qu’elle trouve dans de petits signes, dans les arbres, dans sa relation avec son mari également – un mari et deux filles qui, s’ils apparaissent peu dans le récit, y ont quand même toute leur place. Femme de lettres, Angélique Villeneuve s’interroge sur les mots et leur sonorité, sur le vocabulaire, sur les expressions : « on ne parle pas de corde dans la maison d’un pendu »  – comme beaucoup de parents endeuillés, elle souffre de l’absence de mot pour définir le père ou la mère qui a perdu un enfant, un mot qui existe pourtant dans d’autres langues, comme en hébreu « shakoul », comme elle le découvrira plus tard.
« Nuit de Septembre » est un très beau texte, littéraire, fin et pudique, qui m’a vraiment beaucoup touchée. Angélique Villeneuve traduit en mots simples une réalité difficile et des sentiments complexes, avec une grande franchise, C’est bien sûr un texte triste, mais paradoxalement il est empreint d’une douceur et d’une lumière qui font du bien, avec ces courts chapitres qui permettent une respiration dans ce sujet grave. Une vie qui continue, avec un absent – ce qu’il était, et ce qu’il ne sera jamais.
Merci à Zélie chez Grasset qui a pensé que ce livre pourrait me plaire.
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Publié le 9 Mars 2016 aux Editions Grasset, 153 pages.
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17e participation au Challenge Rentrée Hiver 2016 organisé par Laure de MicMelo.

 

11 commentaires sur “Nuit de Septembre – Angélique Villeneuve

  1. J'ai voulu te laisser un commentaire mais parfois ta page ne cesse de bouger. Lire deux livres sur le même sujet, quoiqu'ici on a l'impression qu'on aborde le deuil du parent plus que la vie de l'enfant – ils ont l'air différent. Je pense lire le premier !

  2. @ Electra : oui j'ai parfois ce problème aussi quand j'écris un article, la page est instable ! les deux livres sont effectivement très différents, "Camille, mon envolée" parle en effet beaucoup de l'enfant, même si l'après et le deuil du parent est aussi traité. Celui-ci est beaucoup plus centré sur la vie après le décès. Le ton, le style sont également très différents.

    @ Delphine et Noukette: je pense en effet que c'est un livre difficile à lire quand on a soi-même des enfants car la projection fait peur.

    @ Souguite : merci pour votre commentaire!

    @ Valérie et Edyta: c'est vraiment un très beau texte, très fin, très pudique

    @ Clara et Joëlle : vos billets m'avaient convaincue de lire cet ouvrage.

  3. @ Angélique Villeneuve : merci à vous pour nous avoir livré ce très beau texte, à portée universelle, et pour prendre la peine de lire ce billet et de le commenter.

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