Tout ce qu’on ne s’est jamais dit – Céleste Ng

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Puisque « Tout ce qu’on ne s’est jamais dit » de Céleste Ng est publié aux Editions Sonatine, je pensais lire un polar sur la mort d’une adolescente – or cela n’en est pas du tout un, j’ai découvert un drame familial, très riche sur le plan psychologique, et très finement écrit…un coup de cœur!

Un matin de 1977, Lydia, seize ans, ne descend pas prendre son petit déjeuner. Ses parents l’ignorent encore, mais elle sera bientôt retrouvée au fond du lac voisin. Est-ce un accident, un meurtre, un suicide? Ses parents ne comprennent pas ce qui a bien pu se passer, d’autant plus que Lydia était une élève modèle. La mort de l’adolescente va révéler un gros décalage entre la vision qu’en avaient ses parents et ce qu’elle était réellement, et mettre en lumière les non-dits, les rêves brisés, les frustrations de cette famille métissée.
Je ne m’attendais pas à aimer autant « Tout ce qu’on ne s’est jamais dit », et j’ai été agréablement surprise par la qualité de l’écriture, par les thèmes abordés, et par la justesse psychologique de ce livre qui, encore une fois, n’est pas du tout un polar…(donc pour ceux qui ne sont pas adeptes du genre, ne passez surtout pas à côté de ce livre!) Pour comprendre le processus qui a conduit au drame, le narrateur omniscient nous fait découvrir le passé des parents de Lydia. James, le père, est né en Californie de parents chinois vivant très modestement. Élève brillant il a réussi à intégrer Harvard et à devenir professeur d’histoire américaine, mais a souffert toute sa vie d’être considéré comme différent et d’être stigmatisé par les autres en tant que Chinois. Son désir le plus ardent est d’avoir des enfants bien intégrés et sociables, ayant une multitude d’amis. Son épouse Marilyn a toujours rêvé d’être médecin, mais le fait d’avoir des enfants ne lui a pas permis de continuer ses brillantes études – femme au foyer, elle a reporté ses aspirations sur Lydia dont elle suit attentivement les notes et à qui elle passe son temps à acheter des livres scientifiques. Seul Nath, le fils aîné, connait les sentiments de Lydia et sait à quel point elle fait semblant pour ne pas décevoir ses parents : semblant d’avoir des amies et de passer des heures au téléphone, semblant d’aimer les sciences, semblant de travailler…Brillant élève également, il souffre du fait que ses parents soient obnubilés par la réussite de sa sœur, il souffre de la voir souffrir de cette pression parentale permanente, et il attend avec impatience son départ prochain pour Harvard. Quant à Hannah, la petite dernière, personne ne s’en occupe vraiment, elle passe son temps réfugiée dans son repaire au grenier, mais rien ne lui échappe.

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Céleste Ng
« Tout ce qu’on ne s’est jamais dit » est un livre qui aborde très justement de nombreux thèmes forts. notamment le racisme et la notion de différence. Lorsque James et Marilyn se marient, leur union serait illégale dans la moitié des Etats-Unis, et la mère de Marilyn, qui rêvait pourtant que sa fille épouse un professeur issu d’Harvard, est choquée et déçue de ce mariage. James et Marilyn vivent reclus sur eux-mêmes, aucun des enfants n’a d’amis, et chacun des deux parents va un jour se dire qu’il aurait mieux fait d’épouser quelqu’un similaire à lui, James une femme d’origine chinoise et Marilyn un blanc, et que leurs enfants auraient mieux trouvé leur place dans la société – et Lydia ne serait peut-être pas morte…Le roman évoque également la place des femmes : la mère de Marilyn, ancienne femme au foyer devenue professeurs d’arts ménagers après le départ de son mari, rêvait pour sa fille d’une vie de parfaite petite femme au foyer s’appuyant sur un livre de cuisine pour mitonner de bons petits plats à sa famille – Marilyn avait d’autres ambitions, mais a échoué deux fois à atteindre son rêve, devenir médecin. Le décès de Lydia fait d’ailleurs écho à une autre blessure familiale, la disparition de Marilyn pendant plusieurs mois en 1966…
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Les personnages sont très bien incarnés, les sentiments très bien décrits, et on s’attache à cette famille dysfonctionnelle et pourtant tellement humaine. Il y a peu de personnages secondaires, puisque les Lee étaient très centrés sur eux-mêmes et n’avaient finalement que peu de contacts avec l’extérieur, mais deux figures sont néanmoins importantes: Jack, le voisin, que Nath soupçonne d’avoir séduit Lydia et d’être impliqué, directement ou indirectement, dans sa mort, et Louisa, l’assistante de James, elle aussi d’origine chinoise. J’ai trouvé ce livre brillant, addictif, très bien construit et passionnant. « Tout ce qu’on ne s’est jamais dit » de Céleste Ng est un premier roman, ce qui rend sa maîtrise encore plus admirable. A lire absolument !
Publié le 3 Mars 2016 aux Editions Sonatine, traduit par Fabrice Pointeau, 288 pages.
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19e participation au Challenge Rentrée Hiver 2016 organisé par Laure de MicMelo
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13 thoughts on “Tout ce qu’on ne s’est jamais dit – Céleste Ng

  1. Comme quoi la couverture noire est parfois trompeuse, en croyant que c'était un polar je ne lisais même pas le résumé. Du coup ce roman m'intéresse beaucoup.

  2. @ Miss Léo : je pense en effet qu'il te plaira beaucoup 🙂

    @ Delphine : comment ça tu me lis en diagonale? ^^ les avis sont effectivement en grande majorité très positifs

    @ Edyta : oui il y a un grand fossé entre ce que "vend" la couverture et le réel contenu du livre – c'est aussi pour ça que j'ai mis du temps à l'ouvrir, alors que j'aurais dû me précipiter dessus!

    @ Joëlle : moi aussi très envie de retrouver cet auteur avec un nouveau livre – comme elle a mis 6 ans à écrire celui-ci, on risque d'attendre un peu…

    @ Lucie : j'espère vraiment que tu le liras et qu'il te plaira autant qu'à moi 🙂

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