Invisible sous la lumière – Carrie Snyder

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Ayant eu des échos très positifs d' »Invisible sous la lumière » de Carrie Snyder, j’avais vraiment envie de découvrir ce roman évoquant la vie d’une coureuse ayant participé aux Jeux Olympiques en 1928, une époque où les femmes sportives n’étaient pas légion…Je pensais adorer ce livre, mais même si j’y ai vu un grand potentiel, mon avis est finalement plutôt mitigé.

Aganetha Smart a aujourd’hui 105 ans et vit dans une maison de retraite. Un jour, un jeune homme et une jeune femme inconnus viennent lui rendre visite et l’emmènent faire une promenade. Aganetha comprend vite qu’ils ont une idée derrière la tête. En alternance avec les chapitres consacrés à l’époque contemporaine, on découvre la vie d’Aganetha, son enfance et son adolescence à la campagne, dans une famille où quasiment tous les enfants issus du premier mariage du père vont mourir de façon tragique, puis son arrivée en ville où elle va rejoindre l’équipe de course féminine jusqu’à participer aux Jeux Olympiques d’Amsterdam en 1928 en courant l’épreuve du 800 m.

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Carrie Snyder

Je pensais que j’allais lire un roman consacré à une athlète, à son entrainement, à la compétition, à la difficulté d’être une sportive dans l’entre-deux-guerres, pourtant les pages qui sont consacrées à la courte carrière sportive d’Aggie représentent une petite minorité d' »Invisible sous la lumière ». C’est plutôt l’enfance d’Aggie qui est développée, dans une famille marquée par les décès des enfants, puis sa vie personnelle dans les années 30, entre son amitié/rivalité avec sa camarade Glad et son histoire amoureuse avec Johnny. Alors oui, Aggie est un personnage non conventionnel et attachant, capable de porter un roman sur ses épaules. Les souvenirs en mosaïque de son enfance nous font entrer dans une famille qui ne sera pas épargnée par le malheur – la mère, que l’on découvre vraiment assez tard dans le récit est elle aussi un personnage intéressant, qui aurait peut-être mérité d’être plus développé, tout comme finalement un peu toute la vie d’Aggie. En effet, toute la partie actuelle du roman m’a semblé très artificielle, je n’ai pas cru une seconde à cette histoire de deux gens faisant sortir Aggie de sa maison de retraite, et a fortiori quand on pense qu’Aggie est alors âgée de 105 ans… Cette partie est à mes yeux complètement inutile, et n’apporte rien au récit, à part fatiguer le lecteur qui doit naviguer en permanence entre l’époque contemporaine et les souvenirs d’Aggie. J’aurais préféré que toutes ces pages soient utilisées pour développer la jeunesse d’Aggie,  l’angle sportif du roman ou encore la relation entre Aggie et son amie Glad.

J’ai beaucoup aimé la vie d’Aggie, mais certains passages m’ont vraiment semblé survolés. Pourtant, même si j’ai trouvé le récit décousu, la lecture est quand même agréable, j’ai pris plaisir à lire ce roman, et on sent bien le potentiel de ce portrait de femme tout sauf ordinaire, d’autant plus que les angles de lecture féministe sont nombreux : les femmes et le sport, les femmes et l’avortement, les femmes et le célibat, les femmes pendant la guerre, les femmes pendant la crise de 29…Dommage que l’auteure se soit dispersée dans cette alternance passé/présent, qui manque de souffle, au lieu de se concentrer sur les axes les plus intéressants du roman car « Invisible sous la lumière » de Carrie Snyder aurait pu être un grand livre.

Publié le 10 mars 2016 aux Editions Gallimard, traduit par Karine Lalechère, 368 pages.

30e participation au Challenge Rentrée Hiver 2016 organisé par Laure de Micmélo

12 thoughts on “Invisible sous la lumière – Carrie Snyder

  1. Marie-Claude a fini de le lire et sa chronique sortira prochainement et toi tu es à Prague 😉 Tu as raison, elle méritait à elle seule un roman et ce flashback ..mais en même temps, il me titille pas mal ! si je le croise à la bibli…

  2. Très très intéressant! Ben là, ma chère, pour une fois, nous ne sommes pas du tout sur la même longueur d’ondes! Contrairement à toi, j’avais peu entendu parler du roman et je n’avais aucune attente. Pour moi, la réussite du roman tient dans le fait que c’est Aggie qui parle. Cela donne du poids à «son» récit et permet d’avaler plus facilement le côté rocambolesque de son «enlèvement». Et lorsqu’on lit les 30 dernières pages, tout s’éclaire. Contrairement à toi, j’ai aimé l’enchevêtrement du passé et du présent. J’ai trouvé qu’ils s’entremêlaient habilement. J’ai aimé découvrir le présent d’Aggie: le regard qu’elle pose sur elle-même et sur ceux qui l’entourent – et l’infantilisent. J’ai trouvé que le portrait de la vieillesse, de la solitude et du corps qui se délabre étaient d’une grande justesse. L’aspect social du roman m’a aussi beaucoup intéressée. Bon bon bon, j’ai l’impression de réécrire mon billet (à paraître sous peu!). Je m’arrête donc!

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