Le Mur Invisible – Marlen Haushofer

Depuis quelques années, j’ai un faible pour les romans post-apocalyptiques et j’étais curieuse de découvrir « Le Mur Invisible » , roman autrichien de Marlen Haushofer, publié en 1963, qui s’inscrit dans ce genre.

Une femme d’une quarantaine d’années raconte dans son journal sa vie quotidienne. Alors qu’elle séjournait chez un couple de cousins, ceux-ci se sont rendus à une soirée au village tandis qu’elle restait au chalet. Le lendemain matin, la narratrice s’est rendue compte qu’ils n’étaient pas rentrés : voulant se rendre à leur rencontre, elle s’est heurtée à un mur invisible.

La narratrice découvre alors qu’elle est isolée, coupée du monde à cause de ce mur. De l’autre côté, les gens semblent être pétrifiés. Elle doit donc organiser seule sa survie, et c’est ce qu’elle décrit dans son journal depuis deux ans et demi.

Difficile de ne pas s’attacher à cette femme qui doit apprivoiser sa solitude et qui ne peut compter que sur elle-même. Personne n’est à ses côtés pour l’aider, pour la nourrir, pour la protéger, pour la soigner. On assiste à sa transformation physique, à sa transformation mentale au fur et à mesure que les jours passent. La peur est là, tout le temps : que se passera-t-elle si elle tombe malade? comment fera-t-elle pour se nourrir lorsque les provisions seront épuisées? comment se chauffera-t-elle lorsqu’il n’y aura plus d’allumettes?

La narratrice n’est cependant pas complètement seule : elle a des animaux domestiques, un chien, un chat. Une vache également. Il y a de très belles pages sur le lien qu’elle a créé avec ses animaux, sur le foyer familial qu’elle a reconstruit ainsi, mais aussi sur la nature, qui est très présente dans ce livre.

Petite mise en garde cependant : il ne se passe pas grand chose dans « Le Mur Invisible », qui est un récit très introspectif. Quand on pense à un roman post-apocalyptique, on s’attend souvent à des rebondissements, des ennemis qui rôdent, des zombies…que les survivants s’allient ou s’affrontent… ici, il n’y a pas d’autre survivant, le récit est très réaliste et on peut s’identifier facilement à l’héroïne: si tout disparaissait, comment ferais-je pour survivre? L’ennemi ici est naturel : c’est la maladie, la faim, le froid…

J’ai bien sûr pensé en lisant « Le Mur Invisible » à « Seul sur Mars », où le héros aussi se retrouve seul et ne peut compter que sur lui et sur son ingéniosité pour survivre. Mais pas de playlist disco ici, le livre est sombre, dur, et le désespoir rôde.

« Le Mur Invisible » de Marlen Haushofer est un roman vraiment particulier, unique, et donc marquant. A découvrir, en gardant à l’esprit que le récit est introspectif, pour ne pas être trop déstabilisé. 

Publié chez Actes Sud, traduit par Liselotte Bodo, 352 pages.

Retrouvez ce livre dans l’émission de Septembre 2019 du podcast littéraire Bibliomaniacs ici.

6 commentaires sur “Le Mur Invisible – Marlen Haushofer

  1. A force de le retrouver sur les blogs j’ai moi aussi emprunté ce roman dans ma médiathèque cet été. Il m’a rappelé Dans la forêt et d’autres dont j’ai oublié le titre, mais celui-ci est plus radical dans la mesure où aucune issue n’est possible. J’ai aimé l’acharnement de l’héroïne, son rapport avec les animaux et j’en garde un souvenir précis, c’est plutôt bon signe.

    1. je suis tout à fait d’accord avec toi, il y a une radicalité dans ce livre que l’on ne trouve pas dans Dans la Forêt (ou peut-être juste à la fin) car dans ce livre les interactions entre les deux sœurs tiennent beaucoup de place. C’est déstabilisant un livre qui repose sur un seul personnage…mais comme tu dis,c’est un roman marquant, qui reste en mémoire.

  2. J’ai terminé ce livre il y a une semaine.
    Comme toi, j’ai été déstabilisé par sa vie répétitive et monotone ; pas de rebondissements, pas événements extraordinaires, seulement des tâches à accomplir, toujours recommencées pour survivre, et la présence de ses animaux, ses seuls compagnons, qui occupent sa vie et dont elle parle sur des pages et des pages.
    Et pourtant je pense à elle depuis une semaine et à sa survie solitaire ; sa lutte contre la folie qui la guette, sa tentation parfois de tout laisser tomber et à chaque fois le sursaut qui la fait repartir avec cette pointe d’angoisse rétrospective face à ce qu’elle deviendrait si elle ne menait pas quotidiennement et opiniâtrement cette lutte.
    Un personnage humble et fort pour qui j’ai ressenti une forte empathie.

    1. Arto, comme d’habitude c’est un plaisir de recevoir un message de ta part! Je suis contente que tu soulignes également la monotonie de l’histoire car tout comme toi cela m’a déstabilisée, et je n’étais pas en phase sur ce point avec mes camarades de Bibliomaniacs. Et je te rejoins sur le fait que c’est finalement un roman qui marque et qui reste en mémoire!

  3. il est célèbre et partout sur la blogosphère mais son côté introspectif m’a toujours dit qu’il pouvait attendre une période où je vais avoir le temps et la pêche et puis les romans de ce genre ne sont pas mes préférés même si j’ai adoré Dans la forêt et Station Eleven

  4. Si je faisais la liste de mes meilleures lectures de ces dernières années, aucun doute que ce roman y figurerait en bonne place. Je l’ai lu il y a presque ans et le souvenir de l’histoire autant que du plaisir que j’ai eu en la lisant, est encore vif.

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