Americanah – Chimamanda Ngozi Adichie

4 coeurs

Voilà un roman vraiment marquant de la rentrée littéraire de Janvier! N’ayez pas peur de son côté « pavé », il comporte effectivement plus de 500 pages, mais je l’ai dévoré en deux jours tant je l’ai trouvé addictif. C’est le premier roman que je lis de Chimamanda Nogzi Adichie, et il m’a vraiment donné envie de découvrir ses précédents livres.

Le sujet d’ « Americanah » est plutôt original, il s’agit en grande partie du point de vue d’une jeune Nigériane -donc d’une noire africaine-, Ifemelu, qui débarque aux Etats-Unis pour y faire ses études. Elle qui vivait dans un pays où tout le monde est noir et n’avait donc pas conscience de sa couleur de peau, se découvre noire et se retrouve à faire partie d’une minorité raciale, avec le racisme et la stigmatisation qui y sont liés.
Chimamanda Ngozi Adichie
Après treize ans passés aux Etats-Unis, Ifemelu décide de tout quitter pour retourner au Nigéria. Avant de partir, elle se fait coiffer dans un salon africain et se remémore son enfance et son adolescence en Afrique, son premier et grand amour Obinze, son arrivée aux Etats-Unis, ses difficultés pour trouver un emploi et assurer sa subsistance, la stigmatisation raciale, mais aussi ses rencontres amoureuses et la création de son blog « Raceteenth ou observations diverses sur les Noirs américains (ceux qu’on appelait jadis les Nègres) par une Noire non américaine ».
Cette expérience américaine aura également son pendant : le retour d’Ifemelu au Nigéria, où elle redécouvre son pays natal avec les yeux de celle qui a passé une grande partie de sa vie dans un autre pays, à la culture et au fonctionnement très différents, et où elle ouvre un autre blog, sur la vie à Lagos.
Le roman est aussi passionnant que l’écriture est fluide. Par sa double spécificité – étrangère et noire – Ifemelu nous donne l’accès aux coulisses des Etats-Unis, à une version de l’histoire relativement inédite dans la littérature. Il y a des métaphores très intéressantes, par exemple l’importance de la coiffure dans l’identité des Noirs – le regard n’est pas le même si les cheveux sont lissés, tressés ou laissés à l’état naturel. Les billets du blog sont aussi tout à fait pertinents et m’ont fait cogiter sur certains points, même si je les ai souvent trouvés assez mal écrits. J’ai apprécié le fait qu’il y ait également en fil conducteur un autre personnage qui, comme Ifemelu, quitte le Nigéria pour aller aux Etats-Unis, sa tante Uju, dont l’adaptation à ce nouveau pays sera pour le moins rude.
Il y a beaucoup de pistes différentes dans ce roman, ce qui les rend bien sûr difficiles le traitement en profondeur. Les interventions d’Obinze sont l’un de mes bémols: on suit son installation en Angleterre ainsi que sa vie au Nigéria, de façon pas assez fréquente pour qu’il y ait une vraie alternance de points de vue avec Ifemelu, mais trop souvent pour que ce soit un simple focus. Un autre bémol sera qu’à un moment donné du récit – à l’approche des résultats des élections présidentielles de 2008 – j’ai commencé à ressentir une lassitude que tout soit toujours vu à travers le prisme de la différence raciale. Ifemelu me répondrait certainement dans son blog que je ne peux pas comprendre, car je suis blanche, mais j’ai trouvé qu’il y avait un passage à vide, où le débat tournait en rond, et où tout était ramené systématiquement aux races, avec humour, certes, mais toujours une pointe d’aigreur. Car finalement, même si Ifemelu est attachante et porte vraiment tout le roman, la critique n’est jamais loin, tout comme une petite touche de mépris, et personne ne trouve vraiment grâce à ses yeux, au Nigéria quand elle y revient, ou aux USA, que ce soit les Noirs-les Afro-américains comme Blaine et sa soeur, ou les Africains américains comme la coiffeuse – ou les Blancs, même ceux qui sont proches d’elle, comme Kimberley et Curt.

Malgré ces bémols, c’est un livre à la fois plaisant à lire et très instructif, un formidable page-turner, et à mes yeux un roman incontournable de 2015.Merci à Mélanie, des éditions Gallimard.

Cinquième participation au Challenge Rentrée Hiver 2015 organisé par Valérie et hébergé par Laure de Micmelo.

Challenge rentrée d'hiver 2015

Publié le 1er janvier 2015 aux Editions Gallimard, traduit par Anne Damour, 528 pages.

10 commentaires sur “Americanah – Chimamanda Ngozi Adichie

  1. @Jérôme: alors, alors??!
    @Céline: il ne peut pas laisser indifférent!
    @Tiphanie: peut-être qu'un jour tu te laisseras tenter?
    @Virginie: on est d'accord 🙂
    @Moka: laisse-toi tenter 🙂
    @Marie-Claude : il a fait du bruit, et il le mérite!

  2. C'est peut-être la traduction qui est en cause, car j'ai beaucoup aimé les billets d'Ifemelu. En revanche, je ne sais plus si j'avais trouvé qu'ils étaient mal écrits (j'ai lu Americanah pratiquement à sa sortie aux Etats-Unis).
    Je comprends quand tu dis que "tout était ramené systématiquement aux races", mais il faut bien dire que le pays est vraiment comme ça.

  3. @ Jackie Brown : effectivement je l'ai lu en français donc peut-être qu'en anglais les billets passent mieux … je ne me doutais pas que la facette raciale des USA était à ce point marquée…ça fait peur quand même…

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