Arpenter la Nuit – Leila Mottley

« Arpenter la Nuit » est un premier roman dont la sortie a fait grand bruit car son autrice, Leila Mottley, l’a écrit à l’âge de dix-sept ans seulement, inspirée par un fait divers ayant défrayé la chronique en 2015 à Oakland.

La narratrice, Kiara, adolescente afro-américaine âgée elle aussi de dix-sept ans, vit seule avec son frère aîné Marcus. Le père est décédé d’un cancer, la mère n’habite plus avec eux depuis un drame familial. Les fins de mois sont compliquées, car les petits boulots sont rares et seule Kiara se démène pour essayer de travailler : Marcus est quant à lui un rêveur qui cherche à devenir un rappeur à succès comme leur oncle. La situation devient encore plus tendue lorsque le propriétaire de leur appartement leur annonce une augmentation de loyer. Un soir, Kiara se fait draguer par un homme beaucoup âgé avec qui elle accepte d’avoir des relations sexuelles. Lorsqu’il lui donne deux cents dollars, la jeune fille entrevoit alors un moyen de gagner l’argent qui lui fait cruellement défaut…

Il y a un côté très cinématographique, avec de nombreuses scènes magnifiques dans ce roman d’apprentissage où Kiara est la seule à ne pas être démissionnaire – Marcus et ses amis semblent vivre dans un autre monde, la mère de Kiara a baissé les bras (d’une manière absolument tragique), leur oncle est devenu riche et célèbre mais se moque de leur situation, la voisine se réfugie dans la drogue et ne s’occupe pas de Trevor, son petit garçon, qui va être recueilli par Kiara. L’enfant est la boussole de la jeune fille, ancrée dans les responsabilités et la réalité, qui ne semble avoir comme échappatoire que quelques moments volés avec son amie Ale.

« Arpenter la nuit », c’est une référence à la prostitution, racontée avec un certain détachement, une certaine dissociation, par la narratrice (ce qui peut d’ailleurs donner une impression de froideur au récit), c’est aussi tous ces trajets que Kiara fait à pied dans Oakland, car elle n’a pas de voiture, ni les moyens de se payer une carte de bus ou un taxi. Ce sont aussi les mauvaises rencontres, comme celles de policiers qui interviennent alors que Kiara est malmenée par un client, et qui vont garder la jeune fille sous leur coupe, jusqu’à ce que cette emprise sexuelle soit révélée dans les médias.

Et si j’ai trouvé magnifique ce portrait de femme, j’ai été moins convaincue par la partie judiciaire du livre, qui m’a semblée moins profonde, moins maîtrisée par Leila Mottley. Si c’est ce fait divers qui l’a amenée à s’intéresser à ce personnage, j’ai eu l’impression qu’elle était beaucoup plus à l’aise pour évoquer le courage et la solitude de Kiara, ainsi que l’amour et la stabilité qu’elle donne à Trevor, plutôt que les démêlés de la jeune fille avec la justice.

Il n’empêche qu' »Arpenter la Nuit » est un très beau premier roman, qui montre une maturité assez incroyable pour une autrice de dix-sept ans, et qui est plus que prometteur : vivement le prochain livre de Leila Mottley ! 

Publié en Août 2022 chez Albin Michel (Terres d’Amérique), traduit par Pauline Loquin, 403 pages.

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