« Signora Sarfatti » (et non Madame Sarfati) est la fameuse Margherita Sarfatti dont le nom est passé à la postérité pour avoir non seulement été la maîtresse de Mussolini mais aussi un soutien fort actif de l’avènement du fascisme, jusqu’à ce qu’elle doive fuir l’Italie en 1938 lorsque le fascisme est devenu antisémite…puisqu’elle était juive.
Serge Airoldi nous la présente à son retour d’exil sud-américain en 1947. Celui qui nous introduit à ce personnage complexe, c’est son jardinier, Giovanni Battista, gardien du domaine qu’elle réinvestit, employé par la famille depuis plusieurs décennies, et proche de son fils de Roberto, mort au combat pendant la Première Guerre mondiale.
J’ai retrouvé avec grand plaisir la langue foisonnante et très travaillée de Serge Airoldi, que j’avais découverte avec « Si maintenant j’oublie mon île ». Je connaissais bien sûr Margherita Sarfatti de nom, mais j’ignorais à peu près tout de sa trajectoire et de sa personnalité.
Ici, c’est Giovanni Battista qui est sa mauvaise conscience, sa Némésis, dégoûté par les choix politiques pris par Sarfatti, mais aussi – en tout cas, en apparence – par son manque de regrets pour des prises de position ayant conduit à l’extermination d’un peuple, jusqu’à la toucher intimement puisque sa propre sœur sera assassinée à Auschwitz. Mais c’est aussi la mort de son fils, dont elle ne se remettra jamais vraiment, qu’il lui reproche, puisque c’est elle qui aurait poussé Mussolini à l’interventionnisme.
Et j’aurais aimé savoir ce qu’elle pensait vraiment cette femme, certes mondaine, peut-être frivole, mais qui payera très cher ses erreurs : au-delà d’être la maîtresse de Mussolini, la mère de Roberto, la patronne du jardinier (qui juge mais reste quand même employé de la famille pendant la guerre et au-delà), c’est une femme de lettres intelligente, une femme libre, puissante et influente…est-elle si détachée des conséquences de ses actes? vit-elle si profondément dans le déni? j’aurais aimé entendre sa voix pour mieux comprendre, pour mieux la comprendre, car elle a su exister et décider par elle-même.
Publié en Août 2026 aux éditions de l’Antilope, 228 pages.



