Excellente surprise de cette rentrée littéraire, « La Rédemption » de Jean-Noël Orengo évoque Pierre Drieu la Rochelle, écrivain dont on connaît désormais moins les ouvrages que son activité collaborationniste qui se terminera par un suicide en 1945.
Un auteur collabo n’est pas un personnage des plus attachants, pourtant Orengo réussit à nous embarquer pour le suivre sur une trentaine d’années, dans toute sa complexité, dans toute son ironie aussi. Car Drieu la Rochelle aura pour meilleur ami André Jéramec – mort au combat lors de la Première Guerre mondiale- issu d’une grande famille juive, et dont il épousera la sœur, Colette. Assez ballot pour un antisémite.
Et même si le mariage ne dure pas, tous deux resteront liés toute leur vie. Paradoxalement, c’est parce qu’il est collabo que Drieu la Rochelle va réussir à sauver son ex-femme et les deux enfants de celle-ci (issus de son remariage) de la déportation et d’une mort certaine.
Jean-Noël Orengo a produit un ouvrage dense, riche, extrêmement documenté, très cultivé mais qui reste accessible et fluide à lire. Il y trace un portrait de Drieu la Rochelle très contrasté, entre intellectualisme, désirs réprimés, rapport compliqué au corps, déclassement social et vénalité. Mais c’est aussi en filigrane l’occasion de mettre l’accent sur Colette Jéramec, une femme étonnante, médecin, scientifique, à la forte personnalité et à la carrière étonnante pour sa génération. Et puis c’est aussi la description d’une certaine époque, celle de l’entre-deux-guerres, traumatisée par la première, avec ses grands courants intellectuels et artistiques mais aussi ses bouleversements politiques.
Un livre passionnant et un coup de cœur inattendu.
Publié en Septembre 2026 chez Grasset, 416 pages.



