Chambre 2 – Julie Bonnie

Qu’il est difficile de parler d’un livre qu’on a aimé, et d’en expliquer les raisons! J’ai lu Chambre 2 car il a reçu le Prix Fnac 2013, et autant j’avais apprécié Peste et Choléra, lauréat 2012, mais sans plus, autant ce livre est un nouveau coup de coeur.

C’est le premier roman de Julie Bonnie, que je connaissais en tant que chanteuse pour l’avoir vue plusieurs fois dans les pages de Rock’n’Folk, à l’adolescence quand j’y étais abonnée et qui s’est inspirée de son expérience d’auxiliaire de puériculture, très éloignée de sa vie d’artiste, pour écrire ce récit
Béatrice, la narratrice dont on apprend le prénom seulement vers la moitié du livre a connu pendant de nombreuses années la vie de bohème, sur les routes avec Gabor, avec qui elle a vécu une histoire d’amour intense et lumineuse. Ils présentaient un spectacle musical avec d’autres artistes, le Cabaret de l’Amour, où Gabor chantait et jouait du violon, et où Béatrice était danseuse nue.
« Je planais au-dessus des réalités. Je dansais, je faisais l’amour. J’étais amoureuse, et mon homme heureux. J’étais une artiste acclamée, disparaissant sur scène, je devenais brouillard, immatérielle, extatique. Avec mon seul corps nu. »
Aujourd’hui elle est mère célibataire et auxiliaire de puériculture dans une maternité, où malgré quelques moments de bonheur, elle est confrontée à beaucoup de souffrances et de drames, à la mesquinerie qui règnent entre collègues, au mépris pour les patientes, à l’injustice et à la pesanteur de la hiérarchie.
« Non, mais franchement, les femmes n’ont plus aucune pudeur. Aucun respect d’elles-mêmes. Je ne comprends pas, ça. Comment on peut se laisser aller comme ça? »
Le récit alterne les flash-backs de la vie d’avant, heureuse, où Béatrice était artiste et marginale, nue et aimée, et celle d’aujourd’hui où elle souhaite désespérément être normale et se cache derrière sa blouse rose en passant de chambres en chambres visiter ses patientes, certaines épanouies, d’autres en souffrance ou perdues. « Moi l’autorité avec la blouse. Moi la folle qui veut être normale »
« En général, c’est la césarienne en urgence. La dame coupée en deux. Quand la chirurgienne lui a découpé le ventre, elle lui a aussi découpé l’âme. Mais les chirurgiens ne savent pas ce qu’ils découpent. On leur a appris la chair, la peau, l’utérus, le muscle. Pas l’âme. »
 
« Heureusement, parfois, ça va. J’ai assisté à un accouchement merveilleux. Plus beau que tous les spectacles de danse. Plus beau que tous les spectacles. Cette femme était danseuse, j’ai eu la chance de la voir dans une performance exceptionnelle. »
C’est un roman dur, rempli de drames, mais à l’écriture fluide et évidente, où de nombreuses scènes sonnent justes, notamment les dialogues entre collègues aigries, la fatigue, les contraintes qui empêchent de passer le temps nécessaire avec les patientes « J’ai envie de la prendre dans mes bras et de lui expliquer tout ce que je sais, tout ce que je vois, de lui raconter tous les mensonges, tout ce qu’on fait croire aux femmes, que, ce qu’elle vit, on est toutes passées par là. Je n’ai pas le temps. Et si je faisais ça tous les jours je deviendrais folle. Littéralement. On ne refait pas une vie en cinq minutes. Impossible. ». Mais il y a aussi beaucoup de bonheur: une formidable histoire d’amour partagé-même si elle se termine mal-et ce lien presqu’ animal entre une femme et ses enfants, et aussi la richesse et la lumière d’une vie d’artistes sur la route. C’est un très beau portrait de femme que trace Julie Bonnie, et un moment de lecture profond et émouvant.
Et comme le livre a été édité en Août 2013 (c’était limite…!), je l’inscris dans le non-challenge des pépites de Galéa.

 

7 commentaires sur “Chambre 2 – Julie Bonnie

  1. Oh punaise, il a tout pour me plaire celui-là, vraiment!!!! c'est drôle, ça me dit quelque chose alors que je n'ai lu aucun autre article dessus (il faut que je réfléchisse à ça). Si tu as le temps, je veux bien que tu viennes me déposer ton lien (sinon je vais essayer d'y penser demain….). En tous les cas merci, ton billet est très beau!

  2. c'est vraiment le coup de coeur inattendu, car le sujet ne m'attirait pas trop… je n'avais rien lu dessus, mais je l'avais vu dans des pubs Fnac dans des magazines et dans le métro quand il a eu le prix. je mets le lien sous ton article.

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