Génération – Paula McGrath

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Je m’aperçois que je suis à la traîne pour écrire mes billets de blog, car je me souviens exactement quand j’ai lu « Génération » de Paula McGrath: j’ai commencé ce premier roman irlandais dans le RER en allant au petit-déjeuner Stock, et en revenant, puisqu’il faisait très beau, je me suis installée à la pièce d’eau des Suisses à Versailles pour le continuer tout en déjeunant sur l’herbe…et je l’ai terminé!

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Paula McGrath

« Génération » se compose de quatre parties, à des époques différentes. Dans la première partie, en 1958, Paddy, un jeune homme irlandais arrive au Canada pour travailler en tant que mineur. Cette partie semble être une introduction à la deuxième partie, qui est vraiment le cœur du roman. En 2010, Aine, une jeune femme qui vient de divorcer et qui est mère d’une petite fille, Daisy, a envie de changement dans sa vie. Par une collègue de travail, elle entend parler d’une ferme bio dans l’Illinois qui accueille des wwoofers, c’est-à-dire des volontaires pour travailler et apprendre à cultiver de manière bio, en échange du gîte et du couvert. Aine prend donc contact avec Joe, le propriétaire de la ferme, un bel homme mystérieux avec qui elle va avoir de nombreux échanges par emails et par Skype avant de partir passer six semaines dans sa ferme. Ayant entamé une liaison avec Joe, elle décide de revenir, mais cette fois avec sa petite fille… La troisième partie se passe au Japon en 2016, où Makiko veut à tout prix que son fils Kane devienne pianiste prodige. Quant à la dernière partie, elle se déroule en 2027, lorsque la petite-fille de Paddy vient visiter l’ancienne mine où son grand-père travaillait…

J’ai adoré la deuxième partie, qui nous raconte les aventures d’Aine et de Daisy dans la ferme bio de Joe. La plume de Paula McGrath est très évocatrice et le récit est extrêmement accrocheur – ce qui explique que j’aie lu ce roman en une journée. Dès le début, on sent que Joe est un personnage nébuleux qui semble cacher de lourds secrets. Aine voit en lui un célibataire endurci, un peu bourru, avec ses petites manies, et sans aucun talent pour tenir une maison – son domicile est crasseux à souhait. Tout à son envie de changer de vie, de n’être plus cette employée de bureau banale, sur les rails, mais une aventurière qui a une liaison passionnée avec une sorte de cowboy solitaire, elle ne voit pas le côté sombre de Joe.

L’auteure instille une tension sourde dans le récit, qui prend des accents de thriller. La grande force de cette histoire est l’attention donnée aux personnages secondaires, qui sont tous très bien développés. On fait ainsi la connaissance de Judy, la mère de Joe, née Yehudit en Allemagne avant d’être réfugiée aux Etats-Unis. Ou encore de Carlos, le bras droit mexicain de Joe, qui doit vivre avec la souffrance et les remords d’avoir laissé son neveu tenter de passer la frontière clandestinement. Mais aussi de Vicky, ancienne camarade d’université de Joe, qui ne semble pas très heureux de la revoir… Paula McGrath a traité ces personnages secondaires comme s’ils étaient eux-mêmes les personnages principaux de nouvelles. D’ailleurs on pourrait considérer que « Génération » est lui-même un recueil de nouvelles, la plus développée d’entre elles étant celle qui se déroule en 2010. Toutes les histoires sont reliées, par des liens de filiation, ou parce que certains personnages sont communs, mais elles pourraient être lues de façon indépendante.

La troisième partie, qui se déroule au Japon en 2016,  est une sorte de spin-off de la partie de 2010. En effet, Vicky, institutrice, s’inquiétait pour l’un de ses élèves, Kane, petit garçon né de l’union d’un Allemand et d’une Japonaise. Kane était un petit garçon très doué pour le piano, qui suivait les cours de Judy, la mère de Joe, professeur de piano. On retrouve donc six ans plus tard Makiko, la mère de Kane, de retour au Japon, confrontée à la crise d’adolescence de Kane, qui en a marre d’étudier le piano plusieurs heures par jour.Même si cette histoire m’a moins convaincue que le séjour d’Aine dans la ferme bio, j’ai néanmoins apprécié la richesse de ce récit qui aborde des sujets aussi vastes que la crise d’adolescence, le désir des parents de faire de leurs enfants des prodiges, la difficulté de s’intégrer aux USA quand on est japonais, le fait d’être mère célibataire au Japon…

Quant à la quatrième partie, c’est à la fois la suite des deuxième et troisième parties et le moyen de refermer la boucle qui relie les trois premières parties. Cette dernière histoire, sans être déplaisante ou inintéressante, m’a moins plu, je l’ai trouvé un peu artificielle, et somme toute, dispensable. En fait, cela ne m’aurait pas dérangée si « Génération » n’avait comporté qu’une histoire, celle de 2010. La partie de 1958 est très bien écrite, mais elle n’apporte finalement pas grand chose au récit, puisqu’on ne retrouve pas Paddy par la suite, et qu’il n’y a pas vraiment d’élément fondateur dans cette introduction, tandis que l’histoire de Makiko en 2016 aurait pu être intégrée d’une manière légèrement différente à la partie de 2010. Je comprends bien le fil conducteur de l’exil qui fait le lien entre toutes les histoires – Paddy et Carlos, immigrés économiques ; Yehudit, qui a fui l’antisémitisme et la guerre ; Aine, qui veut une vie plus passionnante ; Makiko qui s’est installée aux USA par amour pour son mari… – mais je pense que le roman aurait gagné en force s’il s’était concentré sur une seule époque.

Même si je n’ai pas complètement adhéré aux choix de construction de Paula McGrath, j’ai quand même beaucoup aimé « Génération », qui conjugue une belle écriture, une palette de personnages très bien incarnés, et une tension haletante. Un premier roman extrêmement prometteur!

Publié en Janvier 2017 aux Editions de la Table Ronde, traduit par Cécile Arnaud, 240 pages.

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14 commentaires sur “Génération – Paula McGrath

  1. J’avais noté ce titre chez Cuné, attirée justement par sa particularité narrative. J’attends un peu avant de le lire, car le hasard a fait que j’ai déjà lu ces derniers temps de nombreux romans proposant des constructions originales, et je crois que j’ai besoin de faire une pause en me replongeant dans une certaine linéarité. Et puis c’est la rareté de l’originalité qui fait en partie son intérêt…

  2. J’avais repéré ce roman dès sa parution. J’accroche particulièrement sur sa construction. J’entends beaucoup de mitigé, j’entends du bien et j’entends du mal. Bref, il va falloir que je me fasse ma propre idée, mais je vais attendre sa parution en poche.

    1. j’avais lu plusieurs avis mitigés qui avaient freiné mon enthousiasme, mais finalement je l’ai quand même beaucoup aimé…
      mais c’est vrai qu’un roman centré sur la 2e partie aurait pu être intéressant également.

  3. Il m’attire aussi mais moi je trouve sa construction étonnante, vu qu’il n’y aucun lien entre les parties (sauf les deux du milieu), effectivement un recueil de nouvelles aurait été plus adapté peut-être ? mais beaucoup de gens ont peur des nouvelles. Tu as l’air très enthousiaste pour les deux du milieu. Bon, ma pàl déborde donc patience …… je pense qu’il sera trouvable à la BM dans quelque temps !

    1. Si, en fait il y a un lien entre toutes les parties (1-2, 1-4, 2-3, 2-4, 3-4, 1-4), c’est juste que je n’ai pas voulu en dire trop dans le billet – mais parfois le lien est léger.

    1. j’ai été déçue une fois, et mitigée une autre fois, sinon effectivement, la qualité est au rdv ! et ils ont publié The Girls l’an dernier, qui a été mon roman préféré de 2016 🙂

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