Quatorze ans après « Swamplandia », je relis Karen Russell avec son nouveau livre « Quand vient la tempête ».
Le roman se déroule dans les années 30 à Uz, petite ville du Nebraska, durement touchée par la Grande Dépression. La catastrophe environnementale s’ajoute à la financière, avec une énorme tempête de poussière. Dans cette bourgade gravitent un certain nombre de personnages : Harp Oletsky, fermier d’origine polonaise, dont les cultures sont les seules à être épargnées; sa nièce Asphodel, jeune joueuse de basket dont la mère a été assassinée par un tueur en série ; l’Antidote, sorte de sorcière locale qui, comme un coffre-fort, garde les souvenirs douloureux de ses clients contre quelques dollars…Aux habitants s’ajoute une jeune femme de passage, Cleo Allfrey, photographe en mission pour le Farm Security Administration afin de prendre des clichés de fermiers touchés par la Grande Dépression…
Ce roman est assez impressionnant, c’est une fresque dense, très riche, où l’autrice fait preuve d’une grande créativité – notamment pour le personnage de l’Antidote, la sorcière des prairies, ou pour ce que permet de faire l’appareil photo de Cleo – tout en se servant de faits réels pour alimenter son intrigue. Le roman est d’ailleurs illustré avec des photographies prises lors de ces grands reportages commandités par l’administration américaine.
J’ai quand même eu le sentiment que le roman était presque trop ambitieux. Ce n’est pas une question de maîtrise, mais un sentiment de trop-plein. Le roman choral met l’accent sur beaucoup de personnages, mais l’autrice mêle aussi récit historique, réalisme magique, enquête policière, alerte environnementale. Et à force de tout vouloir traiter dans le même livre – la Grande Dépression, le Dust Bowl, le photojournalisme du Farm Security Administration, le génocide amérindien, le traitement des filles-mères, l’immigration polonaise, et j’en passe… – elle m’a parfois fait décrocher, même si je comprends pourquoi elle aborde toutes ces facettes, qui se rejoignent autour de la thématique de la Mémoire, du Traumatisme, et de la réécriture de l’Histoire.
Si je suis bluffée par l’ampleur du livre et la pertinence du propos, l’envie d’écrire un grand roman américain est un peu trop appuyée à mon goût et a parfois nui à mon plaisir de lecture. Pour autant, « Quand vient la tempête » est un des livres de la rentrée littéraire à ne pas manquer.
Publié en Août 2026 chez Albin Michel (Terres d’Amérique), traduit par Karine Lalechère, 496 pages.



