Les Zones Grises – Alexandra Saemmer

Les sillons de la Seconde Guerre mondiale n’ont toujours pas fini d’être labourés, plus de 80 ans après.

Dans « Les zones grises », Alexandra Saemmer, qui vit en France mais est née en Allemagne dans les années 70, s’intéresse à sa famille maternelle.
Ceux-ci étaient des Sudètes, minorité allemande et germanophone d’une partie de ce qui est désormais la Tchéquie. A la fin de la guerre, 3 millions d’entre eux ont été expulsés par décret du Président de la Tchécoslovaquie. Parmi eux, la grand-mère de l’autrice, avec ses trois enfants, dont sa mère, alors bébé, – le mari, soldat de la Wehrmacht, ayant disparu au front. La famille se retrouve donc exilée en Allemagne, population déplacée dans les tourments de l’immédiat après-guerre.
Les Allemands ne sont pas les premiers à qui l’on pense en tant que victimes de la Seconde Guerre mondiale, a fortiori les Sudètes, qui sont considérés comme des soutiens du Nazisme. Loin de toute idéologie ou victimisation, Alexandra Saemmer veut plutôt combler les trous de son histoire, trouver des réponses aux questions qui la hantent, notamment sur l’identité et la jeunesse de sa mère.
La plupart des protagonistes étant morts depuis longtemps, elle ne peut que s’appuyer sur un nombre limité de documents et sur des groupes Facebook sur lesquels elle récupère des informations.
Son grand-père était-il un Nazi convaincu ? Finalement, peu importe, même la mère de l’autrice ne l’a pas connu. En revanche, l’expulsion et l’exil auront lourdement impacté la vie de sa grand-mère, morte jeune et tragiquement, mais aussi celle de sa mère, hantée par les conditions de sa naissance, orpheline très jeune, recueillie par des membres de la famille, mais séparée de sa fratrie… et qu’est-il arrivé à son frère dont on n’a plus de nouvelles depuis les années 60?
Alexandra Saemmer n’obtiendra pas toutes les réponses à ses questions, mais sa quête éclairera sa place dans le monde et certaines de ses obsessions. Son enquête est racontée de manière très fluide et retrace la vie contrastée et mouvementée de familles allemandes dans les années 40 et 50.

Publié en Septembre 2025 chez Bayard, 305 pages.

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