Landfall – Ellen Urbani

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Si Katrina est une catastrophe dont on a beaucoup parlé dans les médias, je n’avais jamais eu l’occasion de lire une oeuvre de littérature qui évoquait cet ouragan et les ravages matériels et humains qu’il a provoqués à la Nouvelle-Orléans, en majorité dans la communauté noire et pauvre. J’ai donc été intriguée par « Landfall » d’Ellen Urbani, que j’ai eu l’opportunité de lire en avant-première grâce à Gallmeister et à Léa, que je remercie chaudement!
Rose, une brillante jeune fille de dix-huit ans, part à la Nouvelle-Orléans avec sa mère Gertrude, la voiture chargée de vivres et de vêtements pour venir en aide aux rescapés de Katrina. Une dispute éclate entre les deux femmes, à la relation difficile, et la voiture de Gertrude et Rose quitte la route, provoquant la mort de la mère dans l’accident. Mais la voiture a également fauché une jeune fille noire qui marchait au bord de la route. Mue par la culpabilité, Rose cherche à savoir qui était la jeune inconnue de son âge, et découvre que c’était une survivante de Katrina, qui avait parcouru plus de 900 km avant d’arriver à Tuscaloosa.
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Ellen Urbani
« Landfall » nous fait le portrait croisé de deux jeunes filles de dix-huit ans qui, malgré leur différence de couleur (Rose est blanche, Rosy est noire – la première vient de la classe moyenne, la seconde d’un milieu très populaire) ont beaucoup de points communs. Toutes deux sont brillantes, et ont été élevées par des femmes qui les ont eues jeunes et ont dû se débrouiller seules pour élever leur enfant : le père de Rose a quitté sa mère quand celle-ci était enceinte, celui de Rosy s’est suicidé avant que celle-ci ne naisse. On découvre sous la plume d’Ellen Urbani ces deux relations mère-fille, si proches mais pourtant si différentes. Gertrude, la mère de Rose, est une mère aimante mais qui a élevé sa fille avec dureté, pour que celle-ci soit autonome et respectueuse. Rosy, quant à elle, est très proche de sa mère, une femme gaie et affectueuse. Malheureusement Cilla est bipolaire, et Rosy doit constamment veiller sur sa mère, parfois sous l’emprise de crises très violentes.
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On suit dans « Landfall » l’enquête de Rose qui a eu accès au dossier de la jeune morte grâce à un policier compatissant, et grâce à quelques indices (une page d’annuaire, une carte de visite, un billet de bus) retrace l’itinéraire de Rosy pour comprendre qui elle était et pourquoi elle avait parcouru tant de kilomètres au péril de sa vie pour arriver jusqu’à Tuscaloosa – Rose est obsédée par le fait de retrouver la famille de Rosy pour expliquer à ses proches comment elle est morte et leur faire bénéficier de sa police d’assurance. En parallèle, Ellen Urbani, à travers le portrait de Rosy, nous raconte la catastrophe de Katrina, avec l’eau qui monte dans la maison où sont réfugiées Cilla et Rosy, avec la peur, les dilemmes, la survie coûte que coûte – à n’importe quel prix. Puis c’est le superdôme où sont parqués les survivants, dans des conditions d’hygiène déplorables, sans eau ni nourriture, avec des médecins et des volontaires dépassés par les événements – des descriptions qui ne sont pas sans rappeler celles du Vel d’Hiv.
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La plume d’Ellen Urbani est très habile, les deux jeunes femmes sont extrêmement bien incarnées, et je me suis beaucoup attachée à ces deux filles battantes, prêtes à tout, l’une pour protéger sa mère, l’autre pour découvrir la vérité sur celle qu’elle a contribué à tuer. Les relations mère-fille, à la fois aimante et triste sont également très bien décrites, tout comme toute la galerie de personnages que les deux jeunes femmes vont rencontrer, à quelques semaines d’intervalle. Et que dire des descriptions de la catastrophe et de ses ravages, poignantes, violentes, rageantes sans jamais être pleurnichardes. Tout le roman sonne très juste, sans manichéisme, mais avec beaucoup de profondeur. J’ai quand même regretté le twist employé par l’auteur. Sans pouvoir bien sûr le développer ici, non seulement je l’ai vu arriver à des kilomètres, mais je pense qu’il était tout aussi dispensable qu’il était un peu trop gros à mes yeux et surtout que le livre n’avait pas besoin de ça pour être réussi.
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Malgré ce bémol, « Landfall » d’Ellen Urbani est un excellent roman, tant pour ses personnages que pour sa façon de décrire la catastrophe de Katrina. Un livre fluide, qui se lit tout seul et qui marque durablement. Un Gallmeister ni nature writing ni polar noir, à découvrir absolument!
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Publié le 3 Mars 2016 aux Editions Gallmeister, traduit par Juliane Nivelt, 304 pages.
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14e participation au Challenge Rentrée Hiver 2016 organisé par Laure de MicMélo et 3e participation au Challenge Gallmeister organisé par Léa.
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19 commentaires sur “Landfall – Ellen Urbani

  1. J'ai lu récemment l'Ouragan de Jean Gaudé que j'ai trouvé assez sombre. Cette autre vision de la catastrophe a l'air intéressant, ton billet est très tentant.

  2. Magnifique billet, Eva. J'ai le même bémol que toi. Mais coup de coeur malgré ça. Tu me fais penser que c'est la première fois que je lis un Gallmeister qui n'est ni nature writing ni polar noir! Et c'est tout à fait réussi.

  3. @ Léa : et encore merci à toi pour m'avoir permis de le découvrir et le recevoir!

    @ Delphine : je suppose que tu as déjà une PAL bien fournie 🙂

    @ Edyta : ah oui tu as tout à fait raison, confusion avec Danser avec les Ombres!! Merci pour le rectificatif 🙂

    @ Joelle : il est fait pour toi alors ! j'adorerais aller en Louisiane, la Nouvelle-Orléans est une ville qui me fascine!

  4. @ Guillome : en fait, tant mieux, comme ça tu n'as pas été déçu 😉

    @ Dasola : ce qui m'a gênée c'est que c'était un peu trop "fabriqué" à mon goût – mais cela n'empêche pas que j'aie beaucoup aimé cette lecture

    @ Céline : les avis sont globalement très positifs, succombe à la tentation 🙂

    @ Jérôme : j'ai hâte de connaitre ton avis 🙂

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