14 Juillet – Eric Vuillard

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« 14 Juillet » d’Eric Vuillard est un livre qui n’avait pas vraiment retenu mon attention car je n’avais encore jamais lu l’auteur, et les romans historiques ne sont pas forcément ma tasse de thé, à moins qu’ils évoquent la Seconde Guerre Mondiale. De plus je trouvais la couverture vraiment laide, ce qui ne m’incitait pas à ouvrir ce livre… Il a donc fallu attendre les billets enthousiastes de Delphine et de Clara pour me convaincre de franchir le pas et de découvrir les coulisses d’une des dates les plus marquantes de l’histoire de France.

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Eric Vuillard

Eric Vuillard n’a pas décidé de nous faire un cours d’histoire, mais il nous replonge dans le contexte de cette fameuse prise de la Bastille. En 1789, les inégalités sont énormes, monstrueuses. Pendant qu’à Versailles, la Cour festoie dans le luxe le plus raffiné- et donc le plus coûteux, la populace parisienne crève de faim. Les récoltes ont été mauvaises, la nourriture est très chère alors que les salaires sont au plus bas. (Un journalier gagne 10 sous par jour, un pain de quatre livres en vaut quinze) L’Etat est proche de la faillite, les ateliers subissent la concurrence étrangère et licencient ou réduisent les salaires, tandis que les aristocrates, les bourgeois, les rentiers vivent très bien. C’est d’ailleurs une réduction de salaire, annoncée de façon méprisante – la baisse de revenus ne gênera pas les ouvriers, puisque ceux-ci vivent comme des bourgeois, « la montre dans le gousset » – qui met le feu aux poudres et embrase la foule de chômeurs, ouvriers et petits employés. 

Et c’est cette foule de « petites gens » armés de tout et de rien qui se dirige vers la Bastille qu’Eric Vuillard s’emploie à personnifier. Il a retrouvé les prénoms, les noms, les liens familiaux, quelques descriptions physiques et vestimentaires. Beaucoup de jeunes, beaucoup de pauvres aussi, habillés d’étoffes modestes et de vêtements dépareillés – loin de la « montre dans le gousset » – qui se feront tués, souvent à coup de baïonnette.

L’écriture de l’auteur est belle et recherchée, avec une fougue et une énergie tout à fait adaptées à ces rebelles qui n’en peuvent plus et décident de se soulever, mettant à sac quelques maisons bourgeoises, récupérant des armes là où ils le peuvent, comme dans des musées, puis se dirigeant vers la Bastille.

Je n’ai cependant pas été totalement conquise par « 14 Juillet » car certains passages assez énumératifs ont fini par me lasser et j’ai eu parfois du mal à rester concentrée sur le récit. Mais en plus d’avoir fait un travail de recherche assez conséquent, Eric Vuillard a une très belle plume, à la fois littéraire et incisive. Car pas besoin d’aller chercher très loin les parallèles entre notre société actuelle et 1789, l’auteur nous les montre très bien, et enfonce encore le clou avec une dernière page percutante.

« 14 Juillet » d’Eric Vuillard est un livre que je n’ai pas dévoré – malgré son petit nombre de pages – à cause de petites baisses de régime, mais dont la lecture est néanmoins tout à fait marquante, tant sur le fond que sur la forme. Une vision originale et humaniste d’un des épisodes phare de notre histoire,  et un message contestataire à garder en tête.

Publié en Août 2016 chez Actes Sud, 208 pages. 

10e lecture de la Rentrée Littéraire 2016.

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22 commentaires sur “14 Juillet – Eric Vuillard

  1. J’ai eu la chance de rencontrer l’auteur en ‘lecture’ à Chambord (le 14 juillet ne craint pas les châteaux royaux) et il était passionnant, répondant de façon claire et érudite aux questions, bref du bonheur.

    1. c’est vrai que l’auteur a l’air très pertinent (cf ses « interventions » dans le livre) et j’aurais bien envie d’assister à une rencontre avec lui

  2. Je suis en train de le lire.
    Contrairement à toi, je l’ai déjà lu et je connais son style (très bon) mais j’avais eu quelques bémols (trop beau, trop froid..)
    Pour l’instant ça va, il faut dire que j’ai un souvenir particulier de mes études lycéennes sur la Révolution … j’en parlerai dans mon billet!
    J’ai lu le tien en diagonale pour ne pas influer sur ma lecture !

    1. J’ai failli lire « Tristesse de la Terre » il y a deux ans, et puis plein d’autres livres sont passés avant, et j’ai été prise dans le flot des RL successives
      J’attends avec impatience ton avis !

  3. J’avais raté ton billet, oups, ça y est, je me suis rattrapée ! On est effectivement entièrement d’accord sur le côté répétitif de certains passages. C’est exactement ce que je pense !

  4. J’ai toujours cru que la révolution n’avait pas été portée par le peuple mais bien par la bourgeoisie, qui avait besoin de s’affranchir des avantages de la noblesse. Hum, ça me laisse un peu perplexe…

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