Jeux de miroirs – Eugen Ovidiu Chirovici

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« Jeux de Miroirs » de E.O. Chirovici semble être le thriller événement de ce début d’année, auréolé de sa publication dans 38 pays. D’ailleurs, c’est même marqué sur le bandeau de ce livre que l’on voit partout. Nul doute que les droits seront également bientôt achetés dans le but de l’adapter au cinéma. Je suis toujours ravie du succès d’un roman car cela profite à toute l’industrie du livre, mais le marketing crée des attentes : d’un livre présenté comme un événement, on attend qu’il soit à la hauteur de sa réputation. Or est-ce vraiment le cas avec « Jeux de Miroirs »?

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E.O. Chirovici

Le thriller est construit en trois parties. Dans la première, Peter Katz, un agent littéraire, reçoit le début d’un manuscrit autobiographique écrit par un certain Richard Flynn. Celui-ci raconte qu’à la fin des années 80, étudiant à Princeton, il s’était retrouvé en colocation avec la jolie Laura, étudiante en psychologie, avec qui il avait entamé une relation. Richard cherchant un petit boulot, celle-ci lui avait présenté un professeur et chercheur en psychologie, Joseph Wieder, célèbre pour ses travaux pour la mémoire, qui souhaitait embaucher quelqu’un pour archiver son immense bibliothèque de façon électronique. Richard passait donc beaucoup de temps dans la maison du professeur, un homme plutôt sympathique et charismatique au premier abord mais qui posait des questions étranges au jeune homme sur Laura et sur leur relation, semant le doute dans l’esprit de l’étudiant sur la sincérité de Laura. Jusqu’au jour où le professeur Wieder fut retrouvé mort chez lui…

Le manuscrit s’arrêtant là, mais la lettre l’accompagnant mentionnant des faits nouveaux permettant de faire toute la lumière sur ce crime non résolu, Peter Katz cherche donc à retrouver l’auteur pour récupérer la fin du manuscrit. Las, Richard Flynn vient de décéder, et la suite du manuscrit est introuvable. La deuxième partie du roman est donc l’enquête menée par un journaliste mandaté par Peter Katz pour découvrir ce qu’il s’est réellement passé et écrire la fin de l’histoire. La troisième partie est quant à elle racontée par un policier retraité que le journaliste a sollicité pour son enquête.

Commençons par le point positif de ce roman : l’idée de départ est très bonne. On a un cold case – un crime datant d’il y a 30 ans et toujours non résolu  – , un manuscrit, la vie sur un campus, un mystérieux chercheur en psychologie impliqué dans des travaux sur la mémoire…des ingrédients tout à fait prometteurs.  La première partie, le fameux manuscrit de Richard, est passionnante et je l’ai lue avec avidité, ravie à la perspective d’être plongée dans un excellent thriller.

C’est donc après le premier tiers que cela a commencé à se gâter. Déjà parce que le fait de changer de narrateur n’aide pas à s’attacher aux personnages. D’ailleurs aucun des personnages, à part peut-être le policier retraité, n’est vraiment sympathique ou attachant, et je n’ai pas vraiment ressenti d’empathie ou d’émotions particulières pour eux. Certes l’intrigue est bien maîtrisée, mais le style est assez lisse, froid et plat, et le livre manque singulièrement de densité et de flamboyance. « Jeux de Miroirs » se lit tout seul, et contient assez de rebondissements pour m’avoir tenue en haleine jusqu’à la fin, mais sans grand frisson ni enthousiasme délirant. 

La mécanique du roman est bien huilée, chaque narrateur des trois parties apporte ses éléments, son éclairage, parfois ses faux-semblants, mais rien n’est particulièrement novateur ou jouissif dans ce thriller qui m’a fait passer un bon moment de lecture mais ne me laissera pas un souvenir impérissable. A titre de comparaison, rien à voir avec « Les Apparences » de Gillian Flynn, qui est également un roman en plusieurs parties où chacune renverse complètement la vapeur, mais qui est lui  vraiment original et machiavélique. A côté « Jeux de Miroirs » semble bien terne et scolaire.

Attention, « Jeux de Miroirs » de E.O. Chirovici n’est absolument pas un mauvais livre. Il se lit facilement, il est bien construit, le point de départ est vraiment intéressant, bref c’est un roman qui est « pas mal ». Son seul vrai problème est qu’il est vendu comme un livre exceptionnel, ce qui crée des attentes bien trop élevées et amène forcément à la déception.

Merci à Anne et Arnaud pour cet envoi surprise !

Publié en Janvier 2017 aux éditions Les Escales, traduit par Isabelle Maillet, 304 pages.

8e lecture de la Rentrée Littéraire 2017

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32 commentaires pour “Jeux de miroirs – Eugen Ovidiu Chirovici

  1. je vais le découvrir en audio mais en fait à part que j’ai beaucoup vu la couverture sur IG ou FB je n’avais rien lu sur l’histoire alors je n’attends rien 😉 Ton billet me permettra de me dire que ce n’est pas un chef d’oeuvre mais si au moins c’est un polar sympa, c’est déjà ça 😉

  2. bon je dois vivre sur une autre planète (malgré mes 200 abonnements sur iG) car je n’en ai pas entendu parler ! donc l’intrigue est cette fois-ci passée avant les personnages ? dommage, tu emploies le terme de « plat » – ça me rebute et pourtant comme toi l’idée de départ m’attire énormément ! c’est dommage de gâcher un tel livre … bon merci du tuyau en tout cas 😉

    1. ah oui? je suis sûre que tu as vu la couverture en photo sur IG avec son effet miroir?
      oui je pense que la construction de l’intrigue a pris le pas sur l’incarnation des personnages…mais l’idée de départ est vraiment bonne, et c’est pour ça que j’ai beaucoup aimé la première partie

    1. il y a des livres dont on parle beaucoup mais c’est dû à leur succès critique et publique (comme le Gael Faye, par ex…) …là c’était du marketing et de la pub en amont de sa sortie…

    1. ton commentaire était dans les commentaires à approuver, c’est pour ça que je ne l’avais pas vu ! j’ai l’impression qu’on est tous plus ou moins d’accord sur ce livre…

  3. eh bien, je n’avais pas été séduite par le « chef d’oeuvre » de Joël Dicker, que j’avais trouvé longuet, bien qu’encensé de la même manière, donc je crois que je ne vais pas me laisser tenter par celui-ci. En revanche chers lectrices et lecteurs, si vous tombez sur le roman noir d’Andrée A Michaud intitulé Bondrée, chez Rivages, foncez.

  4. Je viens de le terminer et mon avis est assez similaire au tien. Cependant, comme je me méfie des livres vendus comme étant de grands évènements, je ne m’attendais pas à quelque chose d’exceptionnel… du coup, je n’ai pas vraiment été déçue.

  5. Je trouve que « Jeux de miroirs » est plus un livre sur la mémoire qu’un véritable thriller haletant. Je te rejoins sur les attentes qui peuvent être déçues, il est certainement sur-vendu. Et c’est effectivement dommage car c’est un livre intéressant.

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