Quand hommage rime avec dommage…

J’avais repéré deux livres de cette rentrée littéraire de Janvier qui faisaient écho à deux de mes grandes passions adolescentes : « Agatha, es-tu là? » de Nicolas Perge et François Rivière, qui évoque bien évidemment Agatha Christie, et « Kurt » de Laurent- David Samama qui, vous l’aurez deviné, ne parle ni de Kurt Weill ni de Kurt Russell mais bien de Kurt Cobain, le légendaire chanteur du groupe Nirvana. Je me léchais donc les babines à l’idée de découvrir ces deux ouvrages. Malheureusement, ce n’est pas le plaisir mais bien la déception qui a été au rendez-vous de ces deux lectures.

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Grande fan d’Agatha Christie je me réjouissais de lire un roman policier évoquant un épisode mystérieux de sa vie : sa disparition durant 11 jours en Décembre 1926. C’était d’ailleurs le sujet du dernier livre de Brigitte Kernel, que je n’avais pas lu suite à la parution de billets très mitigés. Dans « Agatha, es-tu là? » les auteurs imaginent que Sir Conan Doyle, féru de spiritisme, tente de retrouver sa collègue romancière. Le fait d’introduire le célèbre romancier dans le récit était une idée plutôt plaisante, et j’étais impatiente d’en apprécier le résultat.

Las, j’ai trouvé cette histoire sans aucun intérêt. Un style plat, un récit embrouillé, des personnages absolument pas incarnés, une intrigue inintéressante, des rebondissements sans queue ni tête…Et je n’ai même pas compris ce que venait faire Sir Conan Doyle dans cette galère ! J’ai quand même lu le roman jusqu’au bout mais je fronçais les sourcils à chaque chapitre, répétant sans cesse : « mais pourquoi?! ». Pourquoi ce meurtre, pourquoi ce personnage, pourquoi ce passage…pourquoi ce livre? J’ai vraiment eu l’impression qu’Agatha Christie n’était finalement qu’un prétexte pour attirer le lecteur vers un roman que je trouve très dispensable.

Bref, une lecture décevante qui a agacé la fan d’Agatha Christie que je suis.

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Passons maintenant à « Kurt » de Laurent-David Samama. Ce livre est publié dans la collection « Miroir » de Plon, collection qui a pour ambition d’après sa directrice Amanda Sthers « de réinventer de grandes personnalités en leur donnant une nouvelle vie de personnages de romans ». J’avais d’ailleurs lu en 2015 dans cette même collection « Anne F. » d’Hafid Aggoune, livre dans lequel le narrateur croisait son propre parcours marqué par un drame avec la vie d’Anne Frank. Un récit plein d’humanité que j’avais beaucoup apprécié.

Je comprends tout à fait que l’on ait envie d’écrire sur Kurt Cobain. L’homme a marqué toute une génération par sa musique mais aussi par son charisme et son destin tragique. Décédé à 27 ans, il n’a pas eu le temps de flétrir ou de devenir un réactionnaire boursouflé, étant à jamais jeune et beau et le représentant du mal-être adolescent. Reste à savoir ce que l’on veut faire du personnage et de sa vie dans le cadre d’un livre, et j’ai rencontré avec « Kurt » le même problème qu’avec « Le roman de Boddah » lu en 2015. Soit on écrit un essai, et il y en a des excellents sur le sujet, notamment « Kurt Cobain – plus lourd que le ciel » de Charles R. Cross, soit on écrit un roman, et dans ce cas, on cherche un angle original, on donne une vraie dimension littéraire au projet. Ici Laurent-David Samama imagine une confession filmée de Kurt Cobain juste avant son suicide. Pourquoi pas. Mais je me suis retrouvée avec un ouvrage dans lequel certes je me suis sentie en terrain connu, souriant en m’apercevant que sans le vouloir j’ai logé l’an dernier à Los Angeles dans la même résidence que Nirvana pendant l’enregistrement de Nevermind, m’agaçant du fait qu’un photographe est appelé Yevgueni alors qu’il s’agit de Youri Lenquette, mais qui finalement ne m’a pas appris grand chose et ne m’a rien apporté sur le plan littéraire. En effet, je ne vois pas en quoi ce livre pourrait intéresser une personne qui n’est pas fan de Kurt Cobain, l’ouvrage n’arrivant pas à prendre un vrai recul littéraire par rapport à l’histoire du chanteur, ni par l’originalité, ni par la construction, ni par le style. 

Je ne serais pas aussi dure avec « Kurt » qu’avec « Agatha es-tu là? » car le livre est maîtrisé et tient la route, et ne m’a pas fait rouler des yeux toutes les cinq minutes,  mais je suis vraiment restée sur ma faim, ne sachant pas comment appréhender ce roman. Ecrire une biographie romancée sur un artiste, ou même de façon plus générale sur un personnage célèbre, est un exercice difficile, et je n’ai pas d’exemple en tête où le résultat soit vraiment satisfaisant et parle à la fois aux « fans » et aux lecteurs lambda.

Peut-être la meilleure façon d’aborder ces personnages réels et célèbres est de le faire à travers la fiction, mais de façon très détournée, comme « The Girls » avec Charles Manson? 

« Agatha es-tu là? » de Perge et Rivière, publié en Janvier 2017 chez JC Lattès – Le Masque, 288 pages. 

« Kurt » de Laurent-David Samama, publié en Janvier 2017 chez Plon, 208 pages.

6e et 7e lectures de la Rentrée Littéraire de Janvier 2017.

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10 commentaires sur “Quand hommage rime avec dommage…

  1. J’avais détesté le roman de Brigitte Kernel auquel j’aurais pu faire bien plus de reproches que ceux figurant dans mon billet (et qu’elle a d’ailleurs mal pris), notamment cette idée contestable d’écrire un truc parce que c’est une date anniversaire et que le thème fait vendre. Il y a un autre « polar » qui surfe sur la mode Agatha C, je ne me souviens ni de l’auteur ni du titre, mais cette fois, et même si ça pourrait être une erreur, je passe allégrement mon tour ;o)

  2. Zut zut ! bon moi j’aime ce genre de billet donc je te dis merci, même si je n’aurais pas eu envie de les lire (et pourtant j’adore Nirvana mais leur musique plus que les hommes derrière). En attendant, tu sais bien décrire les sentiments par lesquels tu es passée en lisant ces livres sans les juger trop hâtivement. J’espère que ta lecture en cours est meilleure 😉

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