Un gentleman à Moscou – Amor Towles

Comme vous le savez peut-être, je suis de nouveau jurée du Grand Prix des Lectrices de ELLE, après une première expérience en 2014 qui m’avait ravie. J’ai donc reçu ce mois-ci la sélection du mois de septembre (un roman, un document et un thriller) et le roman est le nouveau livre d’Amor Towles, « Un gentleman à Moscou ».

J’ai lu il y a quelques années le grand succès d’Amor Towles, « Les Règles du Jeu », mais je suis bien embêtée car je ne me souviens pas du tout de cette lecture – ce qui ne m’arrive quasiment jamais… Même la lecture de mon billet de l’époque – Septembre 2014 – n’a éveillé aucun souvenir, ce qui est plutôt inquiétant! C’est néanmoins avec grand plaisir que j’ai ouvert ce nouveau roman car l’objet-livre est absolument magnifique ! Chapeau aux éditions Fayard pour cette couverture noire et dorée, en relief, c’est un chef d’œuvre !

Le roman commence en 1922 : pour la publication d’un poème qui n’a pas plu aux instances bolchéviques, le comte Alexandre Illitch Rostov est condamné à être assigné à résidence dans l’hôtel de luxe de Moscou où il occupe une suite depuis plusieurs années, le Metropol. Il vit désormais dans une mansarde mais peut circuler librement dans l’hôtel, où il interagit avec le personnel ou les clients. Pendant trente ans, le comte va ainsi assister aux bouleversements de la Russie, vus par la lorgnette de cet hôtel.

Tous les ingrédients étaient réunis pour que ce roman soit passionnant. Quoi de plus attirant que trente ans d’histoire russe, avec en plus un point de vue original puisque tout se passe dans un hôtel de luxe. Le comte est un personnage attachant, charmeur, très cultivé, plein d’humour, aux manières soyeuses d’aristocrate, et le roman est sans conteste plaisant et agréable à lire.

Cependant…l’intrigue ne décolle jamais vraiment. Les années s’écoulent, les saynètes s’enchaînent, mais le traitement est assez superficiel : on sait qu’il se passe des choses à l’extérieur car certains des personnages secondaires sont envoyés au goulag ou disparaissent, mais cela a finalement peu d’impact sur le récit, cela reste très périphérique. La Seconde Guerre Mondiale a très peu d’impact sur l’histoire, les trente années semblent avoir tenu en douze mois tant il y a peu de changements entre le début du roman et la fin. Il est d’ailleurs assez surprenant que le comte ne soit jamais inquiété en trois décennies vu que les purges et déportations étaient monnaie courante à l’époque. Je me dis finalement que le roman aurait pu se passer dans un autre pays ou à une autre époque sans que cela change grand chose à l’histoire !

J’aurais aimé lire une grande fresque se déroulant dans un hôtel de luxe, avec moult personnages et sous-intrigues, avec un vrai contexte historique et de la flamboyance, et je me suis finalement gentiment ennuyée sur 550 pages. Les personnages secondaires sont peu incarnés, l’Histoire n’est qu’évoquée, et j’ai trouvé que l’ensemble était charmant mais manquait grandement de profondeur et de péripéties malgré une petite accélération sur les trente dernières pages…

« Un gentleman à Moscou » d’Amor Towles est un roman agréable, mais j’aurais aimé plus de consistance et d’action, d’autant plus qu’il y avait quand même 570 pages pour développer l’intrigue, les personnages et le contexte historique.  Dommage, le sujet (et la couverture) était pourtant prometteur…

Publié en Août 2018 chez Fayard, traduit par Nathalie Cunnington, 576 pages.

5e lecture de la Rentrée Littéraire de Septembre 2018.

12 commentaires sur “Un gentleman à Moscou – Amor Towles

  1. Comme tu le sais je suis en plein dedans. Il est un peu trop tôt pour me prononcer mais je peux déjà dire que le personnage du Comte me plait beaucoup! On verra! j’espère être plus enthousiaste que toi!

  2. Aïe… celui-ci m’attend tranquillement, il me fait très envie depuis le début ; j’espère que je ne serai pas déçue. J’ai plutôt vu de bons avis jusqu’ici et j’avais bien aimé son précédent roman Les règles du jeu. A suivre donc…

  3. J’ai été beaucoup plus enthousiaste que toi, je me suis laissée totalement portée par l’histoire – à part au milieu, où j’ai trouvé que l’auteur aurait pu « rafraichir » son roman – le fait qu’il ne se passe pas grand chose est aussi une démonstration que parfois, la grande Histoire ne touche pas le peuple, je ne sais pas si je suis claire. Le comte a été mis de côté. Pareil pour moi, avec ma petite vie je ne fais pas partie de ceux qui changent l’Histoire de la France. Je l’ai lu en anglais et j’ignore si ça change en français, et puis j’ai aimé le côté suranné – ça m’a fait du bien sans doute était-ce après quelques lectures éprouvantes. Bon, en tout cas, tu as du boulot avec ce Prix alors je te laisse repartir dans tes lectures!

    1. je comprends ce que tu dis, que l’Histoire ne touche pas tout le monde…cependant en ex-URSS j’ai l’impression que le peuple se prenait l’histoire en pleine face et de plein fouet (les personnes étaient fichées, surveillées, arrêtées, déportées…) je m’étonne donc que le comte, qui a été très tôt identifié comme une sorte d’opposant au régime, ne soit pas plus inquiété que ça – alors que Michka est condamné au goulag, que le mari de Nina est exilé etc…
      le roman pour Octobre est « La Vraie Vie » j’espère accrocher plus.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *