Remise du Grand Prix des Lectrices ELLE 2019

J’avais beaucoup aimé mon expérience de jurée du Prix ELLE en 2014, une aventure qui m’a incitée à créer mon blog, qui a vu naître le podcast Bibliomaniacs et qui m’a fait rencontrer de très bonnes amies. J’ai donc postulé de nouveau cette année…et j’en suis ravie !

Le principe : 

Nous sommes 120 jurées et le but est de choisir 3 livres – un roman, un policier et un document. Nous sommes réparties en 8 jurys : j’étais jurée du mois de Mars, ce qui signifie que j’ai reçu 7 livres à lire pour ce mois-ci (3 romans, 2 policiers, et 2 documents) parmi lesquels il fallait élire le roman, le policier et le document du mois. Chaque jury procède ainsi : nous recevons donc les 7 livres de notre mois, et 3 livres en « relecture », choisis par les 7 autres jurys, soit en tout 28 livres… et cette année, j’en ai même reçu 29 car il y avait deux ex aequo.

Les livres lus : 

Septembre :

Octobre :

Novembre :

Décembre :

Janvier :

Février :

Mars :

Avril :

Vous pouvez retrouver mes chroniques ici.

Mes favoris : 

En roman, j’ai eu un coup de cœur pour « Le Chant des Revenants » de Jesmyn Ward, auteure que j’ai découverte grâce au Prix. En document, j’ai vraiment beaucoup aimé « L’Empreinte » d’Alexandria Marzano-Lesnevich. « La Loi de la Mer » de Davide Enia m’a également beaucoup plu. En policier, j’ai apprécié « Présumée disparue » de Susie Steiner et « Rituels » d’Ellison Cooper.

La sélection m’a globalement plu, j’ai fait vraiment de belles découvertes même si je n’ai pas été convaincue par certains livres : « Un gentleman à Moscou » d’Amor Towles, « Les Tribulations d’Arthur Mineur » d’Andrew Sean Greer, « Lincoln au Bardo » de George Saunders ou encore « Une maison parmi les arbres » de Julia Glass.

La célébration des 50 ans du Prix : 

L’événement a commencé à 15h au Théâtre de l’Odéon avec la célébration des 50 ans du Prix, créé par Hélène Lazareff. La cérémonie était animée par Olivia de Lamberterie, et a commencé par une interview d’Amélie Nothomb. L’auteure belge nous a parlé de ses habitudes d’écriture : elle écrit chez elle, à la main – elle refuse d’utiliser un ordinateur ou d’aller sur Internet bien qu’elle vive avec un geek – de 4h à 8h puis se rend à son bureau chez Albin Michel pour ses relations épistolaires jusque 13h. Elle écrit plusieurs romans par an mais en choisit un seul, à l’instinct, qui sera publié – les autres ne le seront jamais. Elle a d’ailleurs eu deux manuscrits refusés par Albin Michel, le dernier en 2014 : elle accepte le refus, mais pas qu’on lui demande de procéder à des changements sur ses textes. Dans « Biographie de la Faim », publié en 2004, elle a révélé avoir été violée lorsqu’elle était adolescente. A l’époque, elle avait reçu une seule lettre à ce sujet, un homme qui lui demandait plus de détails (!). Elle a remarqué que les choses ont beaucoup changé en 15 ans, les réactions sont beaucoup plus nombreuses et empathiques. Elle soutient d’ailleurs le mouvement « me too » et est scandalisée par les lois anti-avortement aux USA, et se dit féministe, d’autant plus que ce mot était perçu comme une insulte lorsqu’elle était plus jeune.

Puis Thibault de Montalembert a fait une lecture d’extraits de « Lambeaux » de Charles Juliet. Cet homme a une voix magnifique ! Il pourrait lire la Bible ou l’annuaire, je l’écouterais avec ravissement.

C’est ensuite Jacqueline Duhême, 91 ans, qui a rejoint la scène : ancienne assistante de Matisse, elle a travaillé pendant 20 ans à la Rédaction de ELLE en tant que dessinatrice. C’est d’ailleurs l’illustratrice de « Tistou les pouces verts » de Maurice Druon. Pleine de gouaille, elle nous a parlé de son amitié pour Prévert, de son histoire d’amour contrariée avec Paul Eluard, de ses siestes avec Roger Vadim et Marlon Brando (!), du goût de JFK pour les dents de morse gravées de dessins coquins ou encore du fait que le Général de Gaulle avait dit d’elle (qui s’inquiétait de ne pas porter la bonne robe pour un événement) « si c’est une jolie fille, elle peut venir toute nue! ».

Puis Alix Girod de l’Ain a rendu hommage à Olivia de Lamberterie qui fêtait ses 18 ans chez ELLE : nous avons donc appris qu’Olivia de Lamberterie sniffe les livres et sait décoder le langage des éditeurs : une écriture blanche = mal écrit, foisonnant = on n’y comprend rien, à l’os = 42 pages et 13 euros, baroque = mal construit, l’auteur creuse son sillon = ça fait 17 livres qu’il raconte la même chose…

Les jurées ont ensuite quitté la salle – ratant l’intervention de Delphine de Vigan, dommage – pour prendre part aux échanges avec les lauréats.

Les lauréats : 

Roman : ex aequo « Le Chant des Revenants » de Jesmyn Ward et « La Vraie Vie » d’Adeline Dieudonné.

Policier : « Né d’aucune femme » de Franck Bouysse

Document : « L’Empreinte » d’Alexandria Marzano-Lesnevich

Jesmyn Ward ne pouvait pas être là, mais Adeline Dieudonné nous a raconté que « La Vraie Vie » s’inspirait de l’histoire de sa grand-mère : son père souhaitait absolument un fils, et punissait ses trois filles ne pas être des garçons. La mère ne les battait pas, mais les dénonçait néanmoins à son mari…Elle a également remarqué que les thèmes de proie/chasseur et de l’animalité étaient très présents dans son oeuvre… et bonne nouvelle, elle est en train d’écrire son 2e roman ! Quant à Alexandria Marzano-Lesnevich, elle travaille actuellement sur une anthologie d’auteurs ayant travaillé sur le thème du pardon. Franck Bouysse – qui semblait beaucoup plaire aux lectrices – écrit quotidiennement, à la lueur du jour, sur un cahier, au stylo plume, dans sa maison en Corrèze. Il ne sait pas vraiment ce qui l’a poussé à écrire « Né d’aucune femme », sans doute un mélange de trop plein d’émotions de l’enfance, d’histoires que lui racontait sa grand-mère, une coupure de journal, cinq lignes qui relataient qu’un fermier avait vendu sa fille de quatorze ans, mais aussi une révolte contre ce à quoi étaient destinées les femmes. Il n’écrit pas en suivant un plan, mais se laisse porter – et surprendre – par l’écriture. Interrogé sur les scènes violentes de son livre, il a expliqué qu’il ne pensait pas du tout au lecteur lors de l’écriture, et qu’il se moquait de le choquer ! D’ailleurs quel grand roman n’a pas une part de noirceur? Il écrit actuellement une préface pour un roman de Ron Rash.

La soirée : 

Après la traditionnelle photo sur l’escalier, et une pause d’une heure au café (j’étais pour ma part aux Editeurs avec Claire, Corinne et Annie-Rose), a eu lieu la remise des Prix…puis une surprise : un mini-concert de Vincent Delerm, qui a interprété « Le Baiser Modiano », une reprise des « Yeux Revolver » de Marc Lavoine, et une chanson inédite !

Puis ce fut le moment du champagne et du buffet, avec l’occasion d’échanger quelques mots avec Franck Bouysse, Olivier Norek, Lucie Tesnière, Marianne Levy, Sébastien Spitzer ou encore Vincent Delerm ! (oui, Claire et moi collectionnons les photos avec les écrivains, nous sommes des blogueuses paillettes!)  Et quel plaisir de passer la soirée avec les collègues jurées ! Je ne sais pas si je postulerai de nouveau (de toutes façons, il faut attendre 3 ans) mais je ne regrette pas du tout cette 2e aventure, bien au contraire !

 

15 commentaires sur “Remise du Grand Prix des Lectrices ELLE 2019

  1. Je lis avec intérêt, on ne sait jamais, car j’ai encooooooooooore postulé en 2019 (si ça ne marche pas, je ferai une dernière tentative l’année prochaine, genre destroy plaisanterie)(après quatre fois blackboulée, je finis par comprendre)

      1. En fait je n’ai pas compté, parfois je remplis sans envoyer; Mais je me pose des questions. Mon âge est-il rédhibitoire? Le nombre de livres lus par an semble impossible, mes choix de lecture sont-ils peu compatibles avec le prix? etc… Nota : je n’ai jamais signalé que je tiens un blog. ^_^

  2. J’aurais tellement voulu être des vôtres pour cette soirée, mais impossible pour moi de me déplacer sur Paris en semaine et surtout si tôt dans la journée!
    (soit!)

    j’ai suivi avec plaisir cette remise des prix grâce à Insta! 🙂

    Je ne sais pas si je postulerai à nouveau mais en tout cas ce fut une belle expérience qui m’a fait sortir plus d’une fois de ma zone de confort!

    1. c’est vrai que c’est compliqué quand on n’est pas en région parisienne… j’aurais adoré te rencontrer !
      pas sûre également de repostuler (de toutes façons il faut attendre 3 ans), mais j’aurai vécu deux belles aventures…

  3. Merci pour ce retour détaillé et super intéressant ! Je t’envie ! j’ai postulé pour la première fois cette année, je croise les doigts … Petite question : si l’on n’est pas sélectionnée, a-t-on tout de même une réponse ? Ou faut t-il attendre « pas de nouvelles, mauvaise nouvelle » ?

      1. effectivement, tu reçois un mail si tu es prise, mais rien sinon…et tu le sais quand tu vois les posts des heureuses élues fleurir sur FB et Instagram ^^

    1. c’est vrai que ça peut être contraignant, surtout durant 8 mois…ça dépend beaucoup de la sélection, en fait…si tu tombes régulièrement sur 3 pavés ou 3 purges, ça peut lasser…cette année, la sélection m’a plu donc ça s’est très bien passé!

  4. Je trouve que la sélection de cette édition était particulièrement spectaculaire et alléchante. Ce qui donne un très beau palmarès même si j’aurais fait d’autres choix. J’ai été ravie d’assister au festival de l’après-midi, c’était passionnant.

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