Un week-end au Salon Fnac Livres 2018

Cela fait trois ans que la Fnac organise son propre salon, en plein centre de Paris, et en accès libre, le « Salon Fnac Livres » (ex Forum Fnac Livres). Comme l’an dernier, le salon, composé d’un espace dédicaces et d’un espace conférences a eu lieu à la Halle des Blancs Manteaux, avec une centaine d’auteurs invités, mélangeant gros vendeurs (Guillaume Musso, Marc Levy) et auteurs  plus confidentiels, écrivains confirmés et primo-romanciers, le tout formant une affiche très alléchante : Riad Sattouf, David Foenkinos, Daniel Pennac, Maylis de Kerangal, Olivier Adam, Sophie Divry, Joachim Schnerf, Clara Dupont-Monod…

Cela fait donc trois ans que je me rends avec grand plaisir à ce salon littéraire à taille humaine, et j’ai eu la chance de participer à des rencontres de grande qualité en petit comité.

Vendredi :

Vive les RTT, j’ai pu poser mon après-midi et après une balade au Musée Picasso pour l’exposition « Chefs d’Oeuvre », direction « Le Comptoir du Trésor » pour rencontrer deux auteures qui ont sorti leur premier livre dans le cadre de cette rentrée littéraire, et dont on parle beaucoup : Adeline Dieudonné et Olivia de Lamberterie.

J’avais découvert « La Vraie Vie » d’Adeline Dieudonné à l’occasion de la présentation de la Rentrée Littéraire de L’Iconoclaste et je suis ravie du beau parcours que ce premier roman a réalisé depuis. Adeline Dieudonné est charmante, souriante, pétillante, et j’avoue avoir été agréablement surprise de l’entendre mentionner Rammstein (mon groupe préféré!) et Amon Amarth!

Adeline Dieudonné nous a parlé de son parcours : elle était comédienne, mais, ne parvenant pas à en vivre, elle s’est tournée vers des métiers plus alimentaires, notamment dans la production de cinéma et l’architecture d’intérieur, avant d’en avoir assez de commander des coussins et des rideaux toute la journée et de vivre une crise de la trentaine qui l’a poussée à revenir vers une carrière artistique, cette fois-ci grâce à l’écriture.

Elle a d’abord écrit une pièce de théâtre, puis un ami l’a convaincue de s’atteler à l’écriture d’un roman, un format qui lui convient bien car il lui permet de travailler la forme et le style (contrairement à un scénario) et laisse beaucoup plus de liberté à l’auteur qu’une pièce de théâtre : Adeline Dieudonné s’est laissé porter par ses personnages, par le récit, ce dont elle a l’habitude puisqu’elle fait de l’impro longue, sur des formats d’1h15. Elle a proposé ce texte, un premier jet écrit très rapidement, à L’Iconoclaste, premier jet qui a ensuite fait l’objet d’une réécriture intense pendant trois mois.

Je vous parlerai bientôt sur le blog de « La Vraie Vie », un livre à la fois très sombre et lumineux, un roman initiatique porté par une jeune fille qui a dix ans au début de l’histoire, quinze ans à la fin. C’est un roman qui évoque la violence conjugale et familiale, et qui ne laisse pas les lecteurs indifférents : Adeline Dieudonné a reçu de nombreux courriers de lecteurs chez qui ce texte a fait écho. Le succès du roman, qui est sélectionné pour plusieurs prix littéraires, va permettre à Adeline Dieudonné de pouvoir se consacrer durant un an à l’écriture de son prochain livre.

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Olivia de Lamberterie n’est plus à présenter en tant que critique littéraire, mais elle vient également de publier son premier livre, un récit que les anglo-saxons définiraient comme de la « narrative non fiction » et qui évoque le suicide de son frère Alexandre, dont elle était très proche.

J’avais eu l’occasion d’écouter Olivia de Lamberterie à la présentation de la Rentrée Littéraire de Stock, en Juin dernier, et son intervention, à la fois émouvante et pudique, m’avait vraiment donné envie de lire son livre.

J’ai vraiment apprécié cette rencontre en petit comité, où l’auteure nous a expliqué ce qui l’avait poussée à écrire « Avec toutes mes sympathies ». Ce n’est pas du tout pour se sentir mieux : elle ne croit pas en l’écriture thérapeutique et l’écriture de ce livre ne lui a d’ailleurs pas fait du bien, tout comme la sortie du livre a ravivé sa souffrance. Elle souhaitait se rappeler de tout : des moments épouvantables qui ont suivi le décès de son frère mais où paradoxalement, tous les faux-semblants avaient disparu et où toute sa famille apparaissait au naturel, mais aussi des moments heureux avec son frère. Elle voulait également combattre le tabou lié au suicide, et le cliché qui associe suicide et échec : son frère Alexandre avait en effet tout réussi, tant sur le plan personnel que sur le plan professionnel.

Olivia de Lamberterie nous a également parlé de l’après : la vie avec les gens qui sont morts, la tristesse, mais aussi la peur de devenir sinistre, l’envie de trouver une manière joyeuse d’être triste…

Et puis la conversation a dévié sur les livres, sur ce que représente le fait de passer son temps à lire, sur le ras-le-bol de lire des livres inintéressants, sur ce qui nous pousse à choisir tel ou tel livre…Un bel échange, qui m’a beaucoup touchée.

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Je me suis rendue au cocktail de l’inauguration du Salon Fnac Livres, avec la remise du Prix du Roman Fnac 2018 par Christophe Ono-dit-Biot et Daniel Pennac à l’une des quatre « primo-romancières » finalistes… Adeline Dieudonné pour « La Vraie Vie »! Celle-ci a reçu le trophée avec le sourire, se réjouissant que les Belges n’aient certes pas gagné la Coupe du Monde de Football mais aient quand même gagné le Prix Fnac!

 

 

 

 

 

 

 

Samedi :

Samedi était un jour ensoleillé, et tant mieux car un pique-nique de blogueurs était organisé, une excellente initiative de Delphine-Olympe! L’occasion de déjeuner sur l’herbe et de discuter…bouquins, bien évidemment, avant de faire un tour au Salon, où avaient notamment lieu les conférences de David Foenkinos et de Nancy Huston…puis de déguster une petite glace bien goûteuse pour reprendre des forces!

 

 

 

 

 

 

 

 

J’ai eu ensuite l’occasion de rencontrer Carole Fives pour son nouveau roman « Tenir jusqu’à l’aube » qui évoque une mère célibataire prise dans une spirale de solitude, d’enfermement et de précarité.

L’auteure souhaitait écrire sur les mères célibataires et a donc fait des recherches dans les faits divers : les affaires qui étaient mentionnées étaient toutes des histoires de mères qui avaient laissé leur enfant seul, pour sortir ou pour partir en voyage. Elle a souhaité mettre en scène une femme qui ressemble à celles qu’elle peut côtoyer, une femme indépendante, qui a connu la réussite professionnelle (elle est graphiste free-lance) et que la mono-parentalité affaiblit.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Carole Fives fait également un parallèle dans ce récit entre la situation de cette mère et un conte qu’elle déteste, car il parle de l’émancipation des femmes d’une façon anti-féministe, « La chèvre de Monsieur Seguin », d’Alphonse Daudet. Son personnage principal se retrouve en difficultés mais ne reçoit d’appui ni de son entourage ni de la société : Carole Fives s’est promenée sur des forums de mamans mais y a vu plus de jugement que de bienveillance, la mère devrait se réjouir d’être mère, et si elle ne s’en sort pas, c’est qu’elle n’est pas organisée, qu’elle s’écoute trop au lieu de penser au bien-être de son enfant…

 

 

 

 

 

 

 

Tant que la garde partagée n’est pas une obligation, tant que les deux parents ne sont pas tenus par la loi de s’occuper de leur enfant, alors il faut selon elle que la société soit là pour aider le parent solo. Pour autant, le père n’est pas jugé dans ce roman, on sait qu’il n’est pas là, mais on ne connait pas les raisons de son absence : c’est vraiment le couple mère-enfant qui est au cœur du récit.

Le sujet de ce roman est vraiment fort, il a d’ailleurs fait écho chez l’une des blogueuses présentes à la rencontre, il n’est donc pas étonnant que Carole Fives ait reçu de nombreux courriers, de mères célibataires mais aussi d’hommes que ce roman a touchés. Elle travaille actuellement sur une pièce de théâtre qui aborde le thème de la violence conjugale, et qui sera jouée dans le cadre du festival du « Paris des Femmes ».

Dimanche :

Bravo à ceux qui ont eu la riche idée d’organiser une collecte de livres pour « Bibliothèques sans Frontières » : le stand était situé à l’entrée du salon et ayant fait du tri chez moi, j’ai pu donner entre samedi et dimanche une trentaine de livres à l’association !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Après un coucou à Caroline Noël qui dédicaçait son premier livre « Haut les Coeurs », j’ai assisté à une quatrième et dernière rencontre avec Jérémy Fel dont j’avais lu le premier roman « Les Loups à leur Porte », et qui vient de sortir son deuxième roman, « Héléna ». J’ai trouvé ce deuxième roman moins sombre et violent que le premier – ou peut-être est-ce moi qui me suis endurcie? et effectivement l’auteur a confirmé qu’il avait souhaité écrire un récit moins violent même s’il ne pouvait pas aller complètement à l’encontre de sa nature : il a vraiment voulu trouver un juste milieu entre violence et complaisance, et que le récit soit plus porté par la tension que par la violence.

 

Je ne voudrais pas spoiler ceux qui n’ont pas encore lu « Héléna » mais j’étais étonnée par le choix de ce titre : Jérémy Fel souhaitait en fait que son titre porte un prénom féminin, en hommage à « Carrie » ou encore à « Rebecca », sans pour autant que le titre soit le prénom de l’un des deux personnages principaux, Hayley ou Norma. « Héléna » lui a semblé être le titre le plus juste, car le sujet du roman, la clé de voûte du récit est pour lui l’amour maternel, c’est cette relation à la mère qui conditionne la plupart des décisions prises dans ce livre.

Puis Jérémy Fel a parlé de son écriture : il ne planifie rien, c’est son inconscient qui parle, les scènes en amènent d’autres. Il découvre des facettes de ses personnages durant l’écriture du roman, voire même en lisant des avis de lecteurs ! Si son premier roman était plus manichéen, avec une vraie figure du Mal, il souhaitait cette fois-ci que le lecteur éprouve une certaine bienveillance pour les personnages, qu’il n’y ait pas de jugement, qu’on soit heureux et triste même pour ceux qui commettent des actes condamnables, comme Tommy.

 

 

 

 

 

 

 

 

L’important pour Jérémy Fel est que ses lecteurs aient des images et des personnages en tête, en oubliant les mots utilisés : le pouvoir évocateur de la littérature est pour lui bien plus fort que celui du cinéma, il veut que ses lecteurs éprouvent des émotions fortes, qu’ils soient agrippés par le récit, et proposer un roman qui soit accessible à un large lectorat. Lui même est passionné de littérature, notamment de littérature russe (Tolstoi, Dostoïevski) ou américaine (Laura Kasischke, Joyce Carol Oates, John Irving, Michael Cunningham, Thomas Pynchon, Stephen King…) et il est actuellement plongé dans « Une vie comme les autres » d’Hanya Yanagihara. Mais il s’intéresse également au cinéma, il a d’ailleurs déjà réalisé des courts-métrages et il travaille actuellement sur l’adaptation de son premier roman, dont il va signer le scénario et sans doute la réalisation. Béatrice Dalle, qui lui a inspiré l’un des personnages, sera au casting.

Ses deux premiers romans se passent aux Etats-Unis, c’est un décor fantasmé car Jérémy Fel évoque dans ses récits des choses très personnelles pour lesquelles il avait besoin de prendre de la distance – géographique – pour faire une fiction : il a choisi le Kansas, car c’est à la fois l’état du Magicien d’Oz mais aussi de « De Sang Froid » de Truman Capote. Son troisième livre, qu’il écrit actuellement, sera très différent : ce sera une transfiction qui se déroulera dans plusieurs pays et dans plusieurs siècles différents, avec des mondes parallèles…

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J’ai passé un week-end formidable en compagnie notamment de Delphine, Nicole, Noukette, Jérôme, Olivia, Nathalie, Stéphanie, Benoit, Lilia, Sophie, Camille, Martine, Myriam, Valentine, Hélène, Caroline, Séverine, Alexandra

Merci beaucoup à Julie Henry de la FNAC et Anne & Arnaud pour cette très belle opportunité !

10 commentaires sur “Un week-end au Salon Fnac Livres 2018

  1. Eh bien, on peut dire que tu l’as rentabilisé ce week_end (et au passage, vivent les RTT !). Ton compte rendu est top. Juste un petit bémol : je trouve que tu passes un peu rapidement sur la dégustation de glaces, qui aura été, me semble-t-il, le point d’orgue de ce salon 😀

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