La Blessure – Jean-Baptiste Naudet

Il me tardait de vous parler de « La Blessure » de Jean-Baptiste Naudet, un livre dont j’ai entendu parler à la présentation de la Rentrée Littéraire de L’Iconoclaste. L’auteur y était apparu très ému, et m’avait vraiment donné envie de lire cet ouvrage.

Jean-Baptiste Naudet était grand reporter de guerre, notamment en Afghanistan et en ex-Yougoslavie, où il a été confronté à des scènes extrêmement violentes, ce qui a résulté en un état de stress post-traumatique qui l’a conduit en hôpital psychiatrique. Une histoire qui se répète, puisque sa propre mère, Danielle, avait elle-même sombré dans la folie alors qu’il était adolescent.

Avant d’être mariée au père de Jean-Baptiste, Danielle était fiancée à un jeune homme, Robert, envoyé en Algérie à l’âge de vingt ans. Il y perdra la vie – une mort dont la jeune femme ne se remettra jamais vraiment, malgré le soutien du meilleur ami de Robert, Gilles, qu’elle épousera peu de temps après.

Gilles, qui est donc le père de Jean-Baptiste, confie à son fils la correspondance entre les fiancés, qui est reproduite dans « La Blessure »: ces lettres sont absolument magnifiques, surtout celles de Robert, pleines d’amour, mais aussi d’une remarquable intelligence et d’une maturité stupéfiante. J’ai eu du mal à réaliser qu’elles avaient été écrites par un jeune homme de seulement vingt ans, tant elles sont profondes. Un homme qui découvre la guerre: la peur, les exactions, le manque de sens, le dégoût, mais aussi l’adrénaline …

Comme s’il faisait le lien entre sa mère  et Robert, Jean-Baptiste connaîtra lui aussi la guerre et la folie : le besoin de partir loin, les situations effroyables, mais aussi la spirale infernale qui le pousse à rempiler, encore et encore, pour des missions de plus en plus dangereuses, alors qu’il sent pourtant qu’il est en train de perdre pied et qu’un nouveau reportage pourrait lui coûter la vie, par une balle, par une explosion, ou parce qu’il se jettera par la fenêtre.

Livre absolument magnifique, « La Blessure » de Jean-Baptiste Naudet nous raconte la guerre – celle vue à travers les yeux d’un jeune homme de vingt ans, qui part faire son devoir et qui découvre l’horreur d’un conflit qui lui fait honte et dont il comprend qu’il ne réchappera pas. Celle vue par le reporter qui se retrouve broyé par la peur, la violence et son histoire familiale. Mais aussi la guerre d’une femme qui ne se remettra jamais de la mort de son fiancé et qui luttera des années durant pour survivre avant de finalement sombrer.

J’ai eu un véritable coup de cœur pour ce livre poignant, rempli de souffrance mais aussi d’humanité. Un livre dont on ne parle pas assez à mon goût, un livre à découvrir absolument !

Publié en Août 2018 aux éditions L’Iconoclaste, 300 pages.

9e lecture de la Rentrée Littéraire de Septembre 2018.

10 commentaires sur “La Blessure – Jean-Baptiste Naudet

  1. Je l’ai découvert il y a moins d’un mois, lu et fait lire à deux personnes déjà.
    Poignant en effet. Et la guerre vu par deux hommes et une femme donne une dimension immense qui dépasse l’histoire du livre, même quand on l’a refermé.
    Et je suis d’accord : je ne comprends pas pourquoi on a si peu (ou pas) parlé de ce livre. A cause de l’éditeur que je ne connaissais même pas de nom ?…
    En tout cas le meilleur livre que j’ai lu cette année, et même je crois depuis longtemps.

    1. je suis ravie que vous l’ayez beaucoup aimé également. Concernant l’éditeur, ce n’est pas une « grosse » maison, il n’empêche que « La Vraie Vie » est partout (médias, prix littéraires, salons…) .L’an dernier, « Ma Reine » de Jean-Baptiste André a connu également un joli succès. Peut-être que le thème de la guerre d’Algérie n’est pas vendeur?

      1. effectivement : un de mes tout meilleurs amis a publié chez gallimard fin avril « Parler de lui », des échanges de lettres d’algérie entre deux frères. malgré une citation dans la première sélection renaudot en mai, pas un article ! c’est son troisième roman (je n’avais pas aimé les deux premiers, mais ai adoré celui-ci).
        c’est ainsi : moi-même, après un premier roman aux éditions le reflet fin 2001, et trois manuscrits refusés depuis, j’ai décidé de m’arrêter ou écrire pour moi-même, il n’y a rien de plus frustrant que l’écriture.
        (Parler de lui, jean clamour chez gallimard, pour info)
        je vais mettre votre blog dans mes favoris

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